Le château de Vaduz (Schloss Vaduz en allemand) domine la capitale du Liechtenstein depuis un éperon rocheux qui contrôle la vallée du Rhin. À la fois forteresse médiévale et résidence princière, il concentre plusieurs siècles d’architecture alpine : un bergfried du XIIᵉ siècle aux murs massifs, des courtines renforcées au XVIᵉ siècle, des salles renaissantes réaménagées après la guerre souabe, puis d’importantes restaurations aux XIXᵉ et XXᵉ siècles. Cette stratification en fait un point de repère majeur du pays et l’un des ensembles castraux les mieux documentés de la région, même s’il n’est pas ouvert au public.
Le château de Vaduz se lit donc surtout depuis l’extérieur, où chaque façade montre une étape de son histoire et de son adaptation progressive au rôle de résidence du prince du Liechtenstein.
Histoire du château de Vaduz
L’ancien propriétaire, qui était vraisemblablement aussi le constructeur, était le comte Rudolf von Werdenberg-Sargans. Le bergfried (donjon construit au 12ᵉ siècle) et les parties du côté est sont les plus anciennes. La tour se trouve sur un terrain d’environ 12 x 13 m. Au rez-de-chaussée, les murs de la tour ont une épaisseur allant jusqu’à 4 mètres. L’entrée d’origine se trouvait du côté de la cour à une hauteur d’environ 11 mètres, selon un dispositif défensif courant dans les châteaux médiévaux.
La chapelle de Sainte-Anne a probablement été construite au Moyen Âge. Son autel principal est de style gothique tardif. Lors de la guerre souabe de 1499, le château fut incendié par la Confédération suisse. Le côté ouest a ensuite été élargi par le comte Kaspar von Hohenems (1613-1640).
La famille princière du Liechtenstein a acquis le château de Vaduz en 1712 quand elle a acheté le comté de Vaduz. À cette époque, Charles VI, empereur romain germanique, a combiné le comté avec la seigneurie de Schellenberg, achetée par les Liechtenstein en 1699, pour former l’actuelle Principauté.
Implantation et rôle défensif
Le château est construit sur un éperon rocheux à environ 570 m d’altitude, au-dessus des maisons de Valduz. Cette position offre une vue dégagée sur la vallée du Rhin et sur les voies de passage nord–sud.
À l’origine, il s’agit avant tout d’une forteresse seigneuriale : le puissant donjon rectangulaire du 12ᵉ siècle domine le dispositif, complété par un corps de logis et des courtines qui suivent la topographie du rocher. Les épais murs du bergfried, jusqu’à 4 mètres à la base, sont caractéristiques des constructions défensives de cette période, conçues pour résister aussi bien aux projectiles qu’aux incendies.
Évolution des volumes : tours, rondelles et corps de logis
Entre le début du 16ᵉ siècle et le 17ᵉ siècle, plusieurs campagnes de travaux transforment sensiblement la silhouette du château. Sous les comtes de Sulz (propriétaires de 1510 à 1613), la forteresse est restaurée et modernisée sur le plan défensif. Une nouvelle chapelle est construite après 1499 à l’emplacement d’un ancien espace de service, puis le grand logis (palas) est remanié en 1528 avec une façade à arcades aveugles, typique du vocabulaire renaissant dans la région.
Dans le même temps, deux tours bastionnées circulaires, appelées rondelles, sont ajoutées : la rondelle sud en 1523 et la rondelle nord en 1528/29. Leurs murs atteignent par endroits jusqu’à 5 m d’épaisseur, ce qui améliore considérablement la résistance du château aux tirs d’artillerie naissante.
Ces ajouts donnent au château son plan irrégulier actuel, où le noyau médiéval est ceinturé par des ouvrages du 16ème, reconnaissables à leurs volumes arrondis et à leur fonction de batterie d’angle.
Chapelle Sainte-Anne et décors de la Renaissance
Après l’incendie de 1499, la chapelle du château est reconstruite et dédiée à sainte Anne. Les sources locales indiquent que cette chapelle remplace un ancien espace utilitaire ou réfectoire.
L’autel principal, de style gothique tardif, témoigne de la transition entre la fin du Moyen Âge et la première Renaissance dans l’art religieux de la région. À l’intérieur du château, un « Schöner Saal » (« beau salon ») est aménagé vers 1540. Ce grand espace de représentation est doté de peintures murales de la Renaissance, mentionnées dans l’inventaire des monuments d’art du Liechtenstein.
Ce type de salle d’apparat illustre la fonction résidentielle grandissante du château au 16ᵉ siècle : à côté de la défense pure, le confort et la mise en scène du pouvoir princier prennent une place plus importante.
Aménagements baroques et jardin en terrasse
Au 17ème siècle, sous les comtes de Hohenems (1613–1712), le château est complété par de nouveaux aménagements résidentiels. Les sources mentionnent la création d’un jardin baroque en 1642.
Ce jardin, organisé en terrasses au pied des façades, s’inscrit dans le paysage du versant sud du château. Il marque l’intégration progressive de la résidence dans un cadre paysager, avec des fonctions de promenade et de représentation plus marquées que dans la phase purement médiévale.
Restaurations des XIXᵉ–XXᵉ siècles
À partir du 18ème siècle, le château, rebaptisé Hohenliechtenstein, sert de siège à l’administration seigneuriale (Landvogtei) avec des logements dans l’aile ouest, mais il tombe peu à peu en partie en ruine au 19ème siècle. Un premier cycle de réparations est mené en 1896/97 par l’architecte viennois Gustav Ritter von Neumann, responsable du service de construction princier.
Une restauration plus radicale intervient ensuite : les sources datent une grande campagne de restauration entre 1904 et 1912, prolongée au début des années 1920 sous le prince Johann II.
Au cours des années 1930, le prince Franz Josef II fait encore agrandir et adapter le château pour en faire une résidence familiale, avec la réorganisation de certains espaces d’habitation et des services.
Résidence princière actuelle et accès
Depuis 1938, le château de Vaduz est la résidence principale de la famille princière du Liechtenstein. Le prince Hans-Adam II et l’héritier du trône, le prince héritier Alois, y ont grandi et y résident encore, ce qui confère au bâtiment un statut historique et pleinement vivant dans la vie politique du pays.
Le château domine toujours la capitale et est un repère majeur de la Principauté. Il se visite uniquement de l’extérieur : l’édifice n’est pas ouvert au public, mais plusieurs sentiers de randonnée, dans les vignobles et le long du versant, permettent d’observer ses différentes façades et d’apprécier le contraste entre le noyau médiéval, les bastions du 16ᵉ siècle et les volumes remaniés aux 19ᵉ–20ᵉ siècles.