Il y a un poste de dépense dans une maison que personne ne regarde jamais. Le chauffage, on en parle tout l’hiver. L’électroménager, on compare les étiquettes énergie avant d’acheter. L’eau chaude, elle, coule et on ne s’en occupe qu’à partir du moment où elle s’arrête de couler.
Elle représente pourtant environ 12 % de la facture énergétique d’un logement. Deuxième poste derrière le chauffage. Et contrairement au chauffage, elle ne baisse pas quand vous isolez les combles. Elle reste là, année après année, à peu près identique.
J’ai regardé ce que ça donne en chiffres, et surtout ce qui la fait vraiment baisser. Parce qu’entre les conseils qui rapportent trois euros par an et ceux qui en rapportent deux cents, l’écart est large et personne ne trie.
Combien vous en consommez, réellement
Comptez entre 50 et 70 litres d’eau chaude par personne et par jour. C’est plus que ce que les gens estiment quand on leur pose la question, généralement parce qu’on pense à la douche et qu’on oublie la vaisselle, les mains, le nettoyage.
Traduit en énergie, avec un chauffe-eau électrique classique :
| Foyer | Consommation annuelle | Volume d’eau chaude |
|---|---|---|
| 1 personne | 1 500 à 2 500 kWh | 18 à 25 m³ |
| 2 personnes | environ 2 600 kWh | 36 à 50 m³ |
| 4 personnes | environ 4 000 kWh | 73 à 100 m³ |
Pour une famille de quatre, 4 000 kWh par an, c’est l’équivalent d’un petit chauffage électrique qui tournerait en permanence. Sauf qu’il est dans un placard et qu’on ne le voit pas.
Ce que ça coûte selon l’équipement
C’est ici que les écarts deviennent intéressants, parce qu’ils ne dépendent pas de vos habitudes mais de la machine.
| Équipement | Coût annuel indicatif, 1 personne |
|---|---|
| Chauffe-eau électrique | 300 à 500 € |
| Chaudière gaz | 200 à 350 € |
| Ballon thermodynamique | 100 à 180 € |
Multipliez par le nombre d’occupants et vous avez l’ordre de grandeur. Pour une famille de quatre au chauffe-eau électrique, on parle facilement de 800 à 1 000 € par an rien que pour l’eau chaude.
L’écart entre un cumulus et un ballon thermodynamique s’explique simplement : le second va chercher environ 70 % de son énergie dans l’air ambiant au lieu de la prendre entièrement sur le réseau. Un test instrumenté publié sur douze mois a mesuré 595 kWh consommés par un modèle de 270 litres, contre 2 303 kWh pour la résistance électrique qu’il remplaçait. Un facteur quatre.
Mais je garde ça pour la fin, parce que changer d’équipement coûte cher et que quatre choses gratuites méritent d’être faites avant.
Les réglages qui font vraiment baisser la note
La température du ballon, mais pas n’importe comment
C’est le levier le plus efficace et le plus mal expliqué.
Chaque degré au-dessus du nécessaire, c’est de l’énergie dépensée à chauffer une eau que vous allez de toute façon refroidir au mitigeur. Beaucoup de ballons sortent d’usine réglés à 65 ou 70 °C parce que c’est le réglage qui évite les réclamations, pas celui qui optimise quoi que ce soit.
Sauf qu’on ne descend pas indéfiniment. La réglementation, issue de l’article 36 de l’arrêté du 23 juin 1978 modifié en novembre 2005, encadre les deux bouts.
En bas : au moins 50° en tout point du réseau de distribution, et au moins 55° pour les ballons de stockage de 400 litres et plus. C’est une question de légionelle. La bactérie prolifère entre 25 et 45 degrés et meurt au-delà de 60. Un ballon réglé à 45°, c’est une culture.
En haut : pas plus de 50 °C dans les pièces réservées à la toilette, pas plus de 60 °C dans les autres locaux. Question de brûlures. À 60 °C, une brûlure du troisième degré prend cinq secondes sur une peau d’adulte, beaucoup moins sur celle d’un enfant.
La zone raisonnable pour un ballon domestique se situe donc entre 55 et 60 °C, avec un mitigeur thermostatique en sortie si vous voulez limiter la température aux robinets sans toucher au stockage. Si le vôtre est à 70, vous avez un gain immédiat à prendre.
Un détail que les gens ignorent : baisser la température augmente aussi la durée de vie de la cuve, parce que le tartre se dépose beaucoup plus vite au-delà de 60 °C.
Le contacteur heures creuses
Si vous avez un abonnement heures pleines / heures creuses et que votre ballon n’est pas asservi au contacteur, vous payez votre eau chaude au tarif fort. Ça arrive plus souvent qu’on ne croit, en général après un remplacement de tableau électrique ou un déménagement.
Vérification en deux minutes : le contacteur jour/nuit dans le tableau doit être en position automatique, pas en marche forcée. En marche forcée, il chauffe en continu au tarif du moment.
Le gain dépend de l’écart entre vos deux tarifs, mais sur un poste de 4 000 kWh il n’est pas anecdotique.
Les débits
Un pommeau de douche standard débite entre 15 et 20 litres par minute. Un pommeau économe descend à 6 ou 9 litres, sans que la sensation change beaucoup parce qu’il compense par la pression et l’aération du jet.
Sur une douche de huit minutes, vous passez de 140 litres à 60. Pour un foyer de quatre personnes qui se douchent chaque jour, l’économie annuelle se compte en centaines de litres d’eau chaude, donc en dizaines d’euros, pour un accessoire à vingt euros.
Les mousseurs sur les robinets font la même chose en plus modeste. Le lavabo de la salle de bain et l’évier de cuisine sont les deux qui comptent.
L’isolation des conduites
Si votre ballon est dans un garage ou un sous-sol non chauffé et que les tuyaux d’eau chaude traversent trois mètres de local froid avant d’arriver dans la maison, vous chauffez le garage. Des manchons isolants coûtent quelques euros le mètre et se posent sans outil.
C’est le levier le moins spectaculaire de la liste, mais c’est aussi celui qui prend vingt minutes.
Le point que presque tout le monde rate : la taille du ballon
Je vois régulièrement des ballons de 300 litres chez des couples sans enfant, et des 150 litres dans des familles de cinq.
Le premier cas coûte de l’argent en permanence. Un ballon perd de la chaleur en continu, proportionnellement à sa surface. Un 300 litres qui ne se vide jamais entretient 300 litres d’eau chaude pour en utiliser 120. Ces pertes de stockage tournent autour de 10 à 15 % de la consommation du ballon selon son isolation et l’endroit où il se trouve.
Le second cas coûte aussi, mais autrement : le ballon se vide, la résistance repart en pleine journée au tarif fort, et l’appoint tourne en permanence.
L’ordre de grandeur communément retenu est de 50 à 60 litres par personne pour un usage normal, à ajuster si vous avez une baignoire ou des horaires décalés. Si votre ballon est très surdimensionné et qu’il approche de la fin de vie, c’est un argument de plus pour le remplacer.
Trois fausses bonnes idées
Couper le ballon quand vous partez le week-end. Ça ne rapporte rien. Sur deux jours, ce que vous économisez en pertes de stockage, vous le repayez intégralement à la remise en chauffe. Le calcul devient favorable à partir de trois ou quatre jours d’absence, pas avant. Et si vous coupez pour plus d’une semaine, faites monter le ballon à 60 °C pendant une heure au retour avant de reprendre les douches, pour la même raison de légionelle que plus haut.
Descendre le ballon à 45 °C. Le gain est réel, l’idée circule beaucoup, et c’est en dessous du minimum réglementaire de 50 °C en tout point du réseau. Vous économisez quelques dizaines d’euros par an en installant un bouillon de culture dans votre garage. Mauvais échange.
« Une douche consomme moins qu’un bain. » Vrai en principe, faux en pratique dès que la douche dépasse dix minutes avec un pommeau standard. Une baignoire, c’est 120 à 150 litres. Une douche de douze minutes à 18 litres par minute, c’est 216. Le paramètre qui compte n’est pas le contenant, c’est la durée et le débit.
Quand changer d’équipement devient rentable
Si votre cumulus a moins de huit ans et fonctionne, gardez-le. Les leviers du dessus vous coûtent moins de cent euros au total et récupèrent une part correcte du gain possible.
S’il approche de la fin de vie, la question se pose autrement, et la réponse dépend surtout de trois contraintes physiques que peu de commerciaux évoquent spontanément.
Le volume du local. Un chauffe-eau thermodynamique sur air ambiant a besoin d’au moins 20 m³. En dessous, il refroidit son propre air d’alimentation et s’effondre en performance.
L’isolation de ce local. Il doit être non chauffé, mais séparé du reste de la maison. Si le mur mitoyen avec le séjour n’est pas isolé, l’air froid rejeté par la machine refroidit la pièce d’à côté et votre chauffage compense. Vous avez déplacé la dépense, pas supprimé.
Le bruit. Au-delà de 50 décibels, la gêne devient réelle. Adossé à une cloison de chambre, c’est une source de conflit domestique garantie dans les trois semaines.
Sur la rentabilité, soyons honnêtes. Pour une famille de quatre avec un local correct, l’amortissement se situe entre deux et six ans. Pour un couple sans enfant dans un logement contraint, on dépasse facilement dix ans, et à ce stade l’équipement approche de sa propre fin de vie. Ce n’est pas une bonne opération pour tout le monde, et les calculs de rentabilité qu’on vous présentera en démarchage reposent le plus souvent sur des coefficients de performance mesurés en laboratoire, pas dans un garage en janvier.
À titre indicatif, comptez 400 à 900 € posé pour un cumulus, 2 000 à 5 000 € pour un thermodynamique. UFC-Que Choisir a relevé des devis à 7 000, 9 000 et jusqu’à 11 000 € en démarchage à domicile pour ce même équipement. Si un commercial non sollicité vous appelle, sachez que le démarchage téléphonique est interdit dans la rénovation énergétique.
Le financement, qui bouge en ce moment
Un chauffe-eau thermodynamique ouvre droit à plusieurs aides, et le paysage change au 1er septembre 2026.
Aujourd’hui, MaPrimeRénov’ verse 1 200, 800 ou 400 € selon la catégorie de revenus, pour un logement de plus de quinze ans. Le gouvernement prévoit de retirer cet équipement du parcours par geste au 1er septembre, avec en compensation une bonification importante de la prime CEE pendant quatre mois. Selon votre situation, attendre septembre peut rapporter davantage que déposer un dossier maintenant, ce qui est assez contre-intuitif pour valoir la peine d’être vérifié.
Restent dans tous les cas la TVA à 5,5 % pour un logement de plus de deux ans, l’éco-prêt à taux zéro, et les aides des collectivités locales qui ne suivent aucun barème national.
Comme les montants dépendent du revenu fiscal de référence et de la composition du foyer, le plus simple est de passer par un simulateur d’aides pour un chauffe-eau thermodynamique plutôt que de se fier aux fourchettes qui circulent. Celui-ci calcule dans le navigateur et ne demande pas d’adresse e-mail, ce qui évite la vague d’appels qui suit habituellement ce genre de démarche.
Ce que je ferais, dans l’ordre
Ce week-end, gratuitement : vérifier la température du ballon et la descendre à 55 ou 60 °C si elle est au-dessus, contrôler que le contacteur heures creuses est bien en automatique.
Le mois prochain, pour une centaine d’euros : un pommeau de douche économe, des mousseurs sur les deux robinets les plus utilisés, des manchons sur les conduites qui traversent un local froid.
Le jour où le ballon lâche, et pas avant : mesurer le local, vérifier qu’il fait plus de 20 m³ et qu’il n’est pas collé à une chambre, puis comparer les devis en gardant en tête que le prix normal se situe entre 2 000 et 5 000 € posé.
Rien de tout ça ne va transformer votre facture. Mais un foyer de quatre personnes qui applique les quatre premiers points récupère quelque chose entre 80 et 150 € par an, pour une après-midi de travail et un budget de bricolage. C’est un rendement que peu de placements offrent.
Michael Beauclercq suit le marché de l’eau chaude sanitaire et l’évolution des aides à la rénovation énergétique. Il est responsable éditorial de Chauffe-Eau Thermodynamique France.
Sources
- ADEME, volumes d’eau chaude sanitaire et rendements des appareils de production
- Arrêté du 23 juin 1978 relatif aux installations fixes destinées au chauffage et à l’alimentation en eau chaude sanitaire, article 36, modifié le 30 novembre 2005
- UFC-Que Choisir, guide d’achat des chauffe-eau thermodynamiques
- service-public.gouv.fr, MaPrimeRénov’ parcours par geste, fiche mise à jour le 19 juin 2026
- Mesure instrumentée sur douze mois d’un chauffe-eau thermodynamique de 270 litres : 595 kWh contre 2 303 kWh pour la résistance remplacée