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Les maisons à coupoles d’El Oued : l’architecture traditionnelle du Souf

les coupoles d'El Oued en Algérie

Dans le Sahara algérien, certaines maisons semblent avoir été dessinées par le désert lui-même. Leurs murs couleur sable, leurs coupoles arrondies et leurs cours plantées de palmiers composent un paysage architectural que vous ne rencontrerez nulle part ailleurs sous cette forme. Bienvenue à El Oued, surnommée « la ville aux mille coupoles », au cœur de la région du Souf.

Mais derrière ces toitures si reconnaissables se cache une histoire bien plus passionnante qu’une simple question de style. Les anciennes maisons soufiennes possédaient parfois deux cuisines, des espaces de repos utilisés selon les saisons, un puits dans la cour et des façades sculptées pour jouer avec les rayons du soleil.

Chaque élément répondait aux habitudes familiales et aux contraintes d’un territoire où la chaleur, le sable et la rareté des matériaux imposaient leurs propres règles.

Ces habitations montrent une autre façon de concevoir l’architecture : observer le climat, comprendre les ressources disponibles et organiser la vie quotidienne en conséquence. Pour découvrir leur ingéniosité, poussez la porte d’une maison traditionnelle du Souf et regardez ce qui se cache derrière ses murs.

L’essentiel

  • El Oued, dans le Sahara algérien, est célèbre pour ses nombreuses maisons coiffées de coupoles.
  • Les habitations traditionnelles sont construites avec des matériaux locaux (rose des sables et plâtre).
  • Les toitures arrondies limitent les dépôts de sable et participent au comportement thermique des bâtiments.
  • Les pièces s’organisent généralement autour d’une cour intérieure protégée des regards.
  • Certaines maisons possédaient un puits utilisé pour les besoins domestiques.
  • Des cuisines et des espaces de repos différents étaient prévus pour l’été et l’hiver.
  • Les palmiers, les arcades et les décors en relief participaient à la création de zones ombragées.
  • Ce patrimoine architectural témoigne d’une connaissance très approfondie du désert, mais malheureusement il subit aujourd’hui les transformations urbaines.

El Oued, la ville aux mille coupoles au milieu des dunes

Située dans le sud-est de l’Algérie, non loin de la frontière tunisienne, El Oued appartient à la région historique du Souf. La ville s’est développée à proximité des immenses étendues sablonneuses du Grand Erg Oriental, dans un environnement où les dunes occupent une place majeure.

Ce territoire ne ressemble pas tout à fait aux oasis sahariennes que l’on imagine habituellement. Les palmeraies côtoient de vastes espaces de sable, tandis que les anciens quartiers présentent une architecture basse, dominée par des toitures arrondies.

Depuis un point élevé, les coupoles semblent se multiplier à l’infini. Certaines sont alignées, d’autres regroupées en petits ensembles. Leurs surfaces claires accrochent la lumière et projettent des ombres changeantes sur les murs.

C’est cette particularité qui a valu à El Oued son surnom de « ville aux mille coupoles ». Le chiffre est symbolique, mais il traduit bien l’impression que produit cette succession de dômes.

Une identité architecturale unique en Algérie

Les maisons soufiennes occupent une place singulière parmi les différents types de maisons en Algérie. Dans la Casbah d’Alger, les habitations traditionnelles se caractérisent notamment par leurs patios et leurs terrasses. Dans certaines oasis du sud, les constructions en terre forment des ensembles compacts aux façades presque rectilignes. À El Oued, les coupoles et les voûtes dominent le paysage.

Cette forme architecturale ne relève pas simplement d’une préférence esthétique. Elle résulte de plusieurs contraintes : la rareté du bois de construction, la présence de matériaux minéraux locaux, la chaleur estivale et les déplacements du sable sous l’effet du vent. Les bâtisseurs ont donc élaboré un système constructif dont les particularités se retrouvent jusque dans l’organisation des pièces.

maisons à coupole à El Oued en Algérie

Pourquoi les maisons traditionnelles du Souf ont des coupoles ?

La coupole représente le signe distinctif de cette architecture. Pourtant, son intérêt dépasse largement la silhouette qu’elle donne aux bâtiments.

Construire une toiture avec peu de bois

Dans le Souf, les grands arbres capables de fournir de longues poutres de charpente étaient rares. Les palmiers pouvaient apporter des éléments de construction, mais leurs troncs et leurs palmes ne convenaient pas à tous les usages.

Les maçons ont donc privilégié des couvertures réalisées avec des pierres locales assemblées au mortier de plâtre.

La coupole possède un avantage structurel : sa forme courbe transmet principalement les charges vers les murs qui la soutiennent. Elle peut couvrir une pièce sans nécessiter une charpente comparable à celle d’un toit classique.

Cette technique demande néanmoins une grande maîtrise. La stabilité dépend de la disposition des pierres, de la géométrie du dôme, de la qualité du mortier et de la résistance des appuis.

Éviter que le sable envahisse les toitures

Dans une région où le vent déplace régulièrement des quantités de sable, les toits plats présentent un inconvénient : les dépôts peuvent s’y accumuler.

Les coupoles offrent moins de surfaces horizontales. Le vent contourne leurs volumes arrondis et emporte une partie des particules.

Cela ne supprime pas totalement les dépôts, notamment entre les différentes couvertures, mais réduit certaines zones d’accumulation.

Les bâtisseurs ont ainsi adapté la forme des toits à un phénomène quotidien du désert. Une décision assez judicieuse quand votre voisin le plus envahissant s’appelle le sable !

Participer à la régulation thermique

Les coupoles influencent également l’exposition solaire des bâtiments.

Contrairement à une toiture horizontale, leur surface courbe reçoit les rayons du soleil sous des angles variables au fil de la journée. Leur épaisseur et les propriétés des matériaux déterminent ensuite la manière dont la chaleur traverse la couverture.

Certaines coupoles traditionnelles possèdent aussi de petites ouvertures situées dans leur partie haute. Lorsque les conditions sont favorables, l’air chaud accumulé sous le plafond peut s’échapper par ces orifices, tandis que de l’air pénètre par des ouvertures plus basses.

Ce mouvement contribue à la ventilation naturelle.

Cependant, toutes les coupoles ne présentent pas nécessairement ces ouvertures, et leur comportement thermique dépend de l’ensemble de la construction. La fraîcheur intérieure ne provient donc pas uniquement de leur forme.

La rose des sables et le plâtre : les matériaux traditionnels d’El Oued

L’une des caractéristiques les plus remarquables de l’architecture soufienne concerne les matériaux utilisés.

Dans ce territoire dominé par les dunes, les habitants ont exploité des formations minérales présentes dans le sous-sol sableux.

La rose des sables, une pierre pour construire

La rose des sables est connue pour ses cristaux disposés en pétales. Mais dans le Souf, les formations gypseuses mêlées au sable fournissent également des blocs pierreux employés dans la construction.

Ce matériau local, souvent désigné sous le nom de lous, se présente sous des formes irrégulières.

Les artisans l’utilisaient pour édifier les fondations, les murs porteurs, les voûtes et les coupoles.

Contrairement aux pierres taillées en blocs réguliers, ces éléments demandaient un travail d’assemblage adapté à leurs dimensions et à leur géométrie.

Le résultat possède un aspect propre aux constructions anciennes de la région.

Le plâtre traditionnel comme mortier et enduit

Le plâtre, obtenu à partir de ressources gypseuses locales, joue également un rôle majeur.

La pierre appelée tefza pouvait notamment servir à produire ce liant après cuisson et transformation.

Mélangé à l’eau, le plâtre permettait d’assembler les pierres et de recouvrir les surfaces maçonnées.

Il donnait aux murs leur aspect clair, parfois blanc, crème ou légèrement ocre selon les matériaux et leur vieillissement.

Ces enduits nécessitaient un entretien périodique. Ils protégeaient les maçonneries tout en contribuant, grâce à leurs teintes claires, à limiter l’absorption du rayonnement solaire.

Certaines traditions constructives locales mentionnent aussi l’emploi du charbon dans des mélanges spécifiques. Il faut toutefois distinguer ces pratiques particulières du système de maçonnerie traditionnel le mieux documenté, fondé principalement sur la pierre locale et le plâtre.

extérieur maison à coupole à El Oued

Derrière la grande porte : l’organisation d’une maison soufienne

Pour comprendre le fonctionnement de ces habitations, commencez par leur entrée.

La porte peut être relativement imposante, souvent réalisée en bois et installée dans une façade qui ne dévoile presque rien de la vie intérieure.

Elle marque le passage entre la rue et l’univers familial.

Dans de nombreuses maisons, l’accès s’effectue par un espace de transition appelé skifa. Ce vestibule ou passage contribue à préserver l’intimité des occupants en évitant une vue directe depuis l’extérieur.

Puis la maison révèle son véritable centre : la cour intérieure.

Une cour autour de laquelle s’organise la vie

La cour, fréquemment appelée haouch dans les traditions architecturales locales, distribue les différentes pièces de l’habitation.

Les chambres, les espaces de réception, les cuisines et certaines dépendances s’ouvrent sur cet espace central.

Cette disposition présente plusieurs avantages.

Elle apporte de la lumière aux pièces sans multiplier les grandes fenêtres sur la rue. Elle facilite les déplacements domestiques et crée un lieu de rencontre pour la famille.

La cour accueille également de nombreuses activités quotidiennes : préparation des repas, travaux ménagers, conversations ou moments de repos.

Contrairement à un jardin décoratif, elle appartient pleinement au fonctionnement de la maison.

Le palmier, bien plus qu’un élément décoratif

Dans certaines habitations soufiennes, un ou plusieurs palmiers poussent au milieu de la cour.

Leurs longues palmes projettent des ombres mouvantes sur le sable et les murs.

Cette végétation contribue à rendre l’espace extérieur plus agréable pendant les journées chaudes. L’ombrage limite l’exposition directe au soleil, tandis que la présence des plantes peut participer localement au rafraîchissement par évapotranspiration lorsque l’eau est disponible.

Le sol sablonneux possède lui aussi un intérêt. Après le coucher du soleil, sa surface peut perdre rapidement une partie de la chaleur accumulée durant la journée.

Durant les nuits estivales, la cour pouvait ainsi accueillir des couchages traditionnels installés à l’air libre.

Une façon de profiter du ciel nocturne saharien, sans avoir besoin de réserver une chambre avec vue sur les étoiles.

cour intérieure d'une maison traditionnelle soufi

Le puits au centre de la cour : l’eau dans la maison traditionnelle

Dans plusieurs anciennes habitations du Souf, le puits occupait une place majeure.

Il pouvait se trouver directement dans la cour, à proximité des espaces où se déroulaient les activités domestiques.

Avant la généralisation des réseaux modernes de distribution, accéder à l’eau sur place représentait un avantage considérable.

Boire, laver et approvisionner la maison

L’eau puisée dans le sous-sol servait aux besoins de la famille, selon sa disponibilité et sa qualité.

Elle pouvait être utilisée pour la boisson, la cuisine, la toilette et différentes tâches ménagères.

Le puits possédait généralement une margelle protectrice et un dispositif permettant de remonter les récipients.

Sa présence influençait l’organisation quotidienne, puisque l’approvisionnement en eau ne nécessitait pas systématiquement un déplacement hors de l’habitation.

Dans une région saharienne, ce détail prend une dimension considérable.

Une filtration traditionnelle utilisant les ressources locales

Certaines pratiques domestiques reposaient également sur des dispositifs de filtration de l’eau.

Une méthode présentée dans une maison ancienne du Souf consiste à faire passer l’eau à travers plusieurs couches de matériaux :

  • Du gravier, pour retenir une partie des éléments les plus grossiers.
  • Du sable de différentes granulométries, pour piéger certaines particules en suspension.
  • Des fragments de rose des sables, intégrés au dispositif filtrant traditionnel.
  • Du charbon, susceptible de retenir certaines substances selon sa nature et sa préparation.

L’eau traverse progressivement ces couches avant d’être recueillie.

Ce procédé illustre l’utilisation ingénieuse des matériaux disponibles dans la région. Il ne faut cependant pas confondre filtration traditionnelle et potabilisation garantie : un tel système ne supprime pas nécessairement les micro-organismes pathogènes, les sels dissous ou les contaminants chimiques.

Il témoigne néanmoins de la place accordée à la gestion de l’eau dans les habitudes domestiques du Souf.

puits cour maison soufi

Une cuisine d’été et une cuisine d’hiver : habiter selon les saisons

Voici l’une des caractéristiques les plus intéressantes de certaines maisons traditionnelles soufiennes.

Plutôt que d’utiliser un seul espace pour cuisiner toute l’année, les familles pouvaient disposer de deux cuisines adaptées aux conditions saisonnières.

Cette organisation répondait à une réalité simple : dans le Sahara, la chaleur estivale et les températures hivernales ne demandent pas le même aménagement.

La cuisine d’été, pour limiter la chaleur

Pendant les mois chauds, la préparation des repas génère une chaleur supplémentaire.

Une cuisine d’été pouvait donc être installée dans une partie plus ouverte, plus ventilée ou bénéficiant d’un meilleur ombrage.

L’objectif était de réduire l’accumulation de chaleur dans les pièces occupées.

Les ouvertures et certains dispositifs d’évacuation des fumées contribuaient également à renouveler l’air.

Selon la disposition de la maison, la cuisine pouvait profiter de la proximité de la cour ou d’un espace semi-ouvert.

La cuisine d’hiver, plus abritée

Pendant la saison froide, les besoins changeaient.

Une cuisine davantage protégée du vent et mieux abritée pouvait être utilisée. La chaleur produite par la cuisson participait alors au confort de l’espace.

La présence de foyers maçonnés, de niches et de conduits d’évacuation permettait d’organiser les activités culinaires dans des volumes relativement compacts.

Ces cuisines saisonnières n’étaient pas systématiquement présentes dans toutes les habitations. Leur existence dépendait notamment de la taille de la maison et des moyens de la famille.

Elles montrent néanmoins à quel point l’organisation domestique pouvait accompagner les variations du climat.

cuisine d'été et cuisine d'hiver d'une maison soufi
cuisine dans une maison à coupole à el oued

Des espaces de repos orientés selon le soleil et les saisons

Les cuisines n’étaient pas les seules pièces dont l’utilisation variait pendant l’année.

Dans la maison soufienne, les chambres et les espaces de séjour pouvaient également être choisis en fonction de leur orientation.

Les habitants tenaient compte de l’ensoleillement, des vents et de la température des différentes parties de l’habitation.

Le harraoui, un espace plus frais pour l’été

Le terme harraoui est employé localement pour désigner un espace associé à la saison chaude.

Dans l’organisation présentée par certaines maisons traditionnelles, il correspond à une partie orientée vers le nord, davantage protégée du soleil direct pendant certaines heures.

Cette disposition peut offrir un environnement plus agréable en été.

Les habitants pouvaient y installer leurs couchages ou s’y réunir pendant les moments les plus chauds.

La fraîcheur dépendait néanmoins de plusieurs facteurs, notamment l’ombrage des arcades, l’épaisseur des murs et les mouvements d’air.

Le ghabli, tourné vers les apports solaires d’hiver

À l’inverse, le ghabli désigne un espace associé à une orientation méridionale, dans l’organisation locale présentée ici.

En hiver, la course plus basse du soleil peut favoriser l’ensoleillement de certaines surfaces tournées vers le sud.

Les habitants profitaient ainsi d’un secteur plus favorable aux activités et au repos pendant les périodes fraîches.

Cette utilisation différenciée de la maison témoigne d’une organisation domestique souple : au lieu d’occuper exactement les mêmes pièces dans toutes les circonstances, la famille pouvait déplacer certaines activités au fil des saisons.

EspaceCaractéristiquesUsage traditionnel
Cour intérieureCentrale, ouverte, parfois plantée de palmiersCirculation, activités familiales, repos
PuitsInstallé dans certaines coursApprovisionnement domestique en eau
Cuisine d’étéPartie ventilée ou ombragéePréparation des repas pendant les fortes chaleurs
Cuisine d’hiverPartie plus abritéePréparation des repas durant la saison froide
HarraouiEspace associé à la fraîcheur estivaleSéjour et repos pendant l’été
GhabliEspace bénéficiant davantage du soleil hivernalSéjour et repos pendant l’hiver
Pièces sous coupolesVolumes maçonnés aux murs épaisHabitation, sommeil, réception

Cette organisation varie selon les maisons. Les appellations et les usages peuvent également présenter des différences locales.

Les façades du Souf : des décors qui jouent avec le soleil

Au-delà des coupoles, les façades traditionnelles possèdent un autre détail architectural remarquable.

Certains murs présentent des reliefs verticaux composés de petites empreintes courbes répétées dans l’enduit.

Le motif apparaît parfois sous la forme de longues bandes texturées, disposées au-dessus des portes ou entre les arcades.

Cette finition donne aux façades une apparence immédiatement reconnaissable.

Une décoration réalisée dans l’enduit

Ces reliefs étaient façonnés dans le plâtre encore malléable, notamment par des gestes répétés qui créaient une succession de sillons.

Le résultat rappelle parfois des écailles, des feuilles superposées ou des vagues verticales.

Les façades ne présentent donc pas uniquement de grandes surfaces lisses.

Le travail des artisans introduit une texture délicate, bien visible lorsque le soleil éclaire les murs de côté.

Une fonction climatique derrière les reliefs

Ces reliefs ne répondaient pas qu’à une volonté décorative.

Les rainures et les petites saillies produisent des ombres sur la façade. Une partie de la surface se trouve ainsi momentanément protégée du rayonnement solaire direct.

Le phénomène reste localisé et ne transforme évidemment pas un mur exposé au soleil en surface froide.

Cependant, ces reliefs participent aux multiples dispositions architecturales qui modifient l’exposition des parois.

Les façades claires, les arcades, les débords et les textures travaillent ensemble pour réduire certains apports solaires.

Ce détail montre que l’architecture climatique ne se limite pas aux grandes décisions concernant les murs et les toitures. Elle peut aussi se retrouver dans la manière dont un artisan travaille quelques centimètres de plâtre.

stries sur la façade

Les coupoles et les arcades : une architecture de l’ombre et de l’air

Les maisons traditionnelles du Souf associent différents éléments architecturaux dont les fonctions se complètent.

Les coupoles couvrent les pièces, les arcades bordent les espaces de circulation et les murs épais séparent les volumes.

Cette combinaison crée des contrastes marqués entre les surfaces ensoleillées et les zones protégées.

Les arcades autour de la cour

Les galeries couvertes par des arcades jouent un grand rôle dans certaines habitations.

Elles établissent une transition entre les pièces fermées et la cour découverte.

Leur profondeur crée des bandes d’ombre le long des façades intérieures.

Pendant les journées chaudes, ces passages permettent de circuler sans traverser constamment les espaces exposés.

Ils peuvent également accueillir des banquettes maçonnées, des objets domestiques ou des lieux de repos.

Des murs épais pour ralentir les échanges thermiques

Les maçonneries traditionnelles possèdent fréquemment plusieurs dizaines de centimètres d’épaisseur.

Cette masse influence la vitesse à laquelle la chaleur traverse les parois.

Pendant la journée, une partie de l’énergie solaire est absorbée par les matériaux. Sa transmission vers l’intérieur dépend ensuite de leurs propriétés thermiques et des écarts de température.

Lorsque l’air extérieur se refroidit la nuit, la ventilation peut contribuer à évacuer une partie de la chaleur accumulée.

Ce fonctionnement n’assure pas une température constante, mais il aide à comprendre les choix des anciens bâtisseurs.

Des ouvertures de dimensions limitées

Les fenêtres donnant sur les rues sont souvent petites.

Les pièces s’éclairent davantage depuis la cour intérieure, ce qui protège la vie familiale des regards tout en réduisant certaines expositions directes au soleil.

La ventilation peut s’effectuer par différentes ouvertures, selon l’agencement des espaces et la direction des vents.

L’ensemble relève d’une architecture attentive à son environnement, conçue bien avant l’apparition des équipements modernes de climatisation.

Les palmeraies et les ghouts : la même ingéniosité face au désert

L’architecture d’El Oued ne peut être séparée de son paysage agricole.

Dans le Souf, les habitants ont développé une technique remarquable de culture des palmiers dattiers : les ghouts.

Il s’agit d’excavations creusées dans les dunes afin de planter les arbres à proximité de la nappe phréatique.

Au lieu de faire monter l’eau vers les cultures, les agriculteurs abaissaient le terrain de plantation.

Les racines des palmiers pouvaient ainsi atteindre les couches humides du sous-sol, lorsque la profondeur de la nappe le rendait possible.

Ce système demandait une connaissance précise des conditions locales et un entretien régulier contre l’ensablement.

Il présente une parenté frappante avec les maisons à coupoles.

Dans les deux cas, les habitants ont exploité les caractéristiques du territoire : les formations gypseuses pour construire, la géométrie des couvertures contre les dépôts de sable et la profondeur de la nappe pour cultiver les palmiers.

Ces réalisations montrent une adaptation ancienne aux contraintes du Sahara, fondée sur l’observation et l’expérience.

ghouts dans les dunes d'el oued

Pourquoi les maisons traditionnelles d’El Oued disparaissent-elles progressivement ?

L’urbanisation a profondément transformé le paysage architectural du Souf.

Les maisons contemporaines utilisent fréquemment le béton armé, les briques industrielles et les toitures plates.

Les besoins en logement ont également changé. Les familles recherchent des installations sanitaires modernes, des espaces de stationnement, des réseaux techniques et parfois plusieurs niveaux habitables.

Dans ce contexte, les anciennes habitations à coupoles peuvent sembler difficiles à adapter.

Certaines sont abandonnées, transformées ou remplacées par des constructions nouvelles.

Des techniques de restauration qui demandent un savoir-faire précis

Les maçonneries en rose des sables et en plâtre possèdent leurs propres caractéristiques.

Leur réparation nécessite de comprendre le comportement des matériaux, les poussées exercées par les coupoles et les phénomènes qui provoquent des fissures.

Employer systématiquement des mortiers modernes très rigides peut engendrer des incompatibilités avec les structures anciennes.

Une restauration sérieuse doit donc tenir compte de la composition initiale des murs et des couvertures.

Elle doit également s’intéresser aux décors en relief, aux arcades et à l’organisation des cours, plutôt que de conserver uniquement la silhouette extérieure des coupoles.

Préserver aussi les usages domestiques

Sauvegarder l’architecture du Souf ne consiste pas uniquement à photographier quelques beaux toits arrondis.

Les techniques de filtration traditionnelle, les cuisines saisonnières, les espaces de repos orientés et les aménagements autour du puits appartiennent également à cette histoire.

Sans ces connaissances, une maison restaurée peut perdre une grande partie de sa signification.

La transmission des gestes artisanaux et des habitudes domestiques possède donc une véritable valeur patrimoniale.

maison à coupole abandonnée dans le désert

Ce que les maisons à coupoles peuvent nous apprendre aujourd’hui

Dans les régions soumises à de fortes chaleurs, l’architecture traditionnelle du Souf offre de nombreuses pistes de réflexion.

Elle rappelle qu’une habitation ne se résume pas à une enveloppe construite autour de plusieurs pièces.

Son orientation, ses matériaux, la disposition des ouvertures et les usages saisonniers influencent directement les conditions de vie.

Les anciens habitants d’El Oued ont poussé cette logique très loin.

Ils adaptaient leurs cuisines aux saisons, choisissaient les espaces de repos selon l’ensoleillement, aménageaient des cours ombragées et utilisaient des matériaux disponibles sur place.

Leurs coupoles, devenues célèbres, ne représentent finalement qu’une partie de ce système.

Pour vous inspirer de cette architecture dans un bâtiment contemporain, retenez surtout ses principes : étudier le climat avant de construire, protéger les ouvertures exposées, créer des zones d’ombre, favoriser la ventilation lorsque les conditions extérieures s’y prêtent et tenir compte des propriétés thermiques des matériaux.

Il serait pourtant trompeur de reproduire simplement une coupole en béton en espérant obtenir les mêmes performances qu’une construction ancienne. Les propriétés des matériaux, l’épaisseur des parois et les méthodes d’assemblage changent considérablement le comportement thermique.

La richesse de l’architecture soufienne se trouve dans la cohérence de l’ensemble.

Et peut-être aussi dans cette idée assez réjouissante : une maison peut posséder beaucoup de charme sans que ses bâtisseurs aient eu besoin de choisir entre la beauté et les nécessités quotidiennes.

Questions fréquentes

Pourquoi El Oued est-elle surnommée la ville aux mille coupoles ?

El Oued doit ce surnom aux nombreuses toitures arrondies qui coiffent ses maisons traditionnelles. Ces coupoles, construites principalement avec des pierres locales et du plâtre, donnent aux anciens quartiers une silhouette caractéristique. Le chiffre mille est une expression symbolique et non un inventaire exact.

Comment appelle-t-on les coupoles traditionnelles du Souf ?

Les termes locaux gouba et demsa, avec des variations de transcription, sont associés aux couvertures arrondies de la région. Les maisons peuvent posséder plusieurs coupoles selon le nombre et la disposition des pièces.

Pourquoi utilisait-on la rose des sables pour construire ?

Les formations gypseuses présentes dans le sous-sol du Souf fournissaient une pierre locale appelée lous. Les artisans pouvaient l’utiliser avec du mortier de plâtre pour construire les murs, les voûtes et les coupoles, sans dépendre d’importations de grandes quantités de bois.

Les maisons traditionnelles du Souf possédaient-elles vraiment deux cuisines ?

Certaines habitations disposaient d’une cuisine d’été et d’une cuisine d’hiver. Ces espaces répondaient aux conditions climatiques saisonnières. La cuisine utilisée pendant les mois chauds pouvait être mieux ventilée, tandis que celle de l’hiver était davantage abritée. Cette organisation variait selon les maisons.

À quoi servaient le harraoui et le ghabli ?

Dans l’organisation traditionnelle présentée ici, le harraoui correspond à un espace associé à la saison chaude, généralement du côté le plus frais de la maison. Le ghabli désigne un espace davantage exposé aux apports solaires utiles pendant l’hiver. Les habitants pouvaient utiliser ces différentes parties de l’habitation selon les saisons.

Pourquoi trouvait-on parfois un puits dans la cour ?

Le puits servait à approvisionner la famille en eau pour diverses activités domestiques. Sa présence dans la cour facilitait les tâches quotidiennes. Certaines pratiques traditionnelles utilisaient aussi des couches de sable, de gravier, de charbon ou de matériaux minéraux locaux pour filtrer l’eau, sans que cela garantisse sa potabilité.

Les maisons à coupoles sont-elles naturellement fraîches en été ?

Leurs caractéristiques peuvent contribuer à limiter certains apports de chaleur : murs épais, couleurs claires, petites ouvertures, galeries ombragées et dispositifs de ventilation. Toutefois, les températures intérieures dépendent des conditions climatiques, de l’entretien du bâtiment et des possibilités de ventilation nocturne. Une coupole ne suffit pas à elle seule à garantir la fraîcheur.

Peut-on encore visiter des maisons traditionnelles à El Oued ?

Des habitations anciennes et des ensembles à coupoles sont encore visibles dans la région du Souf, notamment à El Oued et dans des localités voisines comme Kouinine et Guemmar. Certaines constructions ont été restaurées ou adaptées à de nouveaux usages. Privilégiez les lieux accessibles au public et les visites accompagnées lorsque vous souhaitez découvrir les espaces intérieurs.

Pourquoi faut-il préserver les maisons traditionnelles du Souf ?

Ces habitations témoignent d’une culture constructive adaptée au Sahara. Elles conservent la mémoire des techniques de maçonnerie, de l’organisation familiale, de la gestion de l’eau et des usages saisonniers des espaces. Leur préservation concerne donc autant les bâtiments que les savoir-faire et les pratiques qui leur donnaient tout leur sens.

article écrit par Michaëla Aven

Passionnée d’architecture, je voyage les yeux grands ouverts et l’esprit curieux. Chaque ville un musée à ciel ouvert où les façades montrent leur histoire, où les lignes, matières et volumes dialoguent avec la lumière. J’aime observer les détails que l’on ne remarque pas toujours au premier regard : corniche sculptée, jeu d’ombres sur un mur moderne, porte ancienne patinée par le temps. Voyager, c’est découvrir le monde à travers ses bâtiments, comprendre les cultures à travers leurs formes et leurs espaces. Mon regard s’attarde, analyse, s’émerveille — car pour moi, l’architecture n’est pas qu'un décor, c’est une émotion.