Une façade blanche, des parois de bois brun et un toit qui semble prendre ses aises au-dessus des fenêtres : le Montafonerhaus possède une silhouette bien à lui. Vous le rencontrez dans la vallée du Montafon, au sud du Vorarlberg, dans l’ouest de l’Autriche. Derrière cette association de matériaux se dessinent plusieurs siècles de vie montagnarde. Je vous propose de regarder ces maisons comme on examine un meuble ancien : en observant les assemblages, les transformations et les traces d’usage. Vous y trouverez davantage qu’un joli décor alpin. Même la place de la table a quelque chose à raconter.
L’essentiel
- Le Montafonerhaus est un type d’habitat traditionnel propre à la vallée du Montafon, dans le Vorarlberg autrichien.
- Sa construction associe la maçonnerie et le bois, avec des influences romanches et walser.
- La cuisine et certaines parties d’entrée sont maçonnées ; la pièce de séjour et des chambres sont traditionnellement construites en bois.
- L’exploitation agricole adopte généralement une organisation en deux bâtiments : le logement et la grange-étable.
- La Stube, son poêle et sa table régionale éclairent les usages domestiques de ces maisons.
- Des édifices anciens de Tschagguns, Gortipohl et Vandans montrent la diversité de cette architecture et de ses transformations.
Une maison née des échanges alpins
Le nom vous donne son adresse : Montafonerhaus signifie « maison du Montafon ». Cette vallée appartient au Vorarlberg, mais elle possède une histoire architecturale distincte de celle des autres territoires de ce Land. Je préfère préciser cette géographie d’emblée : toutes les maisons traditionnelles du Vorarlberg ne suivent pas le même modèle.
Deux traditions de construction se rencontrent ici. D’un côté, l’habitat de pierre du monde romanche, associé aux Grisons voisins. De l’autre, la maison de bois des Walser, populations germanophones dont les migrations sont liées au Valais. Le Montafonerhaus traduit leur rencontre dans une architecture adaptée aux besoins locaux.
Vous auriez toutefois tort d’imaginer un partage mécanique entre deux héritages, comme si chaque famille avait commandé une moitié de maison dans chaque région. L’emplacement, les moyens du propriétaire et les transformations successives influencent la proportion des matériaux. Certains édifices affichent beaucoup de bois ; d’autres présentent une enveloppe largement maçonnée. Cette diversité fait tout l’intérêt du sujet : on reconnaît une parenté sans avoir devant soi une rangée de copies.


Du bois et de la pierre, jusque dans le plan
Le contraste entre les enduits clairs et les surfaces de bois brun attire d’abord le regard. Mais je vous invite à suivre la jonction des deux matériaux. Elle renseigne sur l’organisation intérieure.
Dans la disposition traditionnelle, la cave, la cuisine et le volume d’entrée sont généralement maçonnés. La Stube, c’est-à-dire la pièce de séjour, ainsi que des chambres, relèvent de la construction en bois empilé. Le terme régional de Strickbau désigne cette technique : les pièces de bois disposées horizontalement s’assemblent aux angles pour former les parois. Vous regardez donc des murs construits en bois, et pas nécessairement un simple habillage posé sur une structure cachée.
La répartition ne suit pas systématiquement une ligne horizontale entre un rez-de-chaussée de pierre et un étage de bois. Des parties maçonnées et des volumes de charpenterie peuvent se côtoyer sur un même niveau. Voilà un détail à rechercher sur vos photographies : il raconte mieux cette maison qu’une accumulation de balconnières.
| Élément à observer | Ce que vous pouvez reconnaître | Ce qu’il vous apprend |
|---|---|---|
| Parois en bois empilé | Des pièces horizontales assemblées aux angles | La technique de construction de certaines pièces |
| Volumes maçonnés | Des murs enduits autour de la cuisine ou de l’entrée | La répartition des matériaux dans le logement |
| Toit à deux versants | Une silhouette généralement peu pentue dans les formes anciennes | Le profil traditionnel de la couverture |
| Grange-étable séparée | Un bâtiment agricole voisin, largement construit en bois | L’organisation de la ferme en plusieurs volumes |
| Inscriptions et peintures | Une date, des noms ou des motifs religieux | Une étape du chantier ou de l’histoire familiale |
Un toit bas, des entrées différentes
Le toit traditionnel présente deux versants peu inclinés. Une pente de l’ordre de 23 à 25 degrés est couramment décrite pour ce type de maison. Les couvertures anciennes employaient des bardeaux de bois, notamment d’épicéa ou de mélèze. Leur succession donne au toit une texture que vous apprécierez mieux de près qu’à travers la vitre d’un véhicule.
Cette faible inclinaison est associée au Schneedach, le « toit à neige ». La couverture neigeuse pouvait y séjourner et apporter un complément d’isolation hivernale. Il s’agit d’une logique de construction historique ; la neige ne dispense évidemment pas d’une charpente dimensionnée pour son poids.
Sur les versants, le pignon est généralement tourné vers la vallée. Quant à la porte, elle fournit un autre repère : l’entrée se situe parfois sur un côté de la maison, sous le bord du toit. Vous pouvez rencontrer un portail en plein cintre, dont l’arrondi tranche avec la géométrie des poutres.
Je vous conseille de regarder successivement la pente du toit, la position de la porte et les raccords entre les murs. Ces trois observations donnent déjà une lecture assez précise du bâtiment, sans vous imposer un dictionnaire d’architecture sous le bras.

Dans la Stube, le confort a son adresse
La Stube, appelée Stoba dans le parler local, concentre une grande part de la sociabilité domestique. C’est la pièce où l’on discute, où l’on reçoit et où l’on joue aux cartes. Ses parois et son plafond portent souvent des boiseries travaillées. Le soin apporté à cet espace contraste avec le caractère plus utilitaire d’autres pièces.
Le poêle en faïence, ou Kachelofen, occupe une place centrale dans ce confort. À proximité se trouve la Kuschbank, un banc associé à sa chaleur. Je vous laisse imaginer la valeur d’un tel emplacement après une journée passée dehors en hiver. Les places près du chauffage avaient sans doute leurs amateurs bien avant les débats familiaux sur le thermostat.
Dans l’angle des fenêtres, une banquette accompagne la table. Au-dessus, le Herrgottswinkel rassemble un crucifix et des images religieuses. Ce « coin du Bon Dieu » inscrit la pratique chrétienne dans l’espace quotidien. Vous pouvez ainsi lire la pièce à travers ses usages : chaleur près du poêle, conversations autour du plateau, dévotion dans l’angle aménagé.
La table mérite un regard séparé. Le Montafoner Tisch possède typiquement un plateau aux quatre angles coupés, des incrustations décoratives et des pieds inclinés. Une plaque d’ardoise occupe son centre. Elle accueillait les récipients chauds et servait aussi à noter les scores du Jass, un jeu de cartes. J’aime ce détail : le même meuble accompagne le repas et la partie qui suit. L’ardoise avait manifestement un emploi du temps chargé.
La grange-étable a son propre toit
Pour comprendre un Montafonerhaus, prenez un peu de recul. Le logement appartient généralement à une ferme de type Paarhof : la maison et la grange-étable occupent deux bâtiments distincts. L’édifice agricole peut même dépasser l’habitation par son volume. Votre premier coup d’œil ne désigne donc pas forcément le bon toit comme celui de la famille.
Cette organisation distingue le Montafonerhaus du Bregenzerwälderhaus, autre habitat traditionnel du Vorarlberg. Dans le Bregenzerwald, le type classique rassemble le logement et les fonctions agricoles sous une même toiture : on parle d’Einhof. Vous avez donc, dans une seule région autrichienne, deux manières différentes d’articuler la maison, le bétail et les réserves.
Je trouve cette comparaison plus instructive qu’un classement des plus belles façades. Elle vous oblige à regarder les relations entre les bâtiments, les passages et les espaces de travail. La ferme apparaît alors dans son ensemble. Le joli pignon reprend sa place dans une organisation quotidienne beaucoup plus vaste.



Trois maisons pour lire plusieurs siècles
À Tschagguns, le Sandrellhaus réserve une surprise aux amateurs de vieilles pierres : derrière son apparence maçonnée se trouve une construction en bois datée de 1457 à 1459. Une enveloppe de maçonnerie a été ajoutée devant certaines parois anciennes. Je vous cite cet exemple pour une raison précise : l’aspect extérieur ne donne pas toujours l’âge ni la nature du bâtiment qu’il recouvre.
À Gortipohl, la maison baroque du secteur d’Alme raconte une autre succession de chantiers. L’étude des cernes du bois situe une première construction entre 1636 et 1639. Une inscription au pignon porte la date de 1639, tandis qu’un portail latéral affiche celle de 1710. Vous pouvez y observer des décors sur l’enduit et une représentation de la Vierge. Deux dates sur une maison ne signalent donc pas forcément une erreur : elles peuvent correspondre à deux moments de son histoire.
À Vandans, le Manga Hüsli, du début du XVIIIe siècle, illustre clairement l’association des matériaux : séjour et chambre en bois, cuisine maçonnée et soubassement de moellons. Sa remise en état, au début des années 1990, a aussi porté sur les peintures baroques de la façade.
Devant ces édifices, cherchez les traces de transformation autant que les éléments anciens. Une baie déplacée ou une enveloppe ajoutée peut raconter plusieurs générations d’adaptation. Et gardez vos observations depuis les espaces accessibles : une maison patrimoniale peut aussi être le domicile de quelqu’un.
Aménagement intérieur
De l’extérieur, les murs blanchis à la chaux forment un contraste clair avec les murs en bois noirs et bruns. Le toit plat est un toit à neige avec une pente de 23 à 25 degrés et était à l’origine un toit à clin. Un toit à neige est incliné si doucement que la neige reste sur le toit comme isolation thermique et ne glisse pas.
Le mur avec la porte d’entrée (généralement en forme d’arc en plein cintre) et les pièces derrière (maison de devant et cuisine) sont en pierre, le reste de la maison a des murs en bois.
La maison est chauffée par un poêle central en faïence, qui est complété dans le salon (Stoba) par un banc en brique, le Kuschbank, imprégné de la fumée chaude du poêle. Dans le salon, il y a généralement un Herrgottswinkel (Jésus sur la croix avec des images de Marie et Joseph autour) avec une table, un banc d’angle et des chaises. Le salon est souvent doté d’un plafond à caissons et les murs sont lambrissés.

La table Montafon
La table Montafon était un meuble typique de ces maisons. Elle est dotée d’un plateau octogonal (4 coins cassés) incrusté d’ardoise au centre et repose sur des pieds inclinés. L’ardoise servait à poser les casseroles chaudes et à écrire pour le jeu de cartes Jassen. La table Montafon comprend un siège d’angle, des chaises et un Herrgottswinkel au-dessus du siège d’angle avec une croix et deux images votives.
Les tables Montafon sont des pièces uniques qui sont encore fabriquées aujourd’hui. Les bois locaux tels que le poirier, le cerisier, le chêne, le hêtre, le noyer, l’orme et l’érable sont stockés et séchés à l’air libre pendant 25 ans avant d’être transformés. Plus de 100 heures de travail sont consacrées à chacune de ces pièces uniques, dont les décorations en bois peuvent être choisies par le client lui-même.

Habiter ces maisons aujourd’hui
Le Montafonerhaus pose une question très actuelle : comment accueillir de nouveaux usages dans une enveloppe ancienne ? Je me méfie des rénovations qui réduisent le patrimoine à quelques poutres décoratives. L’intérêt du bâtiment tient aussi à ses volumes, à ses fenêtres et à la manière dont ses pièces communiquent.
La maison Benedikta, à Vandans, offre un exemple documenté de réhabilitation. Elle porte la date de 1836, même si certaines parties pourraient être antérieures. Lors de sa transformation en hébergement, la Stube et la chambre voisine ont été conservées au rez-de-chaussée. La couverture a reçu des bardeaux de bois, les fenêtres traditionnelles à double châssis ont été reconstituées et les étages ont été réorganisés.
Vous voyez ici une piste intéressante : chaque pièce n’exige pas le même traitement. Certains espaces transmettent une organisation ancienne ; d’autres peuvent accueillir une distribution nouvelle. Pour ma part, je regarderais d’abord ce qui mérite d’être réparé avant de dresser la liste des remplacements. Une fenêtre ancienne ou une boiserie ne se résume pas à son apparence : elle porte aussi la trace d’un savoir-faire.

Questions fréquentes
Le Montafonerhaus est-il présent dans toute l’Autriche ?
Ce type d’habitat est associé à la vallée du Montafon. Vous rencontrerez ailleurs des maisons mêlant pierre et bois, mais ce seul point commun ne suffit pas à les identifier comme des Montafonerhäuser, le pluriel allemand du terme.
Toutes ces maisons datent-elles de la même époque ?
Non. Les exemples conservés couvrent plusieurs siècles et comportent souvent des transformations. Le noyau du Sandrellhaus remonte au XVe siècle ; d’autres édifices documentés appartiennent aux XVIIe, XVIIIe ou XIXe siècles. Je vous conseille de distinguer la date d’origine des dates inscrites lors de travaux ultérieurs.
Le bois doit-il être visible sur toute la façade ?
Non. Des parois peuvent avoir reçu un revêtement ou une enveloppe maçonnée. L’identification demande donc d’observer le plan, les assemblages et l’histoire du bâtiment. Une façade largement enduite peut cacher une structure de bois beaucoup plus ancienne.
Peut-on découvrir ces maisons à pied ?
Oui, notamment à Gortipohl, où le Montafonerhausweg propose un parcours consacré aux particularités de l’habitat local. Pour visiter un intérieur, vérifiez les possibilités d’accès propres à chaque lieu : le passage d’un itinéraire devant une maison ne signifie pas qu’elle ouvre ses portes au public.
Les maisons rénovées conservent-elles forcément leur plan d’origine ?
Non. Certaines réhabilitations préservent la Stube et les pièces voisines tout en modifiant les étages ou les annexes. Si vous choisissez un hébergement pour son architecture, examinez les photographies intérieures autant que celles du pignon : elles vous montreront ce qui a été conservé et ce qui a été transformé.