Acheter une caméra WiFi, ça paraît facile. Vous regardez trois photos, deux avis, et vous vous dites que ça fera l’affaire. Puis arrive la première vraie situation : une alerte à 2 h du matin pour un chat, une image floue dès que la lumière baisse, ou une caméra qui décroche dès que le WiFi faiblit. C’est là que vous voyez ce qui compte : portée du réseau, vision de nuit, notifications réglables, et stockage.
L’idée n’est pas de viser “la caméra vidéo surveillance parfaite”. Elle n’existe pas. L’idée, c’est de choisir un modèle cohérent avec votre logement, votre usage, et votre tolérance aux contraintes (recharge, abonnement, réglages). Voici une méthode claire pour trier, sans y passer des heures.
Commencez par votre scénario, pas la fiche produit
Avant de comparer des marques, posez-vous trois questions.
Où sera la caméra ? Intérieur, extérieur, entrée d’immeuble, garage, résidence secondaire. L’extérieur change tout : pluie, froid, soleil, et parfois toiles d’araignée devant l’objectif.
Que voulez-vous surveiller ? Une porte, une allée, un salon, un portail, un local à vélos. Plus la zone est large, plus vous aurez besoin d’un angle de vue adapté. Une caméra très grand angle peut donner une image “étirée” sur les bords. Ce n’est pas un défaut, c’est un choix. Et vous attendez quoi d’elle au quotidien ? Voir en direct quand ça sonne, être alerté quand quelqu’un entre, garder des preuves en cas de vol, vérifier que la porte est fermée. Chaque objectif pousse vers un type de caméra différent.
La qualité d’image : ce qui change vraiment
On voit partout du 2K, du 4K, des chiffres qui montent. La résolution compte, oui. Mais seulement si le reste suit. Ce qui fait une image utile, c’est la combinaison : capteur correct, gestion de la lumière, et compression vidéo pas trop agressive. Une 4K avec une image bruitée la nuit peut être moins exploitable qu’une 2K bien réglée. Au final, seul compte ce que l’image permet vraiment de voir.
Regardez aussi le “contre-jour”. Une caméra placée face à une porte vitrée, ou vers la rue, peut se faire piéger par le soleil. Les mentions du type HDR ou WDR (gestion des fortes différences de luminosité) aident dans ce cas. Sans ça, les visages peuvent devenir illisibles dès que la lumière change.
Conseil : si votre but est d’identifier un visage à quelques mètres, visez au moins une définition 1080p solide, et lisez deux ou trois retours sur l’image de nuit. C’est là que les caméras se départagent.
Vision nocturne : infrarouge, projecteur ou éclairage
La nuit, il y a trois situations.
- Infrarouge (IR) : l’image devient noir et blanc. C’est pratique, et ça consomme peu. En revanche, derrière une vitre, l’IR peut se refléter et ruiner l’image.
- Projecteur intégré : certaines caméras allument une lumière pour filmer en couleur. C’est plus parlant, mais ça attire l’attention et ça peut gêner un voisinage.
- Lumière ambiante : un lampadaire, un éclairage de porche, une ampoule avec détecteur. Parfois, c’est le meilleur “accessoire” pour améliorer l’image sans changer de caméra.
Si vous visez une installation derrière une fenêtre (pour éviter de percer), évitez de compter sur l’infrarouge. Privilégiez une caméra pensée pour l’intérieur, ou désactivez l’IR et appuyez-vous sur une source lumineuse existante. Sinon, les reflets sur la vitre risquent de ruiner l’image.
Détection de mouvement : évitez les alertes inutiles
La détection des mouvements, c’est le nerf de la guerre. Une caméra de surveillance qui vous notifie pour chaque ombre devient vite insupportable. Voici deux points à regarder :
- Le type de détection : certaines caméras utilisent une analyse de l’image, d’autres combinent avec un capteur PIR (détection de chaleur). Le PIR peut réduire les fausses alertes, surtout en extérieur.
- Les réglages : zones d’exclusion, sensibilité, planning (actif la nuit seulement), types d’alertes (personne, véhicule, animal). Plus vous pouvez régler, plus vous pouvez trouver un équilibre.
Un détail qui compte est le délai. Entre le mouvement et la notification, il peut se passer quelques secondes. Pour une entrée de maison, c’est acceptable. Pour une porte d’immeuble où la personne disparaît rapidement du champ, c’est plus délicat. Dans ce cas, une caméra avec pré-enregistrement (quelques secondes avant l’alerte) peut être très utile, si le stockage le permet.
WiFi : 2,4 GHz, 5 GHz, portée… et vraie vie
Le WiFi de votre visiophone connecté, c’est l’endroit où beaucoup de projets se cassent la figure. Pas à cause de la caméra. À cause du logement. Voici quelques repères :
- Le 2,4 GHz porte plus loin et traverse mieux les murs. Il est plus lent, mais bon pour de la vidéo.
- Le 5 GHz peut offrir plus de débit, mais tient moins bien à distance et derrière des murs épais.
Si la caméra est au fond du jardin ou derrière deux murs porteurs, le sujet n’est plus “quelle caméra”, c’est “quel réseau”. Un répéteur WiFi, un point d’accès, ou un système mesh peut résoudre le vrai problème.
Astuce : avant d’acheter, mettez-vous à l’endroit prévu avec votre téléphone et testez la réception WiFi. Si vous êtes déjà à une barre, la caméra risque de décrocher, ou de baisser la qualité vidéo pour survivre.
Stockage : carte microSD, enregistreur, cloud
Vous avez trois grandes options.
- MicroSD dans la caméra : pas d’abonnement, avec un accès local. En revanche, si on vole la caméra, on vole aussi la carte. Il n’y a alors plus aucune copie des images.
- Enregistreur (NVR) ou stockage sur un boîtier local : plus robuste, mais plus technique.
- Cloud : accès à distance facile, fonctions avancées. Mais abonnement et dépendance à un service.
Posez-vous une question très directe : “Est-ce que j’accepte que mes vidéos passent par un serveur externe ?” Certains s’en moquent. D’autres non. Et les deux positions se défendent.
Regardez également la durée de conservation. Certaines offres cloud gardent 24 h, d’autres 7 jours, d’autres 30 jours ou même plus. Ça change le budget, et l’intérêt du service.
Sécurité informatique : le point qu’on regrette de négliger
Une caméra WiFi est un appareil connecté. Donc un appareil qui doit être mis à jour, protégé, et géré comme tel. Ce que vous pouvez exiger, sans être technicien :
- Un vrai changement de mot de passe au premier démarrage (et pas “admin/admin”).
- Des mises à jour régulières, visibles dans l’application.
- Une gestion claire des comptes et des accès (partage avec un proche, révocation facile).
- Du chiffrement annoncé pour les flux et le stockage (au moins côté application/cloud).
Côté standards, l’ETSI publie une base de exigences de cybersécurité pour les objets connectés grand public (ETSI EN 303 645). L’esprit est clair : pas de mots de passe devinables, gestion des vulnérabilités, mises à jour, protection des données. Et il y a également un mouvement réglementaire en Europe : le Cyber Resilience Act (CRA) vise à imposer des exigences de cybersécurité aux produits numériques vendus dans l’UE, avec une montée en application après son entrée en vigueur.
Vous n’avez pas besoin de lire des textes. Retenez juste ceci : privilégiez une marque qui assume les mises à jour et qui explique ce qu’elle fait, plutôt qu’une caméra “pas chère” sans suivi.
Alimentation et installation : filaire, batterie, solaire
Le choix le plus “tranquille”, c’est le filaire. Ça marche sans recharge, et l’enregistrement peut être continu.
La batterie apporte de la liberté (pas de câble), mais impose une contrainte : recharger. Selon le passage devant la caméra, la batterie peut se vider vite. Et l’hiver n’aide pas.
Le solaire peut compenser, à condition d’avoir une vraie exposition. Si la caméra est à l’ombre, sur une façade nord, ce n’est pas un miracle. Pensez également à l’angle et à la hauteur de la caméra. Trop bas, on la touche. Trop haut, on perd les détails. Et n’oubliez pas la maintenance : nettoyer l’objectif, vérifier la fixation, et ajuster les zones de détection après quelques jours d’usage.
Vie privée et règles en France
C’est un point qui évite des ennuis.
En France, un particulier peut filmer l’intérieur de sa propriété. Filmer la voie publique (la rue, le trottoir) n’est pas autorisé pour un usage domestique, même si c’est “devant chez vous”.
En copropriété, l’installation de caméras de surveillance (WIFI ou pas) dans les parties communes passe par un vote en assemblée générale, et l’encadrement dépend des zones filmées et de l’enregistrement. La CNIL rappelle aussi des règles de conservation et d’information des personnes, avec des cas où une autorisation préfectorale peut être requise si un lieu est accessible au public.
Si vous voulez éviter les discussions : orientez la caméra vers votre porte, votre palier privatif si c’est permis, ou votre jardin, et utilisez les fonctions de masquage de zones quand elles existent.
Budget : votre grille de choix en 2 minutes
Pour décider vite, gardez cette mini-grille :
- Votre WiFi tient-il à l’endroit prévu ? Si non, améliorez le réseau avant de changer de caméra.
- Avez-vous besoin de voir un visage ou juste “quelqu’un est passé” ? Ça dicte la qualité d’image et l’angle.
- Vous supportez un abonnement ? Si non, cherchez microSD ou stockage local.
- Vous supportez de recharger ? Si non, évitez la batterie.
- Vous voulez des alertes fiables ? Cherchez zones de détection, réglages fins, et retours sur les fausses alertes.
Et gardez une règle pragmatique : une caméra moyenne bien placée et bien réglée vaut mieux qu’une caméra haut de gamme posée au mauvais endroit, avec un WiFi fragile.