Siglufjörður : village de pêcheurs typique au nord de l’Islande

Siglufjörður est l’un de ces lieux qui semblent être au bout du monde. Coincé entre un fjord et des montagnes, le village a longtemps vécu en marge. Et pourtant, son histoire est tout sauf anodine. Entre ruées vers le hareng, tunnels récents et maisons rénovées, Siglufjörður a connu plusieurs vies.

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Un fjord longtemps isolé

Pendant des siècles, Siglufjörður n’apparaît presque pas dans les archives. Le relief y est rude, les hivers longs et les accès compliqués. Avant 1940, aucun axe routier ne reliait le village au reste du pays. On y arrivait par bateau ou par des sentiers de montagne difficiles et imprévisibles.

L’ouverture du col en 1940 a marqué un premier virage, mais l’isolement a vraiment reculé avec l’arrivée des tunnels routiers. Aujourd’hui, deux galeries (l’une à l’ouest, l’autre à l’est) permettent de rejoindre la route principale. Cet accès nouveau a changé le quotidien. Les camions circulent, les habitants se rendent à Akureyri, et les visiteurs arrivent en toute saison, même quand les vents du nord secouent le fjord.

Un emplacement difficile… mais riche en ressources

Si la vallée est difficile à atteindre, la mer a longtemps compensé cette contrainte. Les zones de pêche autour de Siglufjörður étaient réputées pour leur abondance, surtout en morue et en hareng. Cette proximité directe avec les bancs de poissons a façonné la vie du village pendant des siècles.

Les marins islandais y trouvaient un accès rapide aux eaux les plus productives. Les bateaux partaient parfois avant l’aube et revenaient quelques heures plus tard avec des cargaisons impressionnantes. Cette richesse a attiré des investissements venus d’ailleurs, en particulier de Norvège.

port de Siglufjörður

Quand les Norvégiens arrivent : une nouvelle ère

À la fin du XIXᵉ siècle, les entrepreneurs norvégiens repèrent le potentiel du fjord. Ils lancent d’abord une activité de capture de requins, puis s’intéressent au hareng. Ils comprennent rapidement que ces eaux regorgent de poissons. Ils installent donc des lignes de production, des salaisons, des entrepôts. Le village, jusque-là modeste, devient un point névralgique de leur commerce de pêche.

C’est à ce moment-là que Siglufjörður change littéralement de visage. Les Islandais suivent le mouvement et créent leurs propres entreprises. Les premières décennies du XXᵉ siècle voient l’ouverture d’usines de farine de hareng, des deux côtés du fjord. La ville prend alors un air de ruée vers l’or avec des arrivées massives de travailleurs, de constructions rapides et de rythmes de travail intenses.

Siglufjörður, la “ville du hareng”

Dans les années 1930 et 1940, Siglufjörður vit sa période la plus animée. On raconte que les rues n’étaient jamais vraiment silencieuses. Les bateaux entraient et sortaient du port, les usines tournaient nuit et jour, les quais s’emplissaient de filets, de barils et de machines.

Le village atteint alors une population bien supérieure à ce que son décor montagnard pourrait laisser penser. Tout tourne autour du hareng. Les logements manquent, les cafés débordent, les histoires de fêtes improvisées se transmettent encore aujourd’hui dans le village et toute la région.

C’était un univers dur, mais plein de mouvement, où se croisaient travailleurs locaux, capitaines norvégiens, femmes employées au tri, charpentiers, mécaniciens et jeunes saisonniers.

paysage de Siglufjörður

Un virage progressif après le déclin du hareng

Comme souvent dans les villes dépendantes d’une seule ressource, le rythme finit par se calmer. Les stocks de hareng diminuent et les usines ferment. Siglufjörður ne s’effondre pas, mais la vie change. Le silence prend la place du bruit des machines. Beaucoup de familles partent, les quais vieillissent, les maisons en bois se détériorent. Mais ce ralentissement a aussi ouvert la voie à une autre histoire.

Une renaissance portée par le tourisme et la culture

Depuis quelques années, Siglufjörður connaît un nouvel élan.

Les tunnels ont facilité l’accès et les investissements suivent :

  • un nouvel hôtel,
  • des restaurants tournés vers les produits locaux,
  • des remontées mécaniques pour les amateurs de ski,
  • un terrain de golf,
  • et des programmes de rénovation pour les maisons anciennes.

Le musée du hareng est devenu une étape incontournable. On y comprend à quel point ce poisson a modelé la construction de la ville : sons, odeurs, machines, récits de femmes qui triaient à la chaîne… Le lieu raconte une époque où Siglufjörður était l’un des ports les plus actifs du pays.

Les habitants redonnent vie aux maisons en bois. On repeint, on répare les quais, on restaure les entrepôts. Le vieux port, autrefois saturé de barils, se transforme peu à peu en promenade agréable.

maison à Siglufjörður

Siglufjörður aujourd’hui

Le village n’a plus du tout cette frénésie des années 1930, mais il retrouve une forme d’énergie plus calme. Les paysages sont spectaculaires, la lumière nordique change d’une minute à l’autre, et le fjord garde son mystère. Les visiteurs y viennent pour marcher, observer les oiseaux, skier, écouter les histoires des anciens pêcheurs ou simplement regarder les montagnes plonger dans la mer.

Siglufjörður est un lieu à part : un village qui a connu le tumulte, l’isolement, puis la renaissance. Un endroit où la mémoire du hareng se mêle à un avenir tourné vers la culture et les voyageurs.