Une tiny house, c’est petit. Et c’est justement ce qui rend l’électricité plus sensible. Dans 18 m², un mauvais choix de câble, une connexion un peu lâche ou un tableau mal placé, ça ne “se voit” pas toujours tout de suite… mais ça peut chauffer rapidement, au sens propre. Il faut donc être prudent.
J’ai vu un cas très parlant : un convecteur branché sur une multiprise solide d’apparence. Deux semaines d’hiver, usage quotidien. La prise a jauni, l’odeur de plastique est arrivée, puis le disjoncteur a sauté. Un enchaînement banal : ligne sous-dimensionnée, point de connexion moyen, un appareil gourmand. Dans une tiny house, ce genre de scénario arrive vite si on ne pense pas l’installation comme un système.
L’objectif de cet article est de vous aider à construire une installation électrique nette, cohérente, et contrôlable. Que vous soyez raccordé au réseau ou autonome avec des panneaux, les principes sont toujours les mêmes : calculer, protéger, câbler proprement, ventiler, et prévoir la maintenance.
Commencez par vos usages, pas par le panneau solaire
Avant de parler matériel, notez vos besoins réels. Prenez une feuille et faites deux colonnes : “tous les jours” et “par moments”. Ensuite, mettez une puissance à côté de chaque appareil (en watts). Vous la trouvez sur l’étiquette ou la notice. Dans une tiny house, les gros postes sont toujours les mêmes :
- chauffe-eau électrique, si vous en avez un
- chauffage électrique
- plaque de cuisson
- bouilloire, grille-pain, four
- sèche-cheveux
- climatisation mobile, déshumidificateur
Si vous visez l’autonomie, cette liste décide tout. Une production photovoltaïque “confortable” ne couvre pas un chauffage électrique en hiver, sauf compromis lourds (grosse surface de panneaux, grosse batterie, gros budget, et météo clémente). L’ADEME rappelle un ordre de grandeur utile : environ 25 m² de panneaux peuvent produire autour de 2 500 kWh par an, ce qui correspond à une consommation “hors chauffage, cuisine et eau chaude” d’une famille de 4 personnes (les kWh à attendre par m² de panneaux solaires). Autrement dit : avant d’acheter des batteries, il vaut mieux réduire les besoins.
Dimensionnez la puissance comme un budget
Une tiny house se pilote bien quand vous savez ce qui peut fonctionner en même temps.
Deux notions vous évitent les erreurs :
- la puissance instantanée maximale (en watts)
- l’énergie sur la journée (en kWh)
Si vous êtes raccordé, la puissance instantanée détermine votre abonnement et la tenue des circuits. Si vous êtes autonome, elle détermine l’onduleur, les sections de câbles DC, et la tenue de la batterie.
Un repère concret : une bouilloire à 2 000 W + un chauffage à 1 500 W + un sèche-cheveux à 1 800 W, c’est déjà 5 300 W. Dans 20 m², ça arrive très vite, juste parce qu’on cuisine et qu’on se prépare.
L’idée n’est pas de vous priver. C’est de décider : soit vous dimensionnez pour ces pics, soit vous organisez l’usage (pas de bouilloire quand le chauffage tourne à fond, etc.). Cette décision change toute l’architecture électrique et se fait donc selon les caractéristiques de la tiny house.
Raccordé au réseau, autonome, ou hybride
Dans une tiny house, la façon dont vous produisez et recevez l’électricité change tout. Pas uniquement le matériel, mais aussi les risques, les usages possibles et les marges d’erreur. Être raccordé au réseau, vivre en autonomie ou mixer les deux ne pose pas les mêmes questions. Avant de tirer le moindre câble, mieux vaut savoir dans quelle logique vous vous placez, et ce que cela implique au quotidien.
Tiny house raccordée au réseau
Vous êtes dans une logique “maison” : tableau AC, circuits, protections différentielles, terre, et une arrivée propre. C’est la voie la plus lisible pour une tiny house raccordée, et la plus facile à contrôler.
Tiny house autonome
Vous avez deux mondes à gérer :
- DC (batterie → protections DC → onduleur/chargeur)
- AC (onduleur → tableau AC → prises et circuits)
Le DC est celui qui surprend le plus : intensités élevées, risques d’arc, échauffements localisés. Les sections de câbles et les protections doivent être calculées, pas “estimées”.
Tiny house hybride (réseau + batteries)
Un onduleur/chargeur qui bascule correctement, une entrée réseau protégée, et un schéma clair. C’est aussi le montage où l’on voit des bricolages dangereux (mauvais inverseur, masses mal gérées, terre incohérente). Dans ce cas, un schéma unifilaire propre n’est pas un luxe : c’est un guide de maintenance.
Le tableau électrique : petit format
Dans une tiny house, le tableau doit être :
- accessible sans déplacer un meuble
- éloigné des zones d’eau
- ventilé, sans être exposé aux projections
- posé sur un support stable (vibrations, déplacements)
Côté contenu, on vise du classique :
- un dispositif différentiel 30 mA (voire plusieurs selon les circuits)
- des disjoncteurs par circuit (éclairage, prises, cuisine, chauffe-eau, chauffage…)
- un repérage clair (étiquettes lisibles, pas au marqueur qui s’efface)
Si vous prévoyez un chauffe-eau, un radiateur, une plaque, ne les laissez pas “vivre” sur un circuit de prises. Donnez-leur une ligne dédiée. Vous gagnerez en contrôle et en sécurité. Et si votre tiny house est destinée à être raccordée officiellement, renseignez-vous sur l’attestation de conformité (CONSUEL) selon votre situation. Le CONSUEL décrit la démarche et rappelle le cadre de la première mise en service.
Câbles et passages : dans une tiny house, la contrainte n’est pas la norme, c’est la mécanique
On parle beaucoup de règles électriques. Dans une tiny house, il y a un facteur en plus : ça bouge.
Même stationnée, une tiny house subit :
- vibrations (route, vent, micro-mouvements de structure)
- variations de température
- humidité concentrée (petit volume, douche, cuisson)
Conséquence directe : les passages de câbles doivent être propres, protégés, et fixés.
- Gaines adaptées, pas de câble “en vrac” derrière un parement
- Protection des traversées (œillets, fourreaux) pour éviter l’usure par frottement
- Fixations régulières pour éviter le “ballant”
- Cheminements séparés quand c’est pertinent (AC / données / DC)
Un détail qui change la vie : laissez des boucles de service raisonnables près du tableau et des boîtes. Pas des nœuds. Juste ce qu’il faut pour intervenir sans arracher.
Cuisine et salle d’eau : attention dans une tiny house
Dans une tiny house, l’eau est proche de tout. Donc vous traitez la cuisine et la salle d’eau comme des zones à risque permanent. Voici les bons réflexes côté électricité :
- prises bien placées, pas au ras du plan de travail
- appareillage adapté aux projections selon l’emplacement
- éclairage protégé, fixé, et accessible
- ventilation réelle, pas “symbolique”
Dans la salle d’eau, ne faites pas “au jugé”. Les volumes de sécurité existent pour une raison. Si vous n’êtes pas certain, faites valider le plan par un électricien. Dans 6 m², une erreur de placement se paie vite.
Batteries lithium : la sécurité se joue sur l’emplacement
Si vous avez des batteries lithium, vous ajoutez un risque particulier : l’emballement thermique. C’est rare, mais quand ça arrive, c’est dur à stopper. Voici deux règles concrètes :
- placez les batteries dans un compartiment ventilé, accessible, protégé des chocs
- prévoyez des protections adaptées (fusibles, coupe-circuit, BMS sérieux)
La Fédération française des métiers de l’incendie a publié un guide sur la protection incendie liée aux batteries lithium-ion, avec des scénarios et des mesures de protection.
Et côté usage, voici un petit rappel utile : les incendies d’origine électrique font partie des causes fréquentes d’incendies domestiques, et les batteries lithium sont citées comme un risque en hausse. Vous n’êtes pas obligé de vivre dans la peur. Vous êtes juste invité à concevoir pour que la chaleur ne s’accumule pas, et pour que la coupure soit immédiate en cas de souci.
Terre, protections, et “plan B” quand ça se passe mal
La mise à la terre n’est pas un détail “de maison classique”. Dans une tiny house, elle structure la sécurité.
Si vous êtes raccordé au réseau, vous devez avoir une terre cohérente et mesurable. Si vous êtes autonome, la gestion des masses et du neutre dépend de l’onduleur et du schéma choisi. Ne faites pas un mélange de montages vus sur internet. Faites un schéma, puis suivez-le.
Ajoutez aussi un “plan B” :
- un coupe-circuit général clairement repéré
- un extincteur adapté placé près de la sortie
- un détecteur de fumée fonctionnel
- une habitude : ne pas surcharger les multiprises, et éviter les rallonges permanentes pour des appareils gourmands
Quand ça chauffe, le bon geste est de couper, ventiler, et évacuer si vous avez un doute.
Contrôles, CONSUEL, et entretien
Une installation électrique de qualité, c’est une installation que vous pouvez contrôler.
Avant de fermer les parois :
- prenez des photos des cheminements de câbles
- gardez votre schéma unifilaire et votre liste de circuits
- étiquetez tout
Si votre projet passe par une mise en service officielle, documentez-vous sur l’attestation de conformité et les cas où une visite peut être déclenchée. EDF explique aussi le rôle du CONSUEL et le principe des vérifications.
Ensuite, gardez une routine légère :
- une fois par an, vérifiez le serrage du tableau (si vous avez la compétence, sinon faites intervenir)
- testez les dispositifs différentiels
- inspectez visuellement les prises qui chauffent, les odeurs, les traces brunes
Dans une tiny house, tout est proche. Cette proximité peut être un atout : si vous surveillez deux ou trois signaux, vous évitez la majorité des ennuis.