Un crédit immobilier est souvent signé pour quinze, vingt ou vingt-cinq ans. Pourtant, votre situation financière peut changer bien avant la dernière mensualité. Une vente immobilière, un héritage, une prime, une épargne devenue confortable ou simplement l’envie d’alléger vos charges peuvent vous donner une idée assez réjouissante : rembourser votre prêt avant la date prévue.
C’est ce que l’on appelle le remboursement anticipé. Vous versez à la banque une partie ou la totalité du capital encore dû sans attendre le calendrier prévu lors de la signature du crédit.
L’opération paraît simple. Elle l’est souvent, mais quelques lignes du contrat méritent votre attention avant de sortir le chéquier. Montant minimal, indemnités, date du versement, intérêt financier d’un remboursement partiel ou total : mieux vaut faire les calculs avant de dire adieu à votre emprunt.
L’essentiel
- Vous pouvez rembourser votre crédit immobilier avant son terme.
- Le remboursement peut être total ou partiel.
- Votre contrat peut prévoir un montant minimal pour un remboursement partiel.
- Des indemnités de remboursement anticipé peuvent être facturées.
- Leur montant est plafonné par la réglementation.
- Certaines situations ouvrent droit à une exonération d’indemnités.
- Demandez un décompte précis à votre banque avant de verser les fonds.
- Comparez les frais avec les intérêts que vous n’aurez plus à payer.
Qu’est-ce qu’un remboursement anticipé de prêt immobilier ?
Lorsque vous empruntez 200 000 € sur vingt ans, la banque prévoit dès le départ un calendrier de remboursement. Chaque mensualité comprend une part de capital, des intérêts et, selon votre contrat, la cotisation d’assurance emprunteur.
Le remboursement anticipé vient bouleverser ce programme.
Vous pouvez choisir entre deux formules.
Le remboursement anticipé total consiste à solder entièrement le crédit. Vous versez le capital encore dû ainsi que les éventuels frais associés. Le prêt prend alors fin.
Le remboursement anticipé partiel consiste à verser une somme supplémentaire sans solder l’emprunt. Vous réduisez ainsi le capital sur lequel les futurs intérêts seront calculés.
Cette deuxième possibilité peut être intéressante lorsque vous disposez, par exemple, de 20 000 ou 30 000 € d’épargne sans vouloir consacrer toute votre trésorerie au crédit.
Le principe est simple : moins vous devez d’argent à la banque, moins celle-ci calcule d’intérêts sur les échéances futures.
Peut-on rembourser son prêt immobilier quand on veut ?
Oui. Le droit français autorise l’emprunteur à rembourser son crédit immobilier par anticipation, totalement ou partiellement.
Votre banque ne peut donc pas vous imposer d’aller jusqu’à la dernière mensualité uniquement parce qu’une durée de vingt ans apparaît dans votre offre de prêt.
Une restriction peut cependant apparaître dans votre contrat concernant les remboursements partiels. Celui-ci peut prévoir que la banque n’accepte pas un versement égal ou inférieur à 10 % du montant initialement emprunté, sauf lorsque la somme versée correspond au solde du crédit.
Imaginez que vous ayez emprunté 250 000 €. Une clause peut donc écarter, par exemple, un remboursement partiel de 15 000 €, puisque cette somme représente moins de 10 % du montant initial. En revanche, cette restriction ne bloque pas le règlement du dernier reliquat de votre prêt.
Relisez donc votre offre avant d’envoyer votre demande. Quelques minutes passées dans les pages que personne ne relit avec enthousiasme peuvent vous éviter un échange inutile avec votre conseiller bancaire.
Pourquoi rembourser un crédit immobilier avant son terme ?
La première raison tient aux intérêts.
Sur un crédit amortissable classique, les intérêts sont calculés sur le capital encore dû. En réduisant ce capital plus tôt que prévu, vous supprimez une partie des intérêts futurs.
Le gain dépend cependant de plusieurs données : votre taux d’emprunt, la durée encore à courir, le montant remboursé et les frais facturés par la banque.
Le moment auquel vous effectuez l’opération compte également. Au début d’un prêt, le capital restant dû est élevé et une grande quantité d’intérêts doit encore être versée. Un remboursement conséquent peut alors produire une économie notable.
Lorsque votre crédit approche de sa fin, l’intérêt financier peut être beaucoup plus faible. Une grande partie des intérêts a déjà été payée.
Votre réflexion doit aussi dépasser la seule question du crédit. Si le logement est un investissement, examinez son rendement global, vos frais et le temps pour rentabiliser votre achat immobilier avant de mobiliser une grosse somme uniquement pour diminuer votre dette.
Enfin, certains propriétaires cherchent avant tout à réduire leurs charges mensuelles. La logique n’est alors pas strictement mathématique : un budget plus léger chaque mois peut apporter une marge appréciable pour financer d’autres projets.
Que se passe-t-il après un remboursement partiel ?
Un remboursement partiel ne clôture pas votre prêt. Il modifie son parcours.
Selon les modalités prévues avec la banque, vous pouvez généralement agir sur deux paramètres : la durée du crédit ou le montant des mensualités.
| Choix après remboursement partiel | Conséquence principale | Profil concerné |
|---|---|---|
| Réduire la durée | Vous remboursez le prêt plus tôt | Vous supportez facilement la mensualité actuelle |
| Réduire la mensualité | Votre budget mensuel s’allège | Vous recherchez davantage de souplesse financière |
| Combiner les deux | Durée et échéance diminuent | Possible selon les modalités proposées par la banque |
Si votre objectif consiste à économiser le plus d’intérêts possible, raccourcir la durée produit généralement un effet supérieur à une simple diminution des mensualités.
Prenez néanmoins le temps de demander les deux simulations. Une différence de quelques années sur le calendrier peut modifier sensiblement le coût final du financement.
Les banques peuvent-elles facturer des pénalités ?
Oui, si votre contrat le prévoit.
Dans le vocabulaire bancaire, on parle généralement d’indemnités de remboursement anticipé, souvent abrégées en IRA.
Pourquoi existent-elles ? Lorsque vous soldez un prêt plusieurs années avant la date prévue, la banque ne percevra pas les intérêts initialement prévus sur toute cette période. L’indemnité compense une partie de cette perte.
Son montant n’est cependant pas laissé à la fantaisie de l’établissement prêteur.
Pour un crédit immobilier concerné par les règles du Code de la consommation, l’indemnité ne peut dépasser :
- six mois d’intérêts calculés sur le capital remboursé par anticipation, au taux moyen du prêt ;
- et 3 % du capital restant dû avant le remboursement.
C’est le plafond le plus bas des deux calculs qui encadre la somme réclamée.
Exemple de calcul des indemnités de remboursement anticipé
Prenons un crédit dont le capital restant dû atteint 150 000 €. Vous souhaitez rembourser 50 000 € et le taux retenu pour notre exemple est de 3 %.
Six mois d’intérêts sur les 50 000 € remboursés donnent :
50 000 × 3 % × 6 / 12 = 750 €
Calculons maintenant 3 % du capital restant dû avant l’opération :
150 000 × 3 % = 4 500 €
Dans cette situation, l’indemnité ne pourrait donc pas dépasser 750 €.
Prenons maintenant un remboursement total de 150 000 € avec le même taux.
Six mois d’intérêts donnent :
150 000 × 3 % × 6 / 12 = 2 250 €
Le second plafond atteint toujours 4 500 €.
L’indemnité maximale serait donc ici de 2 250 €.
Attention : cet exemple sert uniquement à comprendre la mécanique. Votre banque devra réaliser le calcul avec les données exactes de votre prêt.
Les crédits comportant plusieurs taux selon les périodes obéissent aussi à des règles spécifiques pouvant modifier le calcul.
Dans quels cas les indemnités ne sont-elles pas dues ?
La réglementation prévoit plusieurs situations dans lesquelles aucune indemnité de remboursement anticipé n’est due, pour les contrats concernés par ces dispositions.
Cette exonération vise le remboursement lié à la vente du logement lorsque celle-ci fait suite :
- à un changement du lieu d’activité professionnelle de l’emprunteur ou de son conjoint ;
- au décès de l’emprunteur ou de son conjoint ;
- à la cessation forcée de l’activité professionnelle de l’emprunteur ou de son conjoint.
Il faut donc distinguer une simple vente immobilière de l’une de ces circonstances précises.
Vous vendez votre résidence principale parce que vous souhaitez acheter une maison avec un jardin ? Cette seule décision ne vous dispense pas automatiquement des IRA.
Vous vendez parce qu’une mutation professionnelle vous conduit à travailler dans une autre région ? L’exonération prévue par les textes peut alors entrer en jeu si les conditions requises sont remplies.
Votre contrat peut aussi être plus favorable que le cadre légal. Certains emprunteurs ont négocié dès la souscription une suppression totale ou partielle des IRA. Voilà une excellente raison d’aller chercher cette fameuse offre de prêt rangée dans un classeur depuis douze ans.
Peut-on négocier les indemnités dès la signature du crédit ?
Oui, et c’est même un point à examiner lorsque vous comparez plusieurs propositions de financement.
Avant de signer votre prêt, demandez si la banque accepte de supprimer les IRA ou de limiter leur application.
Certains contrats prévoient, par exemple, une exonération après quelques années. D’autres excluent certains remboursements effectués avec votre épargne personnelle tout en maintenant les frais en cas de rachat du crédit par une banque concurrente.
Tout dépend de la clause négociée et inscrite dans le contrat.
Une promesse orale prononcée pendant un rendez-vous bancaire pèse peu quelques années plus tard. Vérifiez que la disposition apparaît bien dans les documents signés.
Comment demander un remboursement anticipé à sa banque ?
Commencez par contacter votre établissement prêteur et formulez clairement votre demande.
Indiquez si vous envisagez un remboursement total ou partiel et, dans ce second cas, précisez la somme envisagée.
Après réception de votre demande, la banque doit vous communiquer les informations nécessaires pour mesurer les conséquences financières de l’opération, notamment les sommes à régler et les hypothèses utilisées dans ses calculs.
Vous obtiendrez ainsi un décompte comprenant généralement le capital à rembourser et les éventuelles indemnités prévues.
Avant d’effectuer le virement, contrôlez plusieurs éléments :
- le capital restant dû ;
- le montant des IRA ;
- la date retenue pour l’opération ;
- les intérêts éventuellement dus jusqu’à cette date ;
- le nouveau tableau d’amortissement en cas de remboursement partiel ;
- le traitement de votre assurance emprunteur.
Pour un remboursement total réalisé lors de la vente du logement, le notaire peut intervenir dans le règlement de la somme due à la banque.
Choisissez bien la date du remboursement
Le jour choisi peut avoir une incidence sur votre facture.
Un remboursement réalisé entre deux échéances peut générer des intérêts correspondant aux jours écoulés depuis la dernière mensualité. Selon l’organisation prévue avec votre banque, synchroniser l’opération avec une date d’échéance simplifie souvent le calcul.
Demandez donc le montant exact correspondant à une date précise au lieu de virer spontanément une grosse somme sur le compte du prêt.
Ce petit détail évite le grand classique du remboursement presque total auquel succèdent quelques euros ou quelques dizaines d’euros encore dus. Ce n’est pas dramatique, mais il existe des façons plus élégantes de dire au revoir à son crédit.
Rembourser son prêt ou garder son épargne ?
C’est probablement la vraie question.
Imaginez un crédit à taux fixe de 1,2 % souscrit il y a quelques années. Si votre épargne produit davantage, rembourser immédiatement le prêt n’est pas forcément l’option la plus intéressante sur le plan financier.
À l’inverse, avec un taux d’emprunt de 4 % et une épargne faiblement rémunérée, réduire votre dette mérite davantage d’attention.
Ne raisonnez donc pas avec une règle universelle du type « une dette doit toujours être remboursée dès que possible ».
Comparez plutôt :
- le taux du crédit ;
- les intérêts futurs que vous pouvez éviter ;
- les éventuelles IRA ;
- le rendement net de votre épargne ;
- votre besoin de liquidités ;
- vos projets des prochaines années ;
- votre niveau d’épargne disponible après l’opération.
Injecter 60 000 € dans un crédit peut réduire fortement son coût. En revanche, si cette opération vide presque tous vos comptes, le moindre chantier imprévu, remplacement de voiture ou changement professionnel risque de rendre votre budget inconfortable.
Gardez donc une réserve adaptée à votre situation.
Le remboursement anticipé réduit-il le coût de l’assurance ?
Cela dépend du mode de calcul de votre assurance emprunteur.
Certains contrats calculent les cotisations sur le capital initial : la prime mensuelle peut alors évoluer différemment de celle d’une assurance basée sur le capital restant dû.
D’autres contrats suivent progressivement la baisse du montant assuré.
Lors d’un remboursement total, l’assurance liée au prêt prend fin avec le crédit, sous réserve des démarches prévues par votre contrat.
Lors d’un remboursement partiel, demandez à votre assureur ou à votre banque comment le nouveau capital influence les cotisations futures. Intégrez cette donnée dans votre comparaison, car l’économie ne se limite pas toujours aux intérêts bancaires.
Et si le remboursement intervient lors de la vente du logement ?
La vente d’un bien financé à crédit entraîne fréquemment le remboursement du capital encore dû.
Le notaire demande alors les informations nécessaires afin de connaître la somme à verser à la banque. Le prix de vente sert notamment à solder le crédit avant que le reliquat ne vous soit reversé.
D’autres frais peuvent apparaître indépendamment des IRA.
Si votre prêt est garanti par une hypothèque et qu’une mainlevée doit être réalisée avant l’extinction automatique de l’inscription, des frais peuvent s’ajouter. Avec une garantie par caution, la mécanique est différente et une restitution partielle de certaines sommes peut parfois être prévue selon l’organisme et le contrat.
Ne confondez donc pas les indemnités de remboursement anticipé avec l’ensemble des coûts liés à la clôture du financement.
Comment savoir si l’opération vaut financièrement le coup ?
Demandez une simulation à votre banque, puis comparez deux scénarios.
- Dans le premier, vous poursuivez le crédit jusqu’à son terme selon l’échéancier prévu.
- Dans le second, vous effectuez votre remboursement anticipé à la date envisagée.
Calculez ensuite les intérêts et cotisations d’assurance évités, puis retirez les IRA et les autres frais éventuels.
Une opération qui vous fait économiser 8 000 € d’intérêts pour 1 000 € de frais mérite évidemment davantage d’attention qu’un remboursement générant 600 € d’économie contre 500 € d’indemnités.
Ajoutez enfin la valeur que vous accordez à votre épargne disponible. Une somme placée sur un crédit ne peut plus financer immédiatement un autre projet. Votre décision doit donc s’intégrer dans l’ensemble de votre budget, pas seulement dans une colonne « intérêts économisés ».
Questions fréquentes
Peut-on rembourser totalement un prêt immobilier avant son terme ?
Oui. Vous pouvez solder votre crédit avant la date prévue. Demandez d’abord à la banque un décompte indiquant le capital encore dû et les éventuelles indemnités.
Peut-on effectuer plusieurs remboursements partiels ?
Oui, sous réserve des conditions prévues par votre contrat. Celui-ci peut notamment fixer un seuil minimal pour chaque remboursement partiel. Vérifiez cette clause avant de programmer plusieurs versements.
Une banque peut-elle refuser un remboursement anticipé ?
Elle ne peut pas vous obliger à conserver votre crédit jusqu’à son terme. En revanche, votre contrat peut interdire certains remboursements partiels égaux ou inférieurs à 10 % du montant initialement emprunté, sauf lorsqu’il s’agit de régler le solde.
Quel est le montant maximal des indemnités ?
Pour les prêts concernés, les IRA ne peuvent dépasser six mois d’intérêts sur le capital remboursé au taux moyen du prêt, ni 3 % du capital restant dû avant le remboursement. Le double plafond encadre donc la somme facturable.
Est-il préférable de réduire les mensualités ou la durée du crédit ?
Si vous cherchez principalement à réduire le coût total des intérêts, raccourcir la durée est généralement plus avantageux. Si votre priorité porte sur votre budget mensuel, diminuer les échéances peut mieux vous convenir. Demandez deux simulations afin de comparer les résultats.
Faut-il rembourser un prêt immobilier dès que l’on dispose d’une grosse somme ?
Pas automatiquement. Comparez le taux de votre crédit, les frais de remboursement, le rendement de votre épargne et vos futurs besoins d’argent. Conservez également une réserve financière pour vos dépenses imprévues.
Faut-il prévenir la banque avant de faire le virement ?
Oui. Demandez d’abord le décompte correspondant à la date envisagée. Vous connaîtrez ainsi précisément le capital, les intérêts et les éventuelles indemnités à verser.
Le remboursement anticipé est-il toujours intéressant au début du prêt ?
Il peut générer davantage d’économies lorsqu’il intervient tôt, puisqu’une grande quantité d’intérêts doit encore être payée. Le résultat dépend toutefois du taux du crédit, des IRA et du montant remboursé.
La vente du logement supprime-t-elle automatiquement les pénalités ?
Non. Une vente classique n’entraîne pas automatiquement leur suppression. L’exonération légale concerne certaines situations précises, notamment une vente faisant suite à un changement du lieu d’activité professionnelle, ainsi que certains cas de décès ou de cessation forcée d’activité.
Peut-on négocier les IRA avec sa banque ?
Vous pouvez essayer de négocier leur suppression ou leur réduction lors de la souscription du prêt. Si un accord est trouvé, vérifiez qu’il apparaît clairement dans le contrat. Pour un crédit déjà signé, les dispositions contractuelles existantes déterminent en grande partie les frais applicables.