Kuyumdzhioglu : maison du 19ème siècle dans le vieux Plovdiv

Cette maison traditionnelle bulgare dans le vieux Plovdiv abrite le musée ethnographique régional de Plovdiv depuis 1938. C’était la maison du marchand Argir Kuyumdzhioglu qui a été construite dans la vieille ville en 1847. Elle fait partie des maisons traditionnelles de Plovdiv et propose 6 expositions

La maison Kuyumdzhioglu est un joyau de l’architecture du 19ᵉ siècle. Découvrez son contexte historique, son architecture, son usage successif et son rôle dans la valorisation du patrimoine local.

Contexte historique de la maison Argir Kuyumdzhioglu

La maison fut construite en 1847 pour le marchand argyriste (grossiste en bétail puis en produits textiles) Argir Hristov Kuyumdzhioglu, originaire de Plovdiv avec des affaires jusqu’à Vienne.

Son ascension sociale s’inscrit dans le contexte de la Bulgarie ottomane en voie de transformation économique : l’essor du commerce et des bourgeoisies locales des « Trois Collines » (les collines de Nebet Tepe, Dzhambaz Tepe, Taksim Tepe) à Plovdiv.

Argir Kuyumdzhioglu fit l’acquisition du terrain à Plovdiv dans les années 1820 puis, une fois son capital constitué, commanda la construction de cette maison « palatiale ».

maison Kuyumdzhioglu

L’architecture et les caractéristiques de la maison

Chef-d’œuvre de la Renaissance bulgare, la maison Kuyumdzhioglu se distingue par son élégance et sa richesse décorative. Construite à flanc de colline, elle conjugue fonctionnalité, symbolisme et raffinement. Son architecture traduit la rencontre entre l’artisanat local, les influences baroques venues d’Europe centrale et l’héritage ottoman encore présent dans la région de Plovdiv.

1. Situation et volumétrie

La maison Kuyumdzhioglu se situe près de la porte orientale de la vieille ville (la porte de la forteresse, « Hisar Kapia ») de Plovdiv. Elle couvre une surface construite d’environ 570 m². Son architecture tire profit du relief : à l’ouest deux étages, à l’est quatre étages selon la pente du terrain.

2. Style et décor

La maison est décrite comme un « exemple parfait de l’architecture baroque du milieu du 19ᵉ siècle de Plovdiv ». Le décor intérieur et extérieur s’appuie sur :

  • des motifs floraux sophistiqués (peintures murales, frises)
  • des plafonds en bois sculpté dans chaque pièce

L’architecture combine trois traditions : rhodopéenne (bow-windows, bois), orientale (minder/banquettes, loggias « chardak ») et « européenne baroque » (pignons, colonnes) selon les spécialistes.

3. Organisation intérieure

La maison comporte 12 pièces/salons spacieux ainsi qu’une grande salle de réception. Elle dispose d’une cour intérieure avec jardin, puits et même une fontaine en marbre.

Usages successifs et cheminement vers le musée

Après la libération de la Bulgarie en 1878, le marchand Argir Kuyumdzhioglu quitta la ville de Plovdiv pour aller s’installer à Vienne. Voici les différentes fonctions que la maison a connues ensuite :

  • De 1898 à 1902 : pension pour jeunes filles.
  • Par la suite : usine de chapellerie (Garabet Karagyozyan), entrepôt de farine, usine de vinaigre.
  • En 1930 : acquise par le marchand de tabac grec Antonio Colaro qui souhaitait la démolir pour construire un entrepôt. La municipalité de Plovdiv refusa l’autorisation de démolir.
  • En 1938 : la municipalité achète la maison, la restaure et y installe le musée.
  • En 1943 : inauguration officielle du musée ethnographique de Plovdiv.

Le musée aujourd’hui, l’exposition et l’ancrage culturel

Depuis 1938, la maison héberge le musée ethnographique régional de Plovdiv, qui présente six grandes expositions (initialement une par salle). La collection dépasse aujourd’hui les 40 000 objets couvrant : agriculture, artisanat, tissus et vêtements, mobilier intérieur, instruments de musique, objets religieux et œuvres d’art. Le musée propose également des événements culturels : concerts, expositions, etc.

détail façade maison Kuyumdzhioglu

Pourquoi cette maison est-elle un élément clé du patrimoine de Plovdiv ?

La maison Kuyumdzhioglu illustre à elle seule l’âge d’or de la « Renaissance bulgare », période au cours de laquelle les grandes familles marchandes ont bâti des demeures somptueuses mêlant influences locales et européennes. Par sa façade symétrique, ses volumes et ses plafonds sculptés, elle témoigne de la prospérité retrouvée de Plovdiv au XIXᵉ siècle, alors centre économique et culturel majeur de la Thrace.

L’édifice exprime l’identité d’une élite urbaine ouverte sur le monde, mais soucieuse de préserver l’esprit des maisons bulgares traditionnelles : la cour intérieure, les bow-windows, la distribution hiérarchisée des espaces et les peintures florales sont fidèles à un mode de vie enraciné dans la culture locale.

Mais au-delà de son élégance architecturale, la maison Kuyumdzhioglu joue aujourd’hui un rôle essentiel dans la préservation de la mémoire collective. En accueillant le musée ethnographique régional de Plovdiv, elle a transformé un ancien foyer privé en un lieu public de transmission culturelle.

Ses expositions sur les métiers anciens, les costumes traditionnels ou la musique populaire bulgare permettent de comprendre la diversité des savoir-faire du pays. Ce dialogue entre le cadre bâti et les collections fait de la maison Kuyumdzhioglu un symbole du patrimoine de Plovdiv : un lieu où l’histoire, l’art et l’identité nationale continuent de se raconter à travers les murs.

détail façade maison Kuyumdzhioglu

Visite pratique et conseils

  • Adresse : 2, Dr Chomakov str., Plovdiv.
  • Horaires : 09 h00 à 18 h00 (fermé certains jours) – à vérifier selon la saison.
  • Profitez de la cour intérieure ombragée pour un moment tranquille loin de l’agitation touristique.
  • Pour mieux comprendre son architecture, cherchez : les moulures des plafonds, les motifs floraux peints, la disposition des pièces nobles par rapport aux pièces de service.
  • Ne négligez pas l’emplacement et explorez cette zone : juste à côté de la porte Hisar Kapia, dans le « triangle des collines » de Plovdiv (zone classée réserve architecturale).

La maison Kuyumdzhioglu n’est pas qu »un bel édifice du 19ᵉ siècle : c’est un témoin de l’histoire sociale, économique et architecturale de Plovdiv. Elle relie le passé marchand, l’artisanat local, les modes de vie d’autrefois et la conservation contemporaine du patrimoine. Une visite s’impose si vous vous intéressez aux maisons traditionnelles, à l’architecture de la Renaissance bulgare ou à l’ethnographie des Balkans.