Quand on pense à cette ville, on voit souvent le château de Vaduz perché sur la colline ou les bâtiments contemporains autour du parlement. Pourtant, pour comprendre la capitale du Liechtenstein, il faut aussi regarder les maisons plus modestes. Les quartiers anciens, les fermes conservées par les musées et les villages voisins montrent une autre histoire : celle d’un petit État alpin où l’architecture domestique s’est adaptée à la pente, au climat et à la vie rurale. Et même si Vaduz a beaucoup construit dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, il y a des ensembles où l’on sent encore la ville d’avant la prospérité récente.
Vaduz : petite capitale alpine et paysage de maisons
La ville de Vaduz s’étire sur le versant qui domine la vallée du Rhin. Le château princier, d’origine médiévale, surveille la ville depuis le XIIᵉ siècle. Autour, les rues du centre mêlent immeubles récents, bâtiments administratifs et maisons plus anciennes. Des voyageurs décrivent la capitale comme un patchwork qui va du château roman aux villas et maisons très modernes.
Dans ce décor, les maisons traditionnelles apparaissent souvent par fragments : une ferme coincée entre deux immeubles, une façade à pignon sur une ruelle en pente, un jardin de vigne qui touche presque les murs. Pour saisir ce qui fait la spécificité des maisons, il faut remonter vers le quartier de Mitteldorf, puis regarder ce qui a été préservé dans les musées de Schellenberg et de Triesenberg. Ces trois lieux donnent une bonne idée de la façon dont on construisait et dont on vivait ici jusqu’au début du XXᵉ siècle.
Mitteldorf : un quartier de maisons à pignons
Mitteldorf se trouve au nord-est du centre de Vaduz. Les guides le décrivent comme un quartier ancien, avec des jardins de roses, des pentes marquées et des rangées de maisons qui regardent vers les vignes et la montagne. En vous y promenant, vous voyez plusieurs éléments qui reviennent souvent :
- des toits à deux pans bien marqués, parfois très inclinés pour évacuer la neige
- des façades à pignon tournées vers la rue, plus ou moins décorées
- des encadrements de fenêtres clairs sur un enduit coloré
- des balcons en bois et des jardinières fleuries
Ce n’est pas un musée en plein air. Des familles y vivent, les habitations de Vaduz ont été transformées, isolées, voire même agrandies. Mais l’échelle du quartier est toujours celle d’un bourg alpin : maisons de deux ou trois niveaux, toitures continues et vues dégagées sur les vignobles.
Un détail qui frappe souvent les visiteurs, ce sont les transitions très nettes entre les zones modernes et ce secteur plus ancien. Vous quittez la rue bordée de bâtiments administratifs, vous montez une pente courte, et soudain le pavage, les murs et les jardins changent de ton : c’est Mitteldorf.
La Maison Rouge : pignons, tour médiévale et vignoble
Au-dessus de Mitteldorf, un bâtiment domine le paysage : la Maison Rouge (Rotes Haus). C’est une maison à pignons en escalier, avec une tour d’habitation et une grange attenante. Elle date de 1338.
Son nom vient de sa couleur. La teinte rouge foncé est attestée depuis le milieu du XIXᵉ siècle. Avant cela, un bâtiment plus ancien occupait déjà le site, puis a été démoli au plus tard au XVe siècle.
L’ensemble actuel comprend :
- une maison principale à pignons à gradins, couverte de tuiles
- une tour quadrangulaire en maçonnerie de pierre, coiffée d’un toit pyramidal
- des bâtiments agricoles, dont un ancien bâtiment de pressoir (Torkelhaus) lié au vignoble
La Maison Rouge a appartenu à plusieurs propriétaires, dont le couvent de Saint-Jean. Depuis 1807, elle appartient à la famille Rheinberger. Elle n’est pas ouverte en visite libre, mais elle sert de repère visuel. Depuis la vallée, on voit bien le contraste entre la pierre brute de la tour, la façade rouge et les vignes. Pour un regard d’architecte, cet ensemble résume l’ancrage médiéval, le lien avec l’agriculture (pressoir, vignes) et la façon dont les maisons de Vaduz utilisent le relief pour gagner en lumière.
Le Biedermannhaus de Schellenberg
Pour comprendre la maison paysanne traditionnelle autour de Vaduz, le détour par Schellenberg vaut l’effort. Là se trouve le Bäuerliches Wohnmuseum, installé dans le Biedermannhaus, une maison de bois datant du début du XVIᵉ siècle. Les informations du musée indiquent que le bâtiment, en grande partie en bois, a été construit vers 1518 et déplacé plusieurs fois avant d’être remonté à son ici.
Le musée national présente cette ferme comme l’un des derniers exemples de ce mode de construction dans l’espace alpin. L’intérieur montre la vie rurale vers 1900 : pièces de séjour, cuisine, chambres étroites, atelier, réserves. On y voit plusieurs constantes de l’habitat traditionnel :
- usage massif du bois pour les murs et les planchers
- plan très compact, pour limiter les pertes de chaleur
- petites fenêtres, souvent groupées, pour éclairer sans refroidir la maison
- juxtaposition étroite des fonctions : logement, étable, grange
Une anecdote, souvent relevée par les visiteurs, concerne le déplacement de la maison. Le bâtiment a changé de site avec ses propriétaires avant d’être reconstruit à Schellenberg dans les années 1990.
Cela rappelle que dans cette région, une maison en bois pouvait être démontée, transportée et montée ailleurs, tout en gardant sa structure principale intacte.
L’héritage Walser autour de Vaduz : Triesenberg
À Triesenberg, au-dessus de Vaduz, vous entrez dans un autre registre : celui des Walser. Des textes touristiques rappellent que ce village a été colonisé par des familles venues du Valais vers 1280.
Leur culture est encore visible dans le dialecte, les coutumes, mais aussi dans l’architecture. Le Walsermuseum de Triesenberg présente un intérieur de vieille maison alpine et un ensemble d’objets.
Le musée ne se limite pas à des vitrines. Il comprend également une maison Walser de plus de 400 ans, située au sud du cimetière, qui montre l’organisation du logement au XIXᵉ siècle.
Les Walser utilisaient un système de construction en bloc (Blockbau), avec des rondins de mélèze empilés et entaillés. Un trait frappe dans les descriptions de ces maisons : le rôle central de la cuisine, appelée « maison du feu ». C’est là que l’on cuisait, transformait le lait en fromage, se réunissait.
Pour un visiteur qui vient de Vaduz, ces maisons illustrent une autre facette du pays. Au fond, elles partagent beaucoup avec les fermes de la vallée : usage du bois, plan resserré, proximité entre logement et travail agricole. Mais elles se posent plus haut, sur les replats qui dominent la vallée du Rhin.
À l’intérieur : pièces en enfilade et cuisine centrale
Les musées de Schellenberg et de Triesenberg donnent un aperçu assez concret de l’intérieur des maisons traditionnelles. Les descriptions parlent de vie « simple », mais derrière ce mot se cachent des choix précis d’organisation liés au climat et aux usages quotidiens. Dans ces maisons :
- la cuisine sert souvent de pièce principale (autrefois, de nos jours cela a été transformé), surtout dans les maisons Walser, où elle concentre chaleur, sociabilité et travail du lait.
- les chambres sont petites, avec des lits rapprochés, parfois superposés. L’objectif est de conserver la chaleur et de limiter les surfaces froides. Cela évitait aussi les pertes d’énergie nocturnes.
- les couloirs sont étroits. Dans certaines fermes, les pièces se succèdent en enfilade, ce que signalent des inventaires conservés au Musée national d’Islande pour des fermes en tourbe, et que l’on retrouve dans l’esprit des maisons en bois alpines. (ici je fais un parallèle, mais la description de couloirs étroits et de pièces en série se retrouve dans plusieurs habitats ruraux du nord)
- les sols sont en planches, parfois couverts de tapis tressés ou de peaux, selon les moyens.
Une étude de la sociologie rurale en Europe alpine montre que ce type d’organisation n’est pas propre au Liechtenstein : on le retrouve dans plusieurs vallées suisses et autrichiennes, avec des variations sur le même schéma cuisine centrale / chambres regroupées. C’est ce qui permet, encore aujourd’hui, de se repérer assez vite quand on visite ces maisons muséifiées.
Vaduz aujourd’hui : entre traditions et modernité
L’architecture de Vaduz ne se limite pas aux habitations anciennes. Des photographes parlent d’une ville « éclectique », où se côtoient le château du XIIᵉ siècle, la Maison Rougemédiévale, des maisons individuelles modernes et des bâtiments publics dessinés par des architectes contemporains.
Le complexe parlementaire, achevé en 2008 par Hansjörg Göritz, en est un bon exemple. Il rassemble trois volumes appelés « Maison Longue », « Maison Haute » et « Maison de Liaison », autour de la place Peter-Kaiser. Les toits à forte pente, les façades en briques de ton chaud et les proportions des bâtiments font écho aux silhouettes des maisons traditionnelles, tout en étant résolument contemporains.
Dans le logement, des agences comme Baumschlager Eberle ont réalisé à Vaduz des maisons individuelles qui cherchent un équilibre entre ouvertures vitrées et protection, intégration des arbres existants et compacité de la forme. On voit ainsi coexister trois strates :
- les maisons rurales anciennes, souvent protégées ou transformées en musées
- les maisons traditionnelles de quartiers comme Mitteldorf, adaptées au confort actuel mais lisibles
- des constructions récentes qui s’inspirent, parfois discrètement, de la volumétrie classique : toits marqués, façades en matériaux minéraux, gabarits raisonnables
Pour un regard attentif, cette superposition montre le passage d’un pays agricole à un pays prospère, qui cherche encore comment garder ses repères architecturaux tout en construisant pour aujourd’hui.
Comment voir ces maisons lors d’un passage à Vaduz ?
Si vous prévoyez un séjour à Vaduz, vous pouvez organiser vos visites sans programme compliqué :
- commencez par une promenade à pied vers Mitteldorf. Les guides conseillent de sortir du centre vers le nord pour rejoindre ce quartier de maisons traditionnelles, ruelles, jardins et vignobles.
- repérez la Maison Rouge. Même sans la visiter, vous pouvez l’observer depuis le bas ou en montant par le chemin qui longe les vignes. La combinaison pignon rouge / tour en pierre est assez rare dans la région et vaut forcément quelques photographies.
- prévoyez ensuite une demi-journée pour le Bäuerliches Wohnmuseum de Schellenberg, installé dans le Biedermannhaus. Le site du musée national indique que la maison est ouverte certains dimanches entre avril et octobre, avec une présentation de la vie rurale vers 1900.
- consacrez enfin du temps à Triesenberg et au Walsermuseum. La visite combine exposition d’objets et découverte d’une habitation Walser de 400 ans à proximité du cimetière.
Plusieurs voyageurs expliquent qu’ils ne connaissaient presque rien des Walser avant d’entrer dans le musée de Triesenberg, et qu’ils en sont sortis avec une vision plus large de leur histoire. C’est aussi l’intérêt de ce parcours autour de Vaduz : en regardant les maisons, vous comprenez mieux un territoire qui, malgré sa petite taille, réunit des traditions de plaine et de montagne, de vignes et d’alpages.
Si vous aimez prendre des photos, vous verrez que les maisons traditionnelles offrent autant de sujets que le château : fenêtres alignées sous les toits, ouvrages en bois patinés, vignes qui montent jusqu’aux murs. Et vous repartirez avec autre chose qu’une image de paradis fiscal : celle d’un pays où la maison rurale, même dans un musée, continue de jouer un rôle dans le paysage et dans la mémoire collective.