Manoir de la Salamandre : un “vieux” manoir… né de la Belle Époque

Quand on le découvre dans le centre d’Étretat, non loin de la plage, le Manoir de la Salamandre donne l’impression d’un survivant médiéval : pans de bois, encorbellements, sculpture foisonnante, allure de maison urbaine ancienne. Cette impression est voulue. Le bâtiment “fait ancien”, mais il est surtout le produit d’un goût très 1900 pour la chaumière normande et les architectures pittoresques, au moment où Étretat devient une station balnéaire emblématique. Plusieurs sources soulignent ce décalage : l’édifice est admiré pour son style médiéval, alors qu’il a été créé au début du XXe siècle dans son état actuel.

Une maison de Lisieux “déplacée” : l’origine lexovienne

L’histoire du manoir, telle qu’elle est la plus solidement documentée, commence à Lisieux. Les Archives du Calvados rappellent l’importance patrimoniale du “Manoir de la Salamandre” lexovien (iconographie, restaurations, usages, dont le musée du Vieux-Lisieux avant 1944).

À Étretat, il ne s’agit pas d’un banal pastiche “inspiré de”, mais d’un remontage / réemploi d’éléments d’une maison ancienne de Lisieux : la demeure reprend des parties d’un bâtiment plus ancien lié à Lisieux (souvent associé à la “maison Plantefor”, enseigne d’un cirier dans la Grande Rue).

façade Manoir de la Salamandre

1912 : reconstruction à Étretat et parti-pris architectural

Le manoir date de 1912, avec Émile Mauge (originaire de Fécamp) comme architecte. L’idée est de donner à Étretat un “monument” tout de suite lisible, spectaculaire, et parfaitement dans le goût néo-normand de l’époque, en reconstituant une maison à colombages de type urbain (Pays d’Auge / Lisieux).

Le remontage n’est pas une copie strictement à l’identique : des modifications sont signalées, notamment l’ajout d’un encorbellement sur le pignon et des changements sur les lucarnes (position, forme, et même le traitement de couverture). Ce détail montre une logique de “composition” plus que de restauration patrimoniale : on adapte le bâtiment à une mise en scène urbaine et touristique.

Manoir de la Salamandre

Matériaux et silhouette : pans de bois et galandage

L’office de tourisme local décrit une construction “de type galandage” avec une ferme débordante marquée, associant colombages et briques cuites au feu de bois (certaines vernissées).

Cette précision éclaire la texture très particulière de la façade : on n’est pas uniquement sur du pan de bois décoratif, mais sur une recherche d’effets de matière (bois sombre, brique chaude, éléments vitrifiés) qui accentue le relief, capte la lumière, et renforce la dimension “photogénique” du manoir.

Manoir de la Salamandre façade colombages

Une façade-spectacle : sculptures, figures, etc

Plusieurs sources s’accordent sur un point : la façade est richement sculptée. Un billet consacré à l’architecture à Étretat mentionne notamment des figures (chevalier, aigle, singe, visages) et insiste sur le caractère ornemental très dense, typique d’une maison médiévale urbaine réinterprétée.

La thématique alchimique revient aussi : certaines sculptures y feraient explicitement référence, au point que le manoir est régulièrement cité dans des discours patrimoniaux ou culturels autour des “symboles” en architecture. On retrouve aussi l’idée que la salamandre (créature associée à la résistance au feu) donne son nom à l’édifice. Les lectures “ésotériques” varient selon les auteurs. Ce qui est bien établi, en revanche, c’est l’existence d’un programme sculpté abondant et volontairement évocateur.

Manoir de la Salamandre sculpture en bois sur la façade

Restaurations et entretien : un patrimoine… en activité

Le Manoir de la Salamandre fonctionne aujourd’hui comme établissement hôtelier (et, historiquement, hôtel-restaurant), ce qui implique des campagnes d’entretien régulières.

Un article professionnel sur des prix de toiture signale une rénovation de la toiture et de la façade menée “dans le respect” de l’histoire du lieu, en rappelant aussi le récit de démontage / remontage (Lisieux → Étretat) et l’ancienneté revendiquée (XIVe siècle) dans l’imaginaire associé au bâtiment.

Pourquoi il compte à Étretat ?

  • Parce qu’il parle d’une autre époque : celle où Étretat se dote, en pleine attractivité balnéaire, d’une “architecture-signal” qui fabrique du pittoresque normand.
  • Parce qu’il condense des savoir-faire : charpente apparente, colombage, brique, sculpture, reliefs, débords de toiture, tout est pensé pour être vu dans ce bâtiment de la Belle Époque.
  • Parce qu’il est hybride : mi-reconstitution, mi-création, avec des ajustements assumés.