La Résidence A Docks (aussi présentée comme « Cité A’Docks ») est l’un des projets français les plus commentés autour de la réutilisation de conteneurs maritimes pour le logement étudiant. L’opération s’inscrit dans une frange urbaine très lisible : un terrain d’environ 2 500 m² à l’interface ville–port, face au bassin Vétillard, dans un paysage de docks, d’infrastructures et d’horizons industriels
C’est la première résidence étudiante française réalisée avec des conteneurs. La résidence A Docks se situe rue Marceau Prolongée, à la limite entre la ville et le port, en marge du Quartier de l’Eure. Les lieux se composent de cent studios de 25 m2 chacun, comprenant chambre, cuisine et salle de bains.
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Programme, dates, acteurs
Le projet est programmé en 2008 par le CROUS (CROUS de Haute-Normandie), à l’issue d’un concours de maîtrise d’œuvre. La conception est attribuée à Atelier Cattani Architectes, associé à Newden Design pour la réalisation (transformation / mise au point du système). La résidence est inaugurée le 30 août 2010.
Côté chiffres, la fiche patrimoniale régionale décrit 101 logements de 24,5 m² (dont 21 en rez-de-chaussée surélevé réservés à des étudiants en situation de handicap, et 80 en étages). Les modules de base sont des conteneurs standard 40 pieds (12,192 m × 2,44 m), initialement fabriqués en Chine.
Parti architectural : séparer les conteneurs de la structure
Le point clé du projet, architecturalement, n’est pas uniquement “empiler des boîtes”, mais séparer :
- une structure primaire indépendante (ossature métallique porteuse),
- et des conteneurs qui viennent s’y greffer.
Ce choix répond à des contraintes réglementaires (incendie, stabilité, circulations) tout en donnant une liberté de composition : décalages, vides, transparences, effets de légèreté, et surtout une image qui évite le simple empilement “portuaire”. Le décalage des modules a aussi une fonction climatique : les saillies et retraits participent à la protection solaire et à la performance environnementale, tout en permettant des prolongements extérieurs (balcons/terrasses) et une meilleure “lecture” de chaque logement.
Urbanité : un bâtiment-patio
La résidence est organisée sur quatre niveaux autour d’un patio arboré, présenté comme un îlot de calme. Les façades sont rythmées par des coursives transversales qui desservent les logements et créent des vues traversantes (notamment dans le sens nord–sud, selon la présentation publiée).
Cette logique est intéressante dans un site portuaire : elle met à distance le vent, le bruit et l’échelle “logistique” en créant un cœur plus domestique, sans nier le contexte industriel (le conteneur).
Transformations des conteneurs
Plusieurs sources décrivent une transformation assez radicale du module :
- percements aux extrémités pour créer de vraies baies vitrées,
- ajustements dimensionnels et techniques pour traiter l’isolation acoustique et thermique,
- dispositifs liés aux vibrations et au feu (murs coupe-feu en béton armé cités, etc).
Autrement dit, l’architecture “conteneur” n’est pas un simple recyclage brut : c’est une reconstruction technique d’un volume standardisé, afin de répondre à des normes d’habitation, avec un résultat qui se juge autant sur le confort que sur l’image. Elle transforme l’objet industriel, au-delà de l’esthétique.
Logements : surface et équipement
Le projet est fréquemment défendu par un argument très concret : la surface. Le dossier patrimonial indique qu’un logement fait environ 25 m², et se compare aux chambres universitaires traditionnelles.
La note de Géoconfluences (ENS de Lyon) reprend aussi l’idée d’un gain de surface (en citant, dans son article, un ordre de grandeur comparatif plus bas pour d’autres solutions).
La description “type” évoque un studio avec salle de bains, kitchenette et espace de vie.
Chantier, temporalité, réversibilité
Deux promesses reviennent dans ce projet :
- Vitesse : la fiche patrimoniale parle d’une durée de travaux très courte (cinq mois) pour répondre à l’urgence de logements étudiants.
- Réversibilité / démontabilité : le cahier des charges mentionne la possibilité de démonter et reconstruire sur un autre site (logique modulaire).
Mais la même source nuance l’argument économique : les contraintes réglementaires peuvent générer des surcoûts qui réduisent l’intérêt financier et freinent la diffusion de ce modèle en habitat collectif.
Réception critique : innovation vs. symbolique sociale
Au-delà de la technique, A Docks a cristallisé un débat : est-ce une solution inventive (réemploi, rapidité, surface) ou une manière d’institutionnaliser une forme d’habitat perçu comme “précaire” parce qu’il s’appuie sur une boîte logistique ? L’article de Géoconfluences rappelle cette controverse, ainsi que des retours médiatiques évoquant des sujets de confort (isolation, fuites) et les réponses institutionnelles.
Ce point est important pour une lecture architecturale : le projet n’est pas qu’un assemblage constructif, c’est aussi un objet symbolique (mondialisation, port, standardisation), requalifié en cadre de vie.
A Docks est une démonstration de “modularité habitée” où la réussite ne tient pas à l’idée du conteneur, mais à la façon dont l’ossature, les décalages, les coursives et le patio transforment un module standard en bâtiment urbain (avec une vraie stratégie de façade, de circulation et de microclimat).