Vous arrivez dans un village du Zürcher Weinland où les façades à pans de bois donnent le rythme des rues. À Marthalen, l’ossature en bois, les remplissages et la façon dont les volumes s’alignent parlent d’une histoire de technique, de ressources locales et de protection du patrimoine. Le lieu est d’ailleurs reconnu par l’ISOS, l’inventaire fédéral des sites construits jugés d’importance nationale, qui souligne la qualité architecturale du bourg et la forte présence du bâti en pans de bois.
Découvrez aussi les maisons de la vieille ville de Berne.
Un village où le pan de bois structure le paysage
Marthalen se situe dans le canton de Zurich, dans le district d’Andelfingen. Le cœur du village garde une image très cohérente : des maisons serrées, des toits à deux pans, des axes de rues qui se lisent d’un coup d’œil, puis des arrières-cours plus intimes. L’ISOS décrit un ensemble architectural très bien conservé, avec des alignements de bâtiments majoritairement en pans de bois, et une qualité d’ensemble qui tient aussi à la topographie et aux vues entre les différents secteurs du village.
Ce cadre explique une chose : ici, le pan de bois n’est pas un “style” posé sur une carte postale. C’est une manière de bâtir qui a modelé l’urbanisme.
“Riegelbau” : le pan de bois version suisse
En Suisse alémanique, vous croiserez souvent le terme Riegelbau pour parler du pan de bois. La commune rappelle que cette technique est attestée dans la région jusqu’au Moyen Âge.
Ce qui est intéressant, c’est la logique de matière. À Marthalen, les parties basses pouvaient être remplies avec des blocs de pierre issus des dépôts glaciaires. Plus haut, on utilisait aussi du clayonnage en baguettes de noisetier, enduit avec de l’argile morainique. Autrement dit : bois, pierre et terre disponibles sur place. Le décor vient après. La structure répond d’abord à ce que le territoire met à disposition.
Lire une façade : ce que montrent les pièces de bois
Sur une maison à pans de bois, la charpente apparente est un indice direct du squelette du bâtiment. Vous voyez les montants verticaux, les pièces horizontales, et aussi les éléments obliques qui aident la structure à résister aux efforts. Ce système “porteur” permet de créer des murs plus légers qu’une maçonnerie massive, tout en gardant une grande solidité si le bois est bien choisi et bien protégé.
À Marthalen, cette lecture est facilitée parce que les façades laissent le bois visible. C’est utile pour comprendre comment une maison tient, comment elle a été réparée, et parfois comment elle a été agrandie. Vous voyez les reprises, les pièces remplacées ou renforcées, et les changements de rythme dans l’ossature. Ces indices montrent que les maisons ont été adaptées au fil du temps.
Des maisons des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles
On associe Marthalen à ses maisons rouges et blanches, datées des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles dans plusieurs présentations grand public. Même si chaque bâtiment a sa chronologie, l’essentiel est là : le village a conservé une forte densité de maisons anciennes en pans de bois, et cette continuité visuelle est rare.
C’est également ce qui rend les extensions et transformations délicates dans la ville. Quand tout un centre ancien tient par la cohérence des volumes, une seule “action” peut casser l’équilibre.
L’Alte Wirtshaus et l’idée de modèle du savoir-faire
La commune met en avant un bâtiment qui aide à comprendre le niveau de maîtrise atteint : l’Alte Wirtshaus, construit en 1660. Le texte communal le présente comme un modèle de l’artisanat de l’époque et avance un chiffre marquant : environ 800 m³ de chêne auraient été utilisés, provenant de la forêt locale. L’initiateur cité est Hans Toggenburger, Gerichtsvogt, lié au patriciat local.
Même si vous n’êtes pas spécialiste, ce type d’information vous fait toucher du doigt deux réalités :
- le bois n’était pas une “option”, c’était une ressource structurante ;
- l’architecture traduisait aussi un statut social et une capacité d’investissement.
Pourquoi cette cohérence a tenu ?
On pense parfois que la conservation tient à la chance. À Marthalen, elle tient également à un cadre administratif très clair. La commune explique qu’un inventaire communal recense environ 210 bâtiments à Ellikon et Marthalen. Être “inventorié” ne signifie pas automatiquement être classé, mais cela déclenche une attention patrimoniale quand un projet de transformation arrive.
Le même document indique que Marthalen et Ellikon figurent dans un inventaire des sites construits jugés dignes de protection à une échelle dépassant la commune, avec des implications lors de travaux visibles depuis l’extérieur en zone centrale. Vous comprenez alors pourquoi les façades de la ville sont toutes très cohérentes car les travaux se discutent, se cadrent, et la protection s’anticipe.
À une autre échelle, le canton de Zurich publie des inventaires de biens d’importance supra-communale, avec des explications sur ce que signifie “inventorier” (présomption de valeur, pas un classement automatique). Ce vocabulaire compte. Il permet d’éviter le face-à-face stérile entre “on ne touche à rien” et “on fait ce qu’on veut”. Il crée un cadre de discussion clair entre propriétaires, communes et autorités. Et il laisse une place à l’évolution, tant qu’elle respecte le bâti existant.
Le pan de bois : entretien et fragilités réelles
Une façade à pans de bois vieillit bien quand l’eau est gérée. Vous pouvez observer trois points :
- le pied de mur : c’est la zone la plus exposée aux remontées d’humidité et aux éclaboussures.
- les débords de toiture : plus ils protègent, mieux le bois se porte.
- les remplissages : fissures, reprises d’enduit, traces de réparations.
La commune rappelle d’ailleurs que les murs pouvaient combiner pierre (en bas) et terre/argile (plus haut). Cela donne des parois qui “travaillent” différemment d’un mur en béton. Quand on rénove, le choix des enduits et des peintures est une question de compatibilité avec des matériaux qui bougent.
Une halte utile : le musée local
Si vous aimez comprendre comment on vivait autrefois dans ce type de bâtiment, le site de l’Ortsmuseum und Heimatkunde Marthalen donne un aperçu des thématiques abordées : histoire agricole, métiers, objets, documents. Il mentionne également une “Trotte” (pressoir) datée de 1746 encore présente sur place, et un bâtiment d’économie daté de 1793 qui abrite le musée.
Ce type de visite change votre regard : vous ne voyez plus seulement une façade. Vous replacez la maison dans un système rural, avec ses outils, ses stocks, ses dépendances, ses saisons.
Ce que vous pouvez observer sur place
Vous n’avez pas besoin d’un cours de charpente pour profiter de Marthalen. Faites simple :
- repérez les alignements de maisons et la manière dont la rue se “ferme” visuellement
- regardez les pignons et les proportions des toits
- approchez-vous pour voir si les remplissages sont en enduit, en maçonnerie, ou repris
- notez les détails de menuiserie (volets, encadrements), révélateurs de l’âge
Et si vous ne deviez garder qu’une idée : à Marthalen, l’architecture se comprend en marchant lentement. Les maisons sont proches, les angles se répondent, et la cohérence du village saute aux yeux.