Le secteur du bâtiment se trouve au cœur des enjeux environnementaux. Les propriétaires et les gestionnaires d’immeubles tertiaires voient émerger diverses réglementations visant à encadrer et réduire l’empreinte énergétique. Parmi ces dispositions, le Décret tertiaire occupe une place de choix. Il fixe des objectifs ambitieux en matière d’économies d’énergie et incite les acteurs concernés à mettre en place des démarches structurées. Vous souhaitez en savoir davantage ? Parcourez les paragraphes suivants pour comprendre son champ d’application, ses objectifs, les obligations légales et les moyens à mobiliser.
Contexte réglementaire et naissance du Décret tertiaire
Le Décret tertiaire, officiellement appelé « Dispositif Éco-Énergie Tertiaire », s’inscrit dans le cadre de la Loi Elan (Évolution du Logement, de l’Aménagement et du Numérique), adoptée en 2018. Les pouvoirs publics français ont ainsi défini un cadre légal pour encourager la sobriété énergétique dans les bâtiments à usage tertiaire. Le texte est codifié dans le Code de la construction et de l’habitation, et ses arrêtés d’application précisent les modalités de mise en œuvre.
Cette réglementation se base sur les engagements européens en matière de réduction de l’impact carbone et de lutte contre le réchauffement climatique. L’objectif est de soutenir la transition énergétique dans le secteur du tertiaire, souvent pointé du doigt pour sa consommation d’énergie élevée. Les immeubles de bureaux, les établissements commerciaux et divers locaux professionnels représentent une part significative des consommations annuelles d’électricité et de chauffage.
Plusieurs mesures avaient déjà été introduites, comme l’obligation de réaliser des audits énergétiques ou de faire établir un DPE (Diagnostic de Performance Énergétique). Toutefois, le Décret tertiaire introduit une approche plus structurée. Il fixe des paliers de réduction de la consommation énergétique et instaure une plateforme de suivi gérée par l’ADEME, nommée OPERAT, pour centraliser les données déclaratives.
Quels bâtiments sont concernés ?
Le Décret tertiaire vise l’ensemble des bâtiments ou parties de bâtiments dédiés à des activités de services. Cela inclut notamment :
- Les immeubles de bureaux, occupés par des entreprises privées ou des administrations publiques.
- Les surfaces commerciales, comme les grands magasins ou les galeries marchandes.
- Les établissements d’enseignement et de formation (écoles, universités, etc).
- Les bâtiments culturels (musées, salles de spectacle).
- Les sites logistiques ou entrepôts, lorsqu’ils s’apparentent à des lieux de prestation de services.
- Les locaux dédiés à la santé, comme les cliniques ou les hôpitaux.
Le critère principal repose sur la surface plancher : les locaux ou ensembles de locaux doivent représenter plus de 1 000 m² pour être soumis au Décret tertiaire. Dès que cette limite est franchie, le propriétaire et, si nécessaire, l’occupant sont tenus de déclarer les consommations énergétiques chaque année et de mettre en place des actions pour atteindre les objectifs de réduction.

Objectifs de réduction de la consommation énergétique
Le texte prévoit des cibles claires, à atteindre selon un calendrier progressif :
- Diminution de 40 % d’ici 2030
- Baisse de 50 % d’ici 2040
- Réduction de 60 % d’ici 2050
Ces pourcentages sont calculés par rapport à une année de référence, définie librement par les acteurs, mais située entre 2010 et 2019. Les bâtiments plus récents peuvent se référer à l’année suivant leur mise en service, ou à l’année de la plus ancienne campagne de mesure disponible. Les seuils s’appliquent également aux consommations d’énergie finale, ce qui inclut l’électricité, le gaz ou encore les réseaux de chaleur urbains. Les gestionnaires peuvent opter pour deux approches complémentaires :
- Atteindre un niveau de consommation absolue, fixé par les arrêtés et calculé en kWh/m²/an, selon la typologie du bâtiment et l’activité exercée.
- Réaliser une baisse en pourcentage, par rapport à l’historique de consommations de l’établissement.
Cette flexibilité permet d’ajuster les efforts en fonction de la configuration du site, de la performance énergétique initiale et des travaux déjà entrepris.
Les obligations de déclaration et la plateforme OPERAT
Afin d’assurer le suivi des efforts réalisés par chacun, l’ADEME (Agence de la transition écologique) a mis en place la plateforme OPERAT (Observatoire de la Performance Énergétique, de la Rénovation et des Actions du Tertiaire). Chaque propriétaire ou exploitant de bâtiment doit y créer un compte et transmettre ses données, qui portent sur :
- Les consommations annuelles d’énergie : relevés d’électricité, de gaz, de fioul, etc.
- Les caractéristiques du bâtiment : surface, usage, localisation, équipements de chauffage et de climatisation.
- Les éventuelles actions menées (isolation, amélioration du système de chauffage, remplacement d’éclairages, modernisation des équipements informatiques ou électroménagers).
L’inscription sur OPERAT et la première déclaration de consommation énergétique étaient attendues pour septembre 2022, puis la date limite de transmission a été reportée. Vérifiez les informations officielles ou appuyez-vous sur un bureau d’études spécialisé pour respecter les échéances. Chaque année, une actualisation des données est demandée, afin de mesurer la progression par rapport aux cibles fixées.
Comment répondre aux exigences du Décret tertiaire ?
L’atteinte des objectifs de réduction implique un plan d’action structuré et cohérent.
Plusieurs pistes peuvent être envisagées :
- Réaliser un audit énergétique complet
Celui-ci met en évidence les points forts et les faiblesses du bâtiment. Un diagnostic énergétique détaillé permet d’identifier les gisements d’économies les plus pertinents. Cela inclut l’isolation, la ventilation, l’éclairage, les dispositifs de chauffage et de climatisation, ainsi que la gestion technique du bâtiment. - Optimiser l’exploitation et la maintenance
Ajuster la température de consigne dans les bureaux, favoriser la détection de présence pour l’éclairage, moderniser la supervision des équipements… Les gestes quotidiens peuvent conduire à des baisses significatives de la consommation. La formation du personnel de maintenance ou la mise en place de contrats de performance énergétique donnent aussi des résultats concrets. - Mettre en place des solutions techniques
Le remplacement d’équipements énergivores par des dispositifs plus vertueux (pompes à chaleur, chaudières à haute performance, LED pour l’éclairage, etc.) représente un levier majeur. Selon l’ADEME, le simple fait de passer d’un éclairage fluorescent à des LED, couplé à des détecteurs de présence, génère parfois 30 % à 40 % de gains sur la facture d’électricité liée à l’éclairage. - Isoler les parois et revoir l’étanchéité à l’air
Les pertes de chaleur à travers les murs, la toiture ou les fenêtres demeurent fréquentes dans les bâtiments anciens. Améliorer l’isolation par l’intérieur ou par l’extérieur, remplacer les menuiseries ou installer des protections solaires (brise-soleil, rideaux, films réfléchissants) apporte un confort supplémentaire et une diminution des charges thermiques. - Sensibiliser les occupants
Les utilisateurs du bâtiment peuvent participer activement à la limitation des consommations. Afficher les résultats, expliquer l’impact des gestes du quotidien, mettre en place un système d’alerte en cas de dérive… L’implication de chacun est une composante clé du succès.

Tableaux des étapes et des dates clés
Voici un récapitulatif des échéances liées à la mise en place du Décret tertiaire :
Échéance | Action | Plateforme / Moyen |
---|---|---|
1er rapport (septembre 2022) | Saisie des consommations de référence et consommation annuelle | OPERAT (ADEME) |
Annuellement | Mise à jour des données de consommation | OPERAT (ADEME) |
2030 | Objectif de -40% par rapport à l’année de référence | Programme de travaux et optimisations |
2040 | Objectif de -50% | Poursuite des mesures et analyse des résultats |
2050 | Objectif de -60% | Complément d’actions et réévaluation globale |
Les dates précises de déclaration peuvent varier légèrement selon les arrêtés. En cas de retard, des amendes ou pénalités financières sont à prévoir, ce qui souligne l’intérêt d’une bonne anticipation.
Conséquences et sanctions en cas de non-respect
Le Décret tertiaire comporte un volet coercitif. Les contrevenants, qu’il s’agisse du propriétaire ou de l’occupant, s’exposent à des sanctions financières si la baisse attendue des consommations n’est pas atteinte ou si les données ne sont pas déclarées dans les temps. Les autorités peuvent également demander la publication des manquements, ce qui affecte l’image de marque des entreprises concernées.
La mise en place d’un suivi rigoureux des consommations annuelles est le premier réflexe à adopter pour éviter ces désagréments. Vous pouvez aussi recourir à un expert spécialisé en performance énergétique pour bénéficier d’un accompagnement lors du processus. Cet appui extérieur peut faciliter la gestion du planning des travaux, le chiffrage des investissements et le calcul du retour sur investissement.
Méthodes d’évaluation et de suivi
La performance énergétique peut se contrôler via différents indicateurs. L’un des plus courants est le kWh/m²/an, qui rapporte la consommation totale à la surface utile. Il est aussi possible de l’ajuster en fonction de la météo ou de la fréquentation, afin de tenir compte des variations d’usage. Les bilans périodiques aident à repérer si le bâtiment dérive ou progresse vers les seuils réglementaires.
OPERAT offre des fonctionnalités pour générer des rapports consolidés et comparer les données à d’autres établissements similaires. Cette mutualisation de l’information permet de partager les bonnes pratiques et de créer une émulation positive au sein des acteurs du tertiaire.
Financement des travaux et aides disponibles
La mise en œuvre du Décret tertiaire peut impliquer des coûts. Des aides financières sont disponibles :
- Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) : ils encouragent les travaux d’amélioration, comme l’isolation ou le changement de chaudière, et génèrent des « primes CEE » versées par les obligés (fournisseurs d’énergie).
- Le Fonds chaleur de l’ADEME : il soutient les installations de production de chaleur renouvelable (biomasse, géothermie, solaire thermique, etc.).
- Les Eco-prêts à taux zéro pour les copropriétés ou certaines structures, permettant de financer des travaux sans payer d’intérêts.
- Les subventions régionales ou locales : plusieurs collectivités proposent des dispositifs spécifiques pour diminuer l’empreinte carbone des parcs immobiliers.
Ces leviers facilitent la transition énergétique, même pour les entreprises disposant d’un budget limité. Les économies réalisées sur la facture énergétique, combinées à ces subventions, améliorent la rentabilité des projets de rénovation.

Exemples de projets réussis
Divers projets témoignent de l’impact positif du Décret tertiaire :
- Requalification d’un immeuble de bureaux en centre-ville : remplacement du système de climatisation vétuste par une pompe à chaleur réversible, isolation de la toiture et installation de détecteurs de mouvement pour l’éclairage. Résultat : baisse de 35 % des consommations globales et amélioration du confort des occupants.
- Modernisation d’un hypermarché : mise en place de portes sur les meubles réfrigérés, éclairage 100 % LED, régulation fine des températures pour la zone de vente. Les économies dépassent les 25 %, avec un temps de retour sur investissement de quelques années.
Ces exemples montrent que le Décret tertiaire peut stimuler des opérations de rénovation d’envergure, tout en offrant un retour financier mesurable.
Perspectives et recommandation finale
Le Décret tertiaire s’inscrit dans une dynamique de long terme. Les objectifs fixés jusqu’en 2050 nécessitent des efforts continus. L’anticipation et la planification sont deux maîtres-mots pour progresser avec sérénité. Des solutions existent à chaque stade : audit énergétique pour analyser la situation, élaboration d’un plan de travaux, sensibilisation des équipes et vérification annuelle des consommations.
Faites appel à des professionnels si vous ressentez le besoin d’un accompagnement complet. Prenez le temps de consulter les ressources mises à disposition par l’ADEME et de comparer les offres de fournisseurs d’énergie, afin d’identifier d’éventuels mécanismes de valorisation des économies d’énergie. Les efforts consentis aujourd’hui contribueront à rendre votre bâtiment plus sobre et à diminuer les charges d’exploitation, tout en respectant l’environnement.
Envie de partager votre expérience ou de poser une question précise ? Vous pouvez utiliser les forums spécialisés ou les services en ligne pour dialoguer avec d’autres professionnels du secteur tertiaire. Les échanges permettent souvent de découvrir des actions concrètes et de gagner du temps dans la mise en conformité. Les progrès collectifs renforcent la dynamique globale de préservation des ressources et placent chacun dans une démarche d’amélioration continue.