Les Trois Frères : trois maisons médiévales emblématiques de Riga

Les Trois Frères (Trīs brāļi) forment l’ensemble résidentiel médiéval le plus ancien conservé à Riga. Dans la rue Mazā Pils, au cœur de la Vieille Ville, ces trois maisons accolées témoignent de plusieurs siècles d’architecture. Selon une tradition locale rapportée par le Latvian Museum of Architecture, leur nom vient d’une légende selon laquelle elles auraient été construites par trois membres d’une même famille.

Aujourd’hui, elles abritent le Musée d’Architecture letton (Latvijas Arhitektūras muzejs) et les bureaux de la State Inspection for Heritage Protection (Nacionālā kultūras mantojuma pārvalde).

Contexte : un quartier artisanal au Moyen Âge

D’après les archives municipales conservées par le Riga City Council (Rīgas dome) et les recherches de l’historienne Ilze Liepiņa sur le bâti ancien, la rue Mazā Pils appartenait au XVe siècle à une zone périphérique de la ville médiévale. Les artisans y vivaient et y travaillaient, dans des maisons aux façades étroites, alignées sur des parcelles profondes typiques du tissu urbain hanséatique.

Le centre historique de Riga, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1997, mentionne Les Trois Frères comme l’un des ensembles résidentiels médiévaux les mieux conservés de la ville.

Le Grand Frère (bâtiment blanc)

Le Grand Frère, le plus ancien des trois bâtiments, remonte aux alentours de 1490. Sa façade blanche et son pignon à gradins montrent les débuts de l’urbanisme artisanal de Riga, à une époque où les habitations servaient à la fois d’atelier, d’espace commercial et de lieu d’habitation.

Architecture et fonction

Selon les fiches du Latvian Museum of Architecture, le plus ancien des trois bâtiments remonte à 1490. Il s’agit d’une maison urbaine typique de la fin du Moyen Âge, influencée par les échanges commerciaux avec les Pays-Bas. Riga entretenait alors des liens étroits avec les marchands hollandais, ce qui explique la présence d’un fronton à gradins, élément courant dans l’architecture de la Renaissance néerlandaise.

La façade présente :

  • des niches gothiques caractéristiques du XVe siècle.
  • un pignon échelonné.
  • un plan basé sur une grande salle multifonctionnelle, où se déroulaient travail artisanal, commerce et vie quotidienne : un modèle bien documenté dans les études du Latvian Open-Air Museum.

Évolution et restauration

Lors de la restauration de 1746, le portail baroque, initialement intégré au Grand Frère, fut déplacé au bâtiment voisin (le Frère du milieu). Malgré les interventions ultérieures (notamment la restauration moderniste de 1955–1957 dirigée par les architectes P. Saulītis et G. Jansons, documentée dans les archives du State Construction Committee), la maison a conservé l’essentiel de sa structure.

Le Frère du milieu (bâtiment jaune)

Le Frère du milieu, identifiable à sa façade jaune, date de 1646. Plus ambitieux dans sa conception, il reflète l’essor résidentiel du XVIIᵉ siècle à Riga, avec une architecture soignée et des espaces intérieurs plus confortables que ceux du bâtiment médiéval voisin (le grand frère dont nous avons parlé).

Un modèle résidentiel du XVIIᵉ siècle

Ce bâtiment représente, selon le Riga City Architect’s Office, l’une des habitations les plus typiques du XVIIᵉ siècle à Riga. Sa façade est un exemple du maniérisme hollandais, reconnaissable à :

  • son fronton arrondi
  • ses pilastres décoratifs
  • ses volutes géométriques

Au-dessus de la porte figure l’inscription Soli Deo Gloria, datée et mentionnée dans plusieurs inventaires patrimoniaux, notamment l’étude d’Agris Dzenis sur les inscriptions architecturales à Riga.

Organisation intérieure

La distribution intérieure est mieux documentée que celle du Grand Frère.

Selon les relevés du Latvian Museum of Architecture :

  • le rez-de-chaussée abritait un hall (pièce publique)
  • au-dessus, une pièce spacieuse avec de larges fenêtres, marquant une évolution vers le confort
  • à l’arrière, du côté de la cour, se trouvaient des espaces résidentiels plus privés

Ce confort accru reflète la prospérité croissante de la bourgeoisie de Riga au XVIIᵉ siècle.

Le Jeune Frère (bâtiment vert)

Le plus jeune des Trois Frères, reconnaissable à sa façade verte, appartient à la seconde moitié du XVIIᵉ siècle. C’est le plus étroit du groupe de bâtiments, avec une conception plus modeste, pensée pour accueillir de petits appartements superposés sur plusieurs niveaux.

Le plus petit mais le plus singulier

Au-delà de sa taille réduite, le Jeune Frère se distingue par la sobriété de sa façade et par l’organisation fonctionnelle de son espace intérieur. Chaque niveau accueille une pièce unique, une configuration attestée dans les maisons citadines modestes de la fin du XVIIᵉ siècle. L’ensemble montre comment l’architecture urbaine s’adaptait aux contraintes de parcelle tout en intégrant des détails protecteurs, comme le masque sculpté destiné à veiller symboliquement sur les habitants.

Un motif apotropaïque

Son élément le plus remarquable est un masque sculpté placé sur la façade. Selon les recherches de l’ethnologue Aija Jansone et les notices du Latvian Museum of Architecture, ce type de masque apotropaïque était destiné à éloigner les mauvais esprits et à protéger les habitants.

Restauration et rôle contemporain

Entre 1955 et 1957, un vaste programme de restauration a été mené par les architectes Pēteris Saulītis et G. Jansons : un chantier décrit dans les archives du State Construction Committee. L’objectif était de :

  • restituer les volumes et les façades selon les documents anciens
  • stabiliser les structures
  • reconstituer les intérieurs dans l’esprit de leur époque

Depuis les années 1980, les Trois Frères accueillent :

  • le musée d’Architecture letton
  • la State Inspection for Heritage Protection

Ces usages publics ont permis la préservation continue de l’ensemble, tout en le rendant accessible au public. Les Trois Frères sont donc bien plus qu’un ensemble pittoresque : ils illustrent trois moments essentiels de l’histoire architecturale de Riga : la période médiévale tardive, la transition maniériste du XVIIᵉ siècle et les formes résidentielles plus modestes de cette même période.

Grâce au travail de conservation mené depuis le XXᵉ siècle et aux recherches approfondies du Latvian Museum of Architecture et des autorités patrimoniales lettonnes, ils figurent aujourd’hui parmi les témoins les mieux conservés de l’habitat urbain ancien de la Baltique.

Grâce au travail de conservation mené depuis le XXᵉ siècle et aux recherches approfondies du Latvian Museum of Architecture et des autorités patrimoniales lettonnes, ils figurent aujourd’hui parmi les témoins les mieux conservés de l’habitat urbain ancien de la Baltique. Leur préservation permet aussi de comprendre comment le tissu médiéval a servi de socle aux styles plus récents, jusqu’à l’Art nouveau à Riga. Cette continuité historique se révèle encore mieux lorsqu’on compare leur échelle intime à la monumentalité de la maison des Têtes Noires. Ensemble, ces bâtiments racontent l’évolution d’une ville qui a su conserver ses strates architecturales sans effacer les plus anciennes.