Toruń a été fondée par l’Ordre Teutonique, au 13ème siècle. L’aménagement spatial unique de Toruń est resté inchangé pendant 700 ans. Au Moyen Age, elle a développé un rôle commercial dans le cadre de la Ligue hanséatique. Dans l’ancienne et la nouvelle ville, d’imposants édifices des 14ème et 15ème siècles (dont la maison de Copernic : ci-dessous à gauche) témoignent du riche passé de Toruń.
Hôtel de ville gothique
L’hôtel de ville gothique construit à la fin du 14ème siècle est la pièce maîtresse de la vieille ville de Toruń. C’est l’un des plus grands bâtiments en briques de son genre en Europe. Pendant des siècles, c’était le centre administratif et commercial de la ville. Aujourd’hui, le bâtiment abrite un musée de quartier, où les visiteurs peuvent voir l’artisanat local et des peintures polonaises du 19ème et 20ème siècles.
L’édifice se distingue par son plan quadrangulaire et sa haute tour d’angle, ajoutée au début du 17ᵉ siècle, qui domine encore le tracé médiéval. Sa façade en brique moulée présente une succession de pignons, d’arcatures et de fenêtres trilobées qui illustrent bien le gothique baltique. À l’intérieur, plusieurs salles historiques subsistent, dont la salle du Grand Conseil et l’ancienne halle aux draps, où se tenaient les échanges marchands. Les fouilles menées dans les années 1990 ont aussi révélé des fragments de décors peints et de sols en brique vernissée, rappelant que ce bâtiment était autant un signe de prestige civique qu’un outil de gestion urbaine. Cette densité de détails fait de l’édifice un repère dans le centre.
La maison de Nicolas Copernic
La maison attribuée à Nicolas Copernic est un exemple remarquable d’architecture bourgeoise gothique en briques, typique des villes hanséatiques. Son pignon étroit et très vertical, rythmé par des arcs en tiers-point, annonce la fonction résidentielle et commerciale du bâtiment : la famille Copernic appartenait à une élite de marchands instruits, pour lesquels la maison servait à la fois d’habitation, de lieu de travail et d’espace de stockage. L’intérieur, organisé sur plusieurs niveaux reliés par des escaliers raides, reflète cette double vocation. On y retrouve des pièces hautes de plafond destinées à recevoir clients et partenaires, mais aussi des combles ventilés autrefois utilisés pour entreposer les marchandises.
La muséographie actuelle met en scène le contexte intellectuel et scientifique dans lequel a grandi Copernic. Des maquettes, instruments anciens et documents d’époque replacent l’astronome dans une Europe où les savoirs circulaient entre universités, ateliers d’artisans et réseaux marchands. Les visiteurs peuvent ainsi comprendre comment un jeune homme issu d’une famille de la Hanse a pu accéder aux idées nouvelles venues d’Italie et d’Allemagne. Cette mise en perspective patrimoniale montre que la maison, au-delà d’un témoin architectural, éclaire aussi la formation d’un esprit qui allait transformer l’histoire des sciences. Elle aide ainsi à saisir la portée concrète d’un lieu dans le destin d’un savant.
La rue Podmurna
La rue Podmurna suit le tracé de l’ancien mur défensif, dont on aperçoit encore des fragments et plusieurs tours. Cet héritage explique son profil légèrement en retrait, plus intime que les grandes artères commerçantes. Les maisons qui la bordent sont moins ostentatoires : parcelles étroites, volumes simples, pignons tournés vers la rue. Certaines façades sont en brique, d’autres montrent des reprises plus tardives, avec des encadrements enduits ou des niveaux supérieurs reconstruits. L’ensemble garde pourtant une atmosphère cohérente de « coulisse » urbaine, adossée aux fortifications.
En avançant, on remarque des bâtiments utilitaires, parfois issus d’anciens greniers ou dépendances, où l’on perçoit encore des éléments de pans de bois ou de structures mixtes. Ces constructions, sur cour ou en fond de parcelle, rappellent le rôle originel de la rue : desservir des ateliers, des espaces de stockage et les arrière-boutiques des maisons tournées vers les rues plus prestigieuses. Les ouvertures plus petites, les portails et les volumes étagés trahissent cette fonction économique plutôt que représentative.
Aujourd’hui, cette diversité constructive fait partie du charme de Podmurna. Entre les murs gothiques, les tours réhabilitées, les maisons remaniées au XIXᵉ siècle et quelques volumes à ossature bois, la rue offre un résumé concret de l’évolution de Toruń sur plusieurs siècles. C’est une bonne façon de voir comment une ville hanséatique a réutilisé ses remparts et ses bâtiments de service, sans effacer les traces de ses phases médiévales et modernes. Elle montre ainsi comment les strates de la ville restent visibles.
La maison sous l’Étoile
Située sur la place du Marché, la maison sous l’Étoile est l’une des plus célèbres demeures bourgeoises de Toruń. Son noyau remonte au Moyen Âge, mais la façade a été remaniée aux 17ᵉ et 18ᵉ siècles, avec un décor baroque très riche qui masque partiellement la structure gothique d’origine. À l’intérieur, on retrouve des murs médiévaux, des plafonds peints et surtout un spectaculaire escalier en bois sculpté, qui rappelle le statut élevé de ses anciens propriétaires. Aujourd’hui, le bâtiment accueille un musée dédié aux arts de l’Extrême-Orient, ce qui ajoute une couche supplémentaire à son histoire.
La maison Esken
La maison Esken est l’un des bâtiments médiévaux les plus anciens du centre de Toruń. Érigée au XIVᵉ siècle sur une parcelle étroite typique des villes hanséatiques, elle a été transformée à plusieurs reprises, notamment durant la Renaissance et au XIXᵉ siècle. Derrière sa façade sobre, un élément remarquable est son portail en pierre maniériste attribué à Willem van den Blocke, rare témoignage sculpté conservé dans la vieille ville. Cette superposition de styles reflète l’usage changeant du bâtiment au fil des siècles.
Longtemps, la maison Esken a servi d’entrepôt et de grenier, comme de nombreuses constructions situées près du tracé des anciens remparts. Ses étages profonds, ses caves voûtées et ses espaces de stockage rappellent cette vocation utilitaire, avant que le bâtiment ne soit réadapté pour des usages culturels. Aujourd’hui, il accueille le musée d’Histoire de Toruń, permettant aux visiteurs de découvrir l’évolution de la ville, et la stratification architecturale d’un édifice qui a traversé plus de six siècles.
Les anciens greniers médiévaux des quais
Le long de la Vistule, plusieurs bâtiments en briques alignés conservent la silhouette des anciens greniers médiévaux qui servaient à stocker les céréales et les marchandises destinées à l’exportation. Leur structure reprend le schéma des maisons de ville, mais avec des étages supérieurs presque entièrement dédiés au stockage, accessibles par des trappes et des systèmes de levage.
Beaucoup d’entre eux ont été transformés en logements ou en espaces touristiques, tout en gardant leurs volumes massifs, leurs pignons étroits et, parfois, des fragments de décors gothiques. Cet ensemble forme un contrepoint utile aux demeures bourgeoises du centre : il rappelle que la prospérité de Toruń s’est également construite dans ces bâtiments utilitaires tournés vers le fleuve.
Un centre médiéval classé
L’inscription sur la liste du patrimoine mondial englobe trois parties de cette ville, qui conserve encore sa lignée médiévale : les ruines du château de l’Ordre Teutonique, la Vieille Ville et la Nouvelle Ville. La ville entière, entourée de murs défensifs, forme un ensemble unique de structures dont la particularité est la coexistence de deux zones urbaines distinctes qui se sont formées pratiquement au même moment.
La vieille ville, fondée en 1233, devint un centre commercial, tandis que la ville nouvelle, qui remontait à 1264, servait de centre pour diverses formes d’artisanat. Les deux villes ont revendiqué de nombreux travaux d’architecture sophistiquée; Parmi ceux-ci : églises, mairie et maisons en briques présentant des formes très diverses et des conceptions de façade méritent une attention spéciale. Comme dans le cas des autres immeubles d’habitation construits dans la région, ceux de Toruń combinent également des fonctions résidentielles et commerciales, certains des espaces étant utilisés pour stocker.
Le facteur qui rend Toruń précieux est l’authenticité de son aménagement urbain médiéval. La substance historique de nombreux bâtiments (églises, murs défensifs et murs plus petits qui ont marqué le tracé des limites entre les parcelles individuelles) a été largement préservée. De nombreuses maisons d’habitation conservent leurs façades d’origine, les cloisons intérieures, les plafonds en plâtre, les plafonds voûtés du sous-sol et les décorations peintes. Soulignons que les éléments architecturaux provenant des époques ultérieures n’ont pas altéré le caractère médiéval de la ville, servant de couches additionnelles clairement distinctes et harmonieuses qui illustrent les étapes ultérieures de son développement.
La vieille ville de Toruń a été inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1997 lors de la 21ème session du Comité du patrimoine mondial à Naples.