Kastelivka, à Lviv, est un symbole d’audace architecturale. Ce site historique illustre la quête d’une identité urbaine singulière. Les villas, construites à la fin du 19ème siècle, reflètent une approche novatrice. Vous y découvrez un lien entre nature et bâti. Voici leurs origines, leur concept et leur évolution.
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Origines et contexte
Julian Zakharievych et Ivan Levynsky achetèrent la parcelle de Kastelivka en 1885. Ce nom dérive de la famille Castello, active à Lviv dès le 17ème siècle. Le terrain se trouvait alors en périphérie de la ville, marqué par des vergers et des espaces marécageux. L’essor de la ville au 19ème siècle poussa Lviv à étendre ses limites. La volonté de bâtir des villas vertueuses et confortables y prit forme.
Les documents cadastraux de 1849 mentionnent déjà la toponymie de Kastelivka. Ils révèlent l’existence d’un domaine appartenant à la famille Castelli. Sous l’Empire austro-hongrois, l’urbanisation de Lviv gagna en ampleur. Les architectes cherchèrent des solutions pour loger une bourgeoisie fortunée. Zakharievych et Levynsky virent alors le potentiel du site pour y implanter une zone résidentielle.
Le climat de l’époque encourageait la réflexion sur l’identité de la Galicie. Des architectes intégraient des motifs vernaculaires dans leurs projets. La construction de Kastelivka s’inscrit dans ce contexte socioculturel. Les recherches historiques indiquent que le nom “Kastelivka” apparaît déjà dans les cartes du milieu du 19ème siècle. À la fin des années 1880, le terrain offrait une opportunité pour innover.


Un concept urbain novateur
Les concepteurs souhaitaient dépasser le schéma classique des rues rectilignes. Ils imaginèrent une composition de voies sinueuses, épousant les reliefs naturels. L’objectif premier était de placer l’humain au cœur du projet. Les courbes urbaines soulignaient la topographie et créaient des perspectives changeantes. Cette approche contrastait avec les quartiers géométriques du centre de Lviv.
Chaque parcelle, de forme irrégulière, permettait une implantation variée des villas. On privilégiait la ventilation, l’accès à la lumière et la vue sur la verdure. Le plan d’ensemble intégrait des espaces communs et des chemins pittoresques. L’idée était de créer un microcosme résidentiel, doté de sa propre dynamique. On envisageait même un marché local, pour renforcer l’autonomie du quartier.
Ce parti pris s’inspirait de réflexions européennes sur l’urbanisme. Camillo Sitte, par exemple, plaidait pour une ville perçue comme une œuvre d’art. La région de Kastelivka précéda ces théories, en donnant la priorité à la beauté d’ensemble. La volumétrie des bâtiments devait s’allier à la nature environnante. Ainsi, l’harmonie visuelle passait bien avant la simple organisation géométrique.

Organisation de l’espace et typologie des villas
La plupart des demeures et villas de Kastelivka adoptent une forme asymétrique. Cette configuration garantit une répartition optimale des pièces et de la lumière. Les plans s’organisent autour d’un couloir central ou d’un escalier. Les salons et salles de réception s’ouvrent sur des vérandas ou des balcons. Les cuisines et salles d’eau se situent dans des annexes faciles à relier aux conduites.
Des villas jumelées apparaissent également, souvent conçues pour deux familles. Les architectes veillaient au confort de chaque foyer. Les parties communes se limitaient aux escaliers et vestibules. Chaque occupant profitait d’un étage complet, ou d’une aile, selon le projet initial. La forme en L ou en U était également très fréquente pour dégager un jardin latéral pour les familles.
Les volumes comprenaient parfois des tours d’angle. Ces tourelles renforçaient l’identité pittoresque du quartier. Elles accueillaient des escaliers secondaires ou des bureaux en belvédère. Les avant-toits proéminents et les combles mansardés faisaient écho aux maisons rurales. Tout cela contribuait à la singularité de Kastelivka, où chaque villa possédait sa propre personnalité.


Caractéristiques stylistiques et matériaux
Kastelivka a un style que l’on qualifie de “folk-romantique”. Cette tendance puise dans le folklore régional et diverses inspirations européennes. Les premiers édifices mélangent motifs Renaissance et clins d’œil à l’architecture vernaculaire. La brique brute, souvent associée à l’enduit, crée des contrastes visuels. Des céramiques colorées ponctuent les façades, avec des motifs floraux ou géométriques.
Les toits inclinés des demeures rappellent ceux des villages des Carpates. Des arêtes plus abruptes évoquent une filiation avec le modèle paysan. On retrouve aussi des balcons en bois, agrémentés de motifs sculptés. Ces éléments soulignent l’aspect artisanal et la quête d’une identité régionale. Les ferronneries ornementales et les lucarnes enrichissent la silhouette générale.
La villa “Julietka”, conçue par Zakharievych, affiche des inspirations gothiques. Arcatures brisées et contreforts discrets s’y mêlent, sans rupture d’ensemble. Pourtant, l’usage de la brique nue et des tuiles locales suggère un ancrage local. Plus tard, certaines demeures de Kastelivka adoptent une ligne plus rationnelle. Le décor ornemental s’y réduit, laissant la place à des volumes épurés.

Évolution et héritage
Au tournant du 20ème siècle, Lviv poursuit son urbanisation galopante. Le centre-ville se densifie et les immeubles de rapport se multiplient. Kastelivka n’échappe pas à cette logique, bien qu’il conserve un cachet particulier. La rue Chuprynka, par exemple, voit surgir des habitations plus hautes, destinées à la location. Les façades conservent parfois des motifs céramiques, mais dans un esprit plus sobre.
Certaines villas se rénovent au fil du temps, adoptant le confort moderne. On aménage alors des salles d’eau supplémentaires et on modernise les cuisines. Des transformations se produisent aussi dans la distribution intérieure, pour s’adapter à de nouveaux besoins. Malgré ces changements, l’essence folk-romantique reste reconnaissable. On repère toujours des toitures pentues, des frises colorées et des balcons finement travaillés sur les villas qui ont été modifiées au cours des années.


En 1904, de nouvelles parcelles sont construites le long de la rue Metrolohichna. Les architectes s’orientent alors vers un style plus rationnel, proche de l’Art nouveau. Les proportions se simplifient, mais les détails en bois restent présents et subtils. Les jardinières et garde-corps prolongent le lien entre intérieur et extérieur. Ainsi, Kastelivka illustre la continuité entre tradition et modernité.
Le quartier subit ensuite l’influence de l’entre-deux-guerres. Les principes fonctionnels se renforcent, délaissant les excès décoratifs. Pourtant, l’atmosphère pittoresque n’a pas disparu, bien au contraire. Le relief, la disposition des villas et les rues ondulantes préservent l’esprit initial.

Conclusion
Les villas de Kastelivka incarnent un jalon essentiel dans l’histoire urbaine de Lviv. Elles offrent un compromis ingénieux entre innovations techniques et héritage vernaculaire. Leur tracé sinueux, leurs volumes asymétriques et leurs détails artisanaux évoquent la recherche d’une identité forte. Cette démarche influença de nombreux architectes, attachés à concilier tradition et modernité. En parcourant ce quartier, vous percevez le soin apporté à la relation entre maisons, ruelles et relief.
Le style folk-romantique se lit dans chaque bois sculpté. Il se reflète aussi dans les motifs céramiques et les angles de toits audacieux. Avec le temps, Kastelivka subit des ajustements pour s’accorder aux exigences modernes. Néanmoins, l’âme originelle persiste, témoignant du génie créatif de Zakharievych et Levynsky. Cette œuvre architecturale est un champ d’études et un trésor pour les passionnés.
Aujourd’hui, Kastelivka jouit d’une reconnaissance grandissante. Les résidents protègent ses qualités urbaines et ses singularités esthétiques. Le visiteur y découvre une halte hors du temps, illustrant l’évolution de la Galicie. Ce quartier prouve que les solutions novatrices reposent parfois sur un retour subtil aux racines. Le legs de Kastelivka restera une source d’inspiration durable.










