Les Machiya sont des maisons de ville en bois du Japon très représentées dans la capitale historique de Kyoto. Machiya (maisons de ville) et nōka (habitations agricoles) font partie des quatre catégories de l’architecture vernaculaire japonaise connue sous le nom de minka. Les Machiya sont nés dès la période Heian et ont continué à se développer jusqu’à la période Edo et même à la période Meiji.
Les habitations en bois Machiya abritaient des marchands et des artisans urbains, une classe appelée collectivement chōnin (citadins). Le mot « machiya » est écrit en utilisant deux kanji : machi signifiant « ville », et ya signifiant « maison » ou « magasin » selon le kanji utilisé pour l’exprimer.
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Kyōmachiya : les machiya de Kyoto
Derrière les façades en bois de Kyoto, les kyōmachiya passent souvent inaperçues. Et pourtant, ce sont elles qui donnent son rythme à la ville. Longues, étroites, ouvertes sur de petits jardins intérieurs, elles ont été pensées pour vivre, travailler et s’adapter aux saisons, tout en tirant le meilleur de petites parcelles.
Une maison étroite, pensée pour la ville
À Kyoto, les machiya (qu’on appelle également kyōmachiya localement) façonnent le paysage urbain depuis des siècles. Ce sont elles qui donnent au centre historique de la ville cette atmosphère si particulière, faite de bois, de lignes simples et de rythmes réguliers le long des rues.
La maison typique possède une façade étroite côté rue, puis une construction qui s’étire en profondeur à l’intérieur de l’îlot. Derrière cette apparente simplicité se cache une organisation réfléchie. On y trouve un ou plusieurs petits jardins intérieurs (tsuboniwa), qui apportent lumière et respiration.
Construites en bois, avec des murs en terre et des toits en tuiles, ces habitations peuvent compter un, deux, voire trois niveaux. L’espace côté rue servait autrefois de boutique. Des volets coulissants ou pliants permettaient d’ouvrir largement la façade pour exposer les produits et attirer les passants.
Derrière cette zone commerciale (le mise-no-ma) la maison s’organise en plusieurs espaces. On trouve d’un côté les pièces de vie, avec planchers surélevés et tatamis, et de l’autre un espace en terre battue, appelé doma ou tōriniwa, qui sert de cuisine et de passage vers l’arrière de la parcelle.
Au fond, des entrepôts (kura) complètent l’ensemble. Au-dessus de la cuisine, un dispositif (hibukuro) permet d’évacuer la fumée et laisse entrer la lumière. C’est une cheminée et un puits de lumière.
Ces habitations en bois de Kyoto sont généralement longues et étroites, au point d’avoir hérité d’un surnom assez parlant : unagi no nedoko, que l’on peut traduire par « lit d’anguille ». Une image qui résume bien leur forme, liée à la taille des parcelles, autrefois elle-même indicateur de richesse.
Un intérieur modulable et adapté aux saisons
Dans une machiya, l’intérieur reste toujours adaptable. C’est même l’un de ses points forts. Les cloisons coulissantes (fusuma et shōji) permettent de faire évoluer les espaces très facilement. En quelques gestes, on ouvre, on ferme, on agrandit ou on réduit une pièce selon les besoins du moment.
La pièce la plus importante est à l’arrière, côté jardin. Appelée zashiki, elle sert de salon de réception pour accueillir les invités ou les clients importants. Autour, d’autres espaces plus intimes s’organisent : une entrée (genkan), une pièce centrale (naka-no-ma) ou encore une pièce plus reculée (oku no ma).
Cette flexibilité prend tout son sens lors d’événements comme le Gion Matsuri. À cette occasion, les familles ouvrent leur maison et exposent leurs objets précieux : paravents (byōbu), œuvres d’art, objets hérités. La machiya devient alors lieu de vie, espace d’exposition et point d’accueil pour les visiteurs.
Mais au-delà de son organisation, la machiya est surtout une réponse très ingénieuse au climat de Kyoto. Les hivers peuvent être très froids, tandis que les étés sont chauds et humides. L’architecture s’adapte à ces contraintes avec intelligence. En hiver, les différentes couches de cloisons ferment la maison et conservent la chaleur. En été, elles s’ouvrent pour laisser circuler l’air. Des écrans en bambou tissé remplacent alors certains panneaux, filtrant la lumière tout en laissant passer la brise.
Les petits jardins intérieurs jouent aussi un rôle en créant des courants d’air naturels et apportent une lumière douce, évitant d’avoir recours à des ouvertures trop larges sur l’extérieur. Rien n’est laissé au hasard : chaque élément participe à rendre la maison plus agréable à vivre selon la saison.
Éléments de design
À l’avant d’un machiya, on remarque tout de suite les treillis en bois, appelés kōshi. Leur dessin permettait autrefois d’identifier d’un regard l’activité du lieu. Une boutique de soie, un marchand de riz, une maison de geisha (okiya) ou encore un vendeur d’alcool avaient chacun leur propre style de treillis.
Ces motifs ont d’ailleurs conservé la trace de ces usages. On parle encore aujourd’hui d’Itoya-gōshi pour les magasins de fil ou de Komeya-gōshi pour ceux liés au riz. Certains treillis avancent légèrement sur la rue : on les appelle alors degōshi. Ils permettaient aussi de voir sans être vu, en laissant circuler l’air. C’est ce mélange de discrétion et de fonctionnalité qui leur donne encore aujourd’hui tout leur intérêt.
Sur certaines façades, comme dans les anciens quartiers commerçants de la ville d’Uda à Matsuyama, on retrouve cette composition typique : des treillis kōshi au rez-de-chaussée, puis à l’étage des murs en terre percés de petites ouvertures, les mushiko-mado, qui filtrent la lumière tout en préservant l’intimité.
La façade du deuxième étage d’un machiya n’est généralement pas en bois, mais en terrassement, avec un style de fenêtre distinctif connu sous le nom de mushiko-mado (fenêtre de cage à insectes). L’entrée principale d’un machiya se compose de deux portes. Le do-do (grande porte) était utilisé uniquement pour transporter des marchandises ou de gros objets dans le bâtiment, tandis que le plus petit kugurido (porte latérale), était destiné à un usage quotidien normal (porte d’entrée et de sortie).
Communauté
Les communautés de machiya peuvent être comparées aux hutong de Pékin. Les petits quartiers constitués de maisons groupées organisées des deux côtés d’une rue étroite, parfois avec de petites ruelles (roji) entre les maisons, contribuent à créer un fort sentiment d’appartenance à la communauté. De plus, de nombreuses zones étaient traditionnellement définies par un seul métier ou produit. Le quartier Nishijin, par exemple, est célèbre pour ses textiles; le partage d’un artisanat a grandement contribué à créer un sentiment de communauté parmi les autres marchands de textiles dans cette zone.
Ce tissu social reposait aussi sur une organisation concrète du quotidien. Les habitants se connaissaient, s’entraidaient et partageaient les mêmes rythmes de travail. Les ruelles étroites devenaient des lieux d’échanges, où l’on discutait, où l’on observait les autres artisans, où les savoir-faire se transmettaient presque naturellement. Cette proximité, spatiale et humaine, a longtemps façonné une façon de vivre ensemble propre aux quartiers de machiya, bien différente de celle des villes modernes.
Destruction des machiya
Les Machiya disparaissent rapidement; leur destruction a un effet néfaste puissant sur l’atmosphère culturelle historique et traditionnelle de Kyoto, et sur les autres quartiers et villes où ils sont détruits. Les Machiya sont coûteux à entretenir, sont soumis à un plus grand risque de dommages ou de destruction par le feu ou les tremblements de terre que les bâtiments modernes, et sont dans l’esprit de nombreuses personnes simplement dépassées et démodées. Dans une enquête menée en 2003, plus de 50% des résidents de machiya ont noté qu’il était financièrement difficile de l’entretenir.
Entre 1993 et 2003, plus de 13% des machiya de Kyoto ont été démolis remplacés à 80% par de nouvelles maisons modernes, immeubles d’habitation de grande hauteur, parkings ou magasins commerciaux.
Environ 20% des machiya de Kyoto ont été modifiés dans un processus appelé kanban kenchiku (architecture de l’enseigne); ils conservent la forme de base d’un machiya, mais leurs façades ont été recouvertes de ciment, qui remplace les treillis en bois du rez-de-cahussée et les fenêtres et murs de terrassement de l’étage. Beaucoup de ces kanban kenchiku ont aussi perdu leurs toits de tuiles; d’autres ont des volets en aluminium ou en acier, comme on le voit couramment partout maintenant.
Il existe des groupes qui prennent des mesures pour protéger et restaurer les machiya à Kyoto. Une de ces institutions, la « Machiya Machizukuri Fund », a été créée en 2005 avec le soutien d’un bienfaiteur. Le groupe travaille aux côtés de propriétaires de machiya individuels pour restaurer leurs bâtiments et les faire désigner comme structures d’importance scénique (keikan jūyō kenzōbutsu); sous cette désignation, les structures sont protégées de la démolition sans l’autorisation du maire de Kyoto, et une allocation est fournie par le gouvernement de la ville aux propriétaires pour aider à l’entretien du bâtiment.
Iori, une entreprise fondée en 2004 par le collectionneur d’art, auteur et défenseur de la culture traditionnelle Alex Kerr pour sauver les vieux machiya, possède un certain nombre de machiya qu’elle a restaurés pour louer aux voyageurs. Le bureau principal de l’entreprise, lui-même situé dans un machiya, abrite un espace de pratique des arts traditionnels, y compris une scène Noh pleine grandeur.
Heureusement, il reste de nombreux machiya à Kyoto. Beaucoup sont des résidences privées, et d’autres fonctionnent comme des entreprises (cafés et restaurants), et quelques-uns sont des musées. Le plus grand machiya de Kyoto est Sumiya à Shimabara, le traditionnel yūkaku (quartier du plaisir) de Kyoto.