Les constructions traditionnelles au Ghana reflètent les ressources locales, les climats, les contraintes sociales et les techniques ancestrales. Chaque région présente des variantes associées aux matériaux disponibles, aux croyances, aux mécanismes de transmission des savoir-faire ainsi qu’au climat. Ces habitats ont évolué avec le temps mais ont conservé leur cohérence architecturale.
Formes architecturales typiques
Les maisons traditionnelles du Ghana se déclinent en plusieurs formes, chacune adaptée à son environnement et aux pratiques locales. Leur conception traduit un équilibre entre contraintes techniques, ressources disponibles et organisation sociale. Voici les formes les plus courantes.
1. Maisons rondes en terre battue
Dans la région du Nord, plusieurs communautés bâtissent des maisons circulaires à base de banco (terre crue stabilisée). Les murs épais, parfois de plus de 40 cm, assurent une régulation thermique naturelle. Le toit conique en paille repose sur une structure de bois disposée en faisceau. L’ensemble structurel conjugue inertie thermique et évacuation rapide des eaux pluviales.
Fonctionnellement, ces plans circulaires facilitent la répartition des zones de vie autour d’un foyer central. L’ajout périodique d’un enduit de banco permet de conserver l’étanchéité et la protection contre l’érosion pluviométrique. Au nord du Ghana, les maisons traditionnelles du peuple Talensi (ou Tallensi) illustre bien cette tradition architecturale circulaire. Leurs habitations sont élaborées à l’aide de boules de latérite façonnées à la main, assemblées couche par couche pour élever les murs cylindriques. L’enduit combine un mélange de boue, de bouse de vache et de jus de gousses de caroube bouillies, dont les propriétés stabilisantes facilitent l’imperméabilisation des surfaces tout en renforçant leur durabilité.

2. Habitats rectangulaires hybrides
Dans les zones forestières, on observe des maisons rectangulaires en bois et terre, souvent appelées « case en terre ». Les fondations sont en pierre locale ou en pierre–terre puis les murs en torchis à armature de bois (clayonnage). Le bois assure la charpente, la paille ou le chaume couvre les toits à faible pente. Le volume est souvent segmenté en pièces pour la chambre, le séjour et les aires de stockage.
La régulation thermique repose sur l’épaisseur des murs en terre et un système de ventilation croisée. Des ouvertures bien placées créent une circulation de l’air tout en laissant entrer la lumière.


Caractéristiques architecturales et techniques
Les maisons traditionnelles du Ghana allient des choix constructifs précis et l’usage maîtrisé de matériaux locaux. Leurs caractéristiques techniques traduisent une adaptation fine aux contraintes climatiques, aux ressources disponibles et aux savoir-faire transmis au fil du temps.
1. Matériaux de construction et mise en œuvre
- Terre crue (banco, adobe, banco stabilisé) : la terrre crue offre une excellente régulation thermique, c’est un matériau renouvelable qui a une faible énergie grise. Une technique artisanale qui demande endurance et précision dans le battage ou le pressage, puis le séchage progressif.
- Bois local : il est utilisé pour la structure, les solives et la charpente. Il doit être bien séché pour éviter les déformations. Les assemblages traditionnels remplacent souvent les clous métalliques.
- Fibres végétales (chaume, paille, feuilles de palmier) : isolant naturel performant, le chaume se pose en couches épaisses, périodiquement remplacées ou réparées.
- Pierre ou mélange pierre-terre : fondations robustes, résistance aux remontées d’humidité.

2. Techniques de stabilité et assemblages
Le banco circulaire bénéficie d’un autoportage grâce à la courbure du mur ; la base élargie stabilise la structure. Le chaume conique permet une évacuation rapide de l’eau.
Le clayonnage (bois + terre) combine légèreté et capacité portante. Les éléments boisés forment une charpente rigide, le remblai en terre participe à la masse thermique.


Isolation, confort intérieur et durabilité
L’épaisseur des murs en terre et le pouvoir isolant du chaume offrent un confort thermique notable à l’intérieur des maisons. En journée, la masse accumule la chaleur, puis la relâche la nuit, ce qui équilibre les températures. En saison des pluies, la pente du toit et le chaume filtrent les pluies.
La durabilité dépend d’un entretien régulier : enduits de terre, remplacement de chaume, contrôle des parties boisées. Grâce à la réparabilité locale, ces maisons peuvent durer plusieurs générations.
Simplicité constructive et transmission des savoir-faire
L’architecture vernaculaire du Ghana atteste d’un dialogue étroit entre l’artisanat et l’architecture. Les savoir-faire se transmettent de génération en génération, sans plans formels. L’architecte traditionnel perçoit les variations du sol, de la lumière, des saisons. Le processus commence par l’analyse du terrain (topographie, drainage), suivi du choix des matériaux. Chaque étape est réalisée en collaboration entre artisans, comme la préparation du banco, le dressage de la charpente, le coutil ou le chaulage.

Valeur patrimoniale et symbolique
Ces habitats incarnent une mémoire collective. Ils affirment un lien à la terre, aux outils domestiques, à l’organisation sociale. Les maisons rondes invitent aux rassemblements communautaires. La forme circulaire ramène à un principe d’équité — aucune extrémité privilégiée.
L’usage des matériaux naturels les inscrit dans une écologie de réemploi. L’architecture vernaculaire s’intègre à l’écosystème local, respecte les cycles hydriques, et minimise l’impact carbone.
Vulgarisation technique
Vous trouverez ici des explications compréhensibles sur des termes techniques :
- Banco : terre crue souvent mélangée avec un liant naturel (bouse, paille, parfois ciment ou chaux), battue dans des coffrages ou formée en blocs. Voir notre article sur le matériel banco.
- Clayonnage : armature de bois ou de branches entrelacées, recouverte d’un mélange de terre, parfois renforcé de fibres végétales, fermant es parois et contribuant à l’inertie thermique.
- Chaume : matières végétales disposées en couches épaisses pour protéger de la pluie et isoler.
- Masse thermique : capacité des matériaux lourds à emmagasiner la chaleur et la restituer.
- Ventilation croisée : disposition des ouvertures pour créer un flux d’air naturel.
Les maisons traditionnelles du Ghana forment un patrimoine pertinent à notre époque. Elles combinent simplicité constructive, matériaux locaux, confort thermique, adaptabilité, esthétique modérée et valeurs sociales fortes. Décrire leurs caractéristiques, expliquer les principes techniques de façon limpide, mobiliser l’artisan et l’architecte, l’historien et le lecteur, permet d’affirmer ce patrimoine comme ressource utile pour la conception contemporaine, pour l’éducation, et pour la valorisation culturelle.