Les plus beaux villages des îles Féroé : falaises, fjords et toits d’herbe

Les montagnes, les cascades, les falaises et l’aventure sont des mots qui vous viennent à l’esprit lorsque vous pensez aux îles Féroé. Mais le pays a d’autres pépites. Des maisons aux toits d’herbe, des églises en bois colorées et la nature en collision avec la civilisation : ce sont les jolis villages des îles Féroé.

Le village de Saksun

Saksun apparaît comme un amphithéâtre naturel, au fond d’une vallée étroite où les montagnes forment un cercle presque parfait. Le village surplombe une lagune fermée par un cordon de sable, vestige d’un ancien fjord partiellement ensablé au XVIIᵉ siècle. Quelques maisons à toits d’herbe féroïennes, alignées en retrait, rappellent l’adaptation des habitants à un relief rude et à un climat instable. L’ensemble compose un paysage d’une sobriété saisissante, où chaque bâtiment semble posé avec une retenue presque cérémonielle. Une douceur inattendue se dégage pourtant de ce cadre austère.

Ce décor, souvent cité dans les études de paysage et d’architecture des Féroé, est indissociable de l’ancienne ferme Dúvugarðar, aujourd’hui un musée. Cette exploitation traditionnelle illustre les modes de vie ruraux avant l’électrification et la modernisation du milieu du XXᵉ siècle. Les randonneurs y trouvent aussi un point de départ vers Tjørnuvík ou Haldórsvík, deux itinéraires réputés pour la lecture qu’ils offrent du modelé glaciaire. Saksun n’est donc pas juste une carte postale : c’est un lieu où se croisent histoire agraire, géomorphologie spectaculaire et une certaine idée de l’isolement féroïen.

village de Saksun

Le village de Tjørnuvik

Tjørnuvík occupe l’extrémité nord de Streymoy, au fond d’une baie étroite où les vagues de l’Atlantique viennent mourir sur une plage de sable noir. Entouré de pentes abruptes, le village semble protégé dans une cuvette naturelle ouverte vers la mer. Son implantation compacte, ses maisons serrées autour du ruisseau central et la présence d’une petite église blanche composent un ensemble d’une grande cohérence. Le contraste entre les toitures sombres, le vert intense des prairies et la ligne d’écume donne au site une identité très forte. La scène paraît presque sculptée par le vent et la brume.

Le regard porte immédiatement vers les deux aiguilles rocheuses Risin og Kellingin, silhouettes emblématiques des Féroé que l’on observe bien depuis la plage. Les habitants ont longtemps vécu ici de la pêche et de l’agriculture de subsistance, en tirant parti de sols rares et d’un accès maritime parfois difficile. Aujourd’hui, Tjørnuvík est toujours un village habité à l’année et un point d’arrivée pour les randonneurs venant de Saksun. Cette continuité d’usage, alliée à un cadre spectaculaire, explique pourquoi il est souvent considéré comme l’un des paysages côtiers les plus puissants de l’archipel.

Tjørnuvik

Le village de Kirkjubøur

Kirkjubøur est le cœur historique et spirituel des îles Féroé. À l’extrémité sud de Streymoy, face à Sandoy, ce petit village rassemble trois monuments majeurs : les ruines de la cathédrale Saint-Magnus, l’église médiévale de Saint-Olav et la grande ferme de Kirkjubøargarður. Longtemps centre religieux et administratif de l’archipel, ce noyau patrimonial permet de lire, en un seul ensemble, près d’un millénaire d’histoire féroïenne. Chaque visite rappelle à quel point ce site a façonné l’identité des Féroé.

Au sein de Kirkjubøargarður, la pièce ancienne appelée Roykstovan (la « chambre de fumée ») illustre la permanence des modes de vie ruraux. Cette salle, parmi les plus vieilles structures d’habitat en bois encore utilisées en Europe, témoigne d’une continuité rare entre architecture traditionnelle et usage quotidien. Autour, quelques maisons à toits d’herbe, des enclos de pierre et un littoral battu par les vents composent un paysage où la mémoire, la mer et les traces de l’autorité médiévale sont étroitement liées.

Le village de Gásadalur

Gásadalur est l’un des villages les plus emblématiques des îles Féroé, perché au bord d’une falaise sur la côte ouest de Vágar. Enclavé entre les montagnes Árnafjall et Eysturtindur, il est longtemps resté difficile d’accès : jusqu’en 2004, on n’y parvenait qu’à pied, par bateau lorsque la mer le permettait, ou par hélicoptère. Cette isolation a préservé une implantation rurale d’une grande simplicité, où quelques maisons à toits d’herbe s’organisent autour d’un replat tourné vers la mer.

La principale raison pour laquelle les gens viennent dans cet endroit éloigné est pour voir la cascade qui s’écoule près de la ville. En 2012, il n’y avait que 18 personnes qui vivaient à Gásadalur, et plusieurs maisons sont vides aujourd’hui. Une histoire raconte que le village a été nommé d’après une femme appelée Gæsa, qui est venue de Kirkjubøur. Elle avait mangé de la viande pendant le jeûne du Carême et, pour cet acte impie, tous ses biens furent confisqués. Elle s’enfuit dans la vallée de Vágar.

Une explication plus probable est que Gásadalur (Vallée de l’Oie) a été nommé d’après les oies sauvages, qui depuis les temps anciens voyagent dans la vallée. Mais Gásadalur ne se résume pas à ce panorama devenu iconique : c’est aussi un exemple de continuité d’habitat dans un environnement exigeant.

Gásadalur

Le village de Funningur

Funningur s’étire au fond d’un fjord profond d’Eysturoy, dans un décor où la montagne descend presque verticalement vers la mer. Selon la tradition locale, il serait l’un des premiers lieux habités des îles Féroé, ce qui expliquerait la présence d’une implantation resserrée autour du ruisseau central et d’une petite église blanche datant de 1847. Les maisons suivent la pente avec une sobriété remarquable, alternant bois peint en noir, toits d’herbe et murets de pierre qui stabilisent les parcelles. L’ensemble forme un village discret, mais d’une cohérence rare, dominé par les silhouettes du Slættaratindur et du Gráfelli.

Ce paysage fermé, aux lignes presque amphithéâtrales, a toujours conditionné la vie quotidienne : pentes difficiles à cultiver, accès maritime exposé, mobilité limitée entre les hameaux. Funningur est habité à l’année et incarne un modèle d’adaptation ancienne au relief féroïen. Les visiteurs y trouvent une lecture très pure du rapport entre habitat, eau et montagne, sans l’effet de carte postale que connaissent d’autres villages plus fréquentés. C’est cette retenue qui en fait l’un des plus beaux villages des îles Féroé.

Funningur

Le village de Gjógv

Gjógv occupe l’extrémité nord-est d’Eysturoy, dans un paysage où les crêtes s’ouvrent brusquement sur l’océan. Le village doit son nom à la gorge basaltique qui sert de port naturel : une fissure profonde creusée par la mer, unique aux Féroé. Autour, les maisons colorées composent un ensemble homogène.

Cette implantation compacte offre une lecture très claire du paysage féroïen : présence de l’eau, découpes rocheuses, cultures étroites gagnées sur la montagne, lumière changeante. La promenade menant aux points de vue au-dessus de la gorge révèle l’équilibre entre nature et bâti, sans surenchère. Gjógv est l’un des villages les plus populaires de l’archipel, mais il conserve une atmosphère calme, presque méditative, où l’on ressent encore la fonction originelle de ce port-abri façonné par la géologie.

Gjógv

Le village de Bøur

Bøur s’étire sur un replat face à l’océan, sur la côte ouest de Vágar, avec l’une des perspectives les plus célèbres des îles Féroé : Tindhólmur, Gáshólmur et les « Drangar » dressent leurs silhouettes acérées dans l’alignement du village. Les maisons en bois sombre, souvent coiffées de toits d’herbe, se regroupent en petites rangées orientées vers la mer. Cette disposition offre une protection contre les vents dominants et une vue dégagée sur le large, rappelant le lien ancien entre les habitants et la pêche côtière.

Malgré sa fréquentation croissante, Bøur est un village dont l’échelle modeste et l’implantation sobre renforcent la force du paysage. Les rues, les murets de pierre et la proximité des pâturages composent une scène étonnamment préservée. En observant le jeu de la lumière sur les îlots en face, on comprend pourquoi Bøur est souvent considéré comme l’un des paysages habités les plus poétiques de l’archipel.

Le village de Mykines

Mykines est le seul village de l’île du même nom, à l’extrémité ouest de l’archipel, là où les falaises plongent presque à la verticale dans l’Atlantique. Ses maisons serrées, peintes de couleurs sombres, se regroupent autour d’un petit plateau enherbé qui domine naturellement le port. L’église blanche, reconstruite au début du XXᵉ siècle après une tempête, se détache nettement sur un horizon maritime immense. Malgré son isolement fréquent (l’accès dépend des conditions de mer et du vent) le village conserve une implantation traditionnelle très cohérente, héritée d’une longue histoire pastorale.

Ce qui distingue Mykines, c’est la relation intime entre le bâti et la géologie spectaculaire de l’île. En empruntant le sentier qui mène au pont suspendu et au phare de Mykineshólmur, on passe d’un village compact à un paysage presque aérien, rythmé par les falaises, les colonies d’oiseaux et les à-pics basaltiques. Mykines reste un lieu habité, mais son rythme est celui d’une île qui ne transige pas avec les saisons : les habitants vivent au plus près du relief, de la météo et des ressources locales. Cette tension entre extrême beauté et vulnérabilité en fait l’un des villages les plus marquants des Féroé.

maison au toit d'herbe à Mykines