À l’écart des centres urbains et des architectures monumentales, le lagon de Missolonghi offre un paysage bâti entièrement façonné par l’eau et la pêche. Posées au-dessus de la surface de la lagune, les maisons sur pilotis dessinent une relation directe entre habitat et milieu naturel. Ces cabanes, appelées pelades, traduisent une façon d’habiter née de contraintes liées à un environnement peu profond, instable et exploité au quotidien. Leur architecture témoigne d’un savoir-faire local ancien, hérité de la période vénitienne et transformé au fil du temps, sans rupture nette avec les principes initiaux.
Un habitat lié à la pêche et à l’histoire vénitienne
Le lagon se situe dans la partie nord du golfe de Patras, sur la côte centre-ouest de la Grèce. Cette vaste zone humide, peu profonde et partiellement fermée, a façonné depuis des siècles les formes d’habitat local. Jusqu’au début du XVIIIᵉ siècle, Missolonghi se trouvait sous l’autorité de la République de Venise, dont l’influence s’est traduite par une organisation du territoire tournée vers la mer et la pêche.
La population locale vivait majoritairement de la pêche lagunaire. Pour répondre à cette économie quotidienne, les habitants ont développé un type d’abri spécifique : la pelada. Ces cabanes, installées directement au-dessus de l’eau, permettaient aux pêcheurs de rester à proximité de leurs zones de travail tout en disposant d’un espace de stockage et de repos. Les pelades étaient reliées entre elles ou à la terre ferme par des passerelles en bois, dessinant un réseau de bois posé sur la surface du lagon.
Ce mode d’implantation n’était pas marginal. Des sources historiques et iconographiques montrent que le lagon comptait autrefois un grand nombre de ces constructions, constituant un paysage bâti cohérent, entièrement dépendant du rythme de la pêche et des conditions naturelles.
Structure, matériaux et principes constructifs
Les pelades traditionnelles reposaient sur des pilotis en bois enfoncés dans le fond vaseux du lagon. Cette technique permettait d’élever la cabane au-dessus du niveau de l’eau, limitant les effets des variations saisonnières. La structure portante était volontairement légère afin de s’adapter à un sol instable.
Les murs et la toiture étaient réalisés à partir de roseaux, de paille et de végétaux locaux, assemblés de manière dense pour former une enveloppe protectrice contre l’humidité, la pluie et le vent.
Ces matériaux, disponibles en abondance dans les zones humides environnantes, offraient une isolation suffisante pour un usage temporaire ou saisonnier. L’intérieur se limitait à un volume unique, sans cloisonnement, destiné à accueillir filets, outils et parfois une couche rudimentaire.
L’architecture de ces cabanes ne recherchait ni monumentalité ni permanence. Elle répondait à un usage directement lié à l’exploitation du lagon, avec une logique de construction rapide et réparable.
Évolutions et maintien du modèle sur pilotis
Les photos récentes montrent une transformation. Les versions actuelles, visibles autour de l’île de Tourlida et dans certaines zones du lagon, sont construites en planches de bois, fixées sur des pieux plus réguliers. La charpente apparaît plus lisible, les assemblages plus durables, et les passerelles renforcées.
Malgré ces changements, le principe architectural est tout de même identique : une cabane élevée sur l’eau, accessible par un cheminement en bois, avec une implantation dictée par la pêche et l’observation du lagon. Ces constructions servent encore aujourd’hui d’abris pour les pêcheurs locaux, de postes de surveillance ou de lieux de pause, tout en participant à l’identité visuelle du site.
Les maisons sur pilotis du lagon de Missolonghi témoignent ainsi d’une continuité architecturale rare, où la forme bâtie demeure étroitement liée au milieu naturel et aux usages locaux.