Le « hall and parlor house » est un type de maison vernaculaire que l’on trouve dans l’Angleterre du début du 19ème siècle et dans l’Amérique du Nord coloniale. On présume qu’elle a été le modèle sur lequel d’autres types de maisons nord-américaines ont été développées, telles que la maison de style Cape Cod, la Saltbox et la central-passage house, et a à son tour influencé la maison en I un peu plus récente. En Angleterre, il s’agissait d’un développement plus modeste par rapport à la maison médiévale.
Origines anglaises : héritage de la Hall House
En Angleterre, la hall and parlor house apparaît à la fin du Moyen Âge et se généralise à l’époque moderne (XVIᵉ-XVIIᵉ siècles). Elle constitue une évolution modeste de la medieval hall house, grande maison à salle unique où les fonctions domestiques se superposaient.
La transformation majeure réside dans l’introduction d’une séparation intérieure permanente. Le hall demeure l’espace principal, dédié aux activités quotidiennes : préparation des repas, travail domestique, réception. L’ajout d’un parlor (pièce plus petite, chauffée et isolée) marque une différenciation sociale et fonctionnelle de l’espace, traduisant l’émergence progressive de la vie privée dans l’habitat.
La hall and parlor house est généralement bâtie en ossature bois recouverte de bardage, ou en maçonnerie légère selon les ressources locales, avec un volume rectangulaire compact. La toiture à deux versants reste dominante, mais sans la monumentalité des grandes maisons à hall ouvert. Les ouvertures sont peu nombreuses et disposées de manière fonctionnelle, sans recherche de symétrie, traduisant une architecture tournée vers l’usage domestique quotidien plutôt que vers la représentation.
Organisation spatiale : une maison à deux pièces
Le principe fondamental du style repose sur une configuration rectangulaire à deux pièces disposées l’une derrière l’autre ou côte à côte selon les régions. Le hall constitue la pièce la plus vaste et la plus accessible. Une porte extérieure y donne directement accès. Il sert d’espace polyvalent, parfois équipé d’un foyer, et peut accueillir un escalier ou une échelle menant à un comble habitable.
Le parlor, situé à l’arrière ou sur le côté, est plus intime. Il accueille généralement un lit et les effets personnels. Cette pièce devient rapidement un marqueur de statut social, même modeste, en offrant un espace distinct du travail domestique. Dans les premiers exemples anglais, la maison est souvent large d’une pièce et profonde de deux, avec communication directe entre les deux volumes.
Transposition en Amérique du Nord : adaptation coloniale
Avec la colonisation britannique, le modèle de la hall and parlor house traverse l’Atlantique et s’implante durablement en Amérique du Nord dès le XVIIᵉ siècle. Il devient l’un des types résidentiels les plus répandus dans les colonies. La forme évolue toutefois légèrement : la maison est souvent large de deux pièces et profonde d’une seule, adaptée à la disponibilité du terrain et aux pratiques de construction locales. Beaucoup d’exemples sont de plain-pied avec un demi-niveau sous comble.
Les matériaux varient selon les régions. L’ossature en bois domine, posée sur une fondation en pierre ou en brique. Dans certains cas, l’ensemble du bâtiment est maçonné. Les toitures à pignons latéraux restent fréquentes, avec des pentes marquées favorisant l’écoulement des eaux et la ventilation.
Cheminées, fenêtres et asymétrie des façades
L’implantation des cheminées est un critère régional. Dans les colonies du Sud, on observe fréquemment des cheminées extérieures ou affleurantes placées sur les pignons, parfois une de chaque côté. Dans le Nord, une cheminée centrale est plus courante, permettant de chauffer les deux pièces.
Les façades ne cherchent pas la symétrie. Les fenêtres sont disposées de façon fonctionnelle, selon l’éclairage intérieur et les contraintes climatiques. Cette asymétrie, caractéristique de l’architecture vernaculaire, distingue clairement le style des compositions géorgiennes plus tardives. Les dimensions sont modestes : la profondeur se situe entre 5 et 6 mètres, et la largeur varie de 10 à 12 mètres.
Usages domestiques et hiérarchie des espaces
Le hall est le cœur de la vie domestique. On y cuisine, on y travaille, on y reçoit. Lorsqu’un étage existe, il s’ouvre directement sur cette pièce. Le parlor conserve une fonction plus intime, principalement dédiée au sommeil et à la conservation d’objets précieux. Cette organisation reflète une hiérarchie spatiale simple mais structurante, qui influencera durablement les modèles résidentiels anglo-américains.
Une matrice pour les styles ultérieurs
Les historiens de l’architecture vernaculaire, notamment Henry Glassie et Fred Kniffen, considèrent la hall and parlor house comme une forme matricielle. Elle est à l’origine de plusieurs types emblématiques nord-américains. La central-passage house (aussi appelée Tidewater house) résulte de l’ajout d’un mur ou d’un couloir dans le hall, créant une circulation centrale. La maison en I et certaines formes de Cape Cod dérivent également de ce schéma initial, enrichi et rationalisé au fil du temps.
De nombreux exemples documentés montrent des maisons hall and parlor transformées par ajouts successifs, illustrant une architecture évolutive plutôt qu’un modèle figé.
Exemples conservés et reconnaissance patrimoniale
Le style est bien représenté dans le Sud-Est des États-Unis. Au début du XIXᵉ siècle, il est utilisé dans le comté de Williamson, dans le Tennessee. Des maisons telles que la John Pope House, la Samuel Crockett House, la John Neely House ou la John Crafton House témoignent de cette tradition constructive.
Ces édifices sont aujourd’hui étudiés, restaurés et protégés pour leur valeur documentaire. Ils constituent des sources indispensables pour comprendre les modes de vie, les techniques de construction et les mutations sociales des premières communautés anglo-américaines.
Crédits photos : wikipedia, Vanishing South Georgia