L’assurance emprunteur n’intéresse pas grand-monde le jour où l’on signe son crédit immobilier. On regarde surtout le taux, on discute un peu des frais de dossier, puis on accepte l’assurance proposée par la banque pour « gagner du temps ». Pourtant, cette ligne peut représenter entre un quart et presque la moitié du coût total du prêt. Avec la loi Lemoine, vous pouvez désormais changer d’assurance à tout moment, sans frais, même si votre crédit est déjà en cours. Cela ouvre un vrai levier d’économie.
Encore faut-il savoir comment comparer ou résilier, et dans quel ordre s’y prendre pour basculer vers une offre plus intéressante. Un mot d’un conseiller en agence résume le sujet : « L’assurance, c’est là où vous avez vraiment de la marge ». Cet article vise à vous aider à utiliser cette marge en toute lucidité.
Un coût qui pèse lourd dans votre crédit
Sur un prêt immobilier, l’assurance emprunteur représente en moyenne entre 25 % et 35 % du coût total du crédit, avec des situations où cette part monte jusqu’à 40–45 %. Pour un emprunt de 200 000 € sur 20 ans, certaines simulations évoquent un coût autour de 16 000 €. Ce n’est donc pas un détail.
Depuis 2010, plusieurs lois ont relancé la concurrence : Lagarde, Hamon, Bourquin, puis Lemoine. Cette dernière a accéléré le mouvement : selon un article du Monde, le coût de l’assurance emprunteur a baissé d’environ 40 % depuis 2010, grâce à ces réformes et à l’ouverture du marché.
Malgré cette baisse, beaucoup de ménages continuent de payer trop cher. L’association UFC-Que Choisir a montré qu’un changement d’assurance emprunteur peut générer en moyenne autour de 10 500 € d’économies sur la durée du crédit, d’après une étude menée auprès de 2 400 consommateurs.
Le paradoxe, c’est que la grande majorité des emprunteurs ne bouge pas. Selon un rapport cité par l’UFC-Que Choisir en 2024, 84 % ne changent jamais d’assurance, par manque d’information.
Ce que couvre l’assurance emprunteur
L’assurance emprunteur protège la banque, mais aussi votre foyer. Elle prend le relais pour rembourser tout ou partie des échéances en cas de coup dur, selon les garanties souscrites :
- Décès : le capital restant dû est remboursé à la banque dans la limite de la quotité assurée.
- Perte totale et irréversible d’autonomie (PTIA) : vous ne pouvez plus exercer une activité.
- Invalidité permanente (totale ou partielle) : votre capacité de travail baisse durablement.
- Incapacité temporaire de travail (arrêt de travail prolongé).
- Garanties perte d’emploi dans certains contrats, souvent en option, avec des limites.
Comment comparer les offres sans se perdre ?
Comparer plusieurs assurances peut être pénible si vous regardez uniquement les prix. Pour y voir clair, concentrez-vous sur quelques éléments : le TAEA, le mode de calcul des cotisations (sur capital initial ou restant dû), les garanties couvertes et leurs limites. La fiche standardisée fournie par la banque vous sert de repère. Elle vous aide à vérifier si les garanties du nouveau contrat correspondent à ce que la banque exige vraiment. C’est souvent ce document qui évite les allers-retours inutiles.
Si vous préférez gagner du temps, vous pouvez utiliser un comparateur d’assurance de prêt immobilier comme switchassur.fr. Lancé en 2018, ce service propose des devis construits sur la même base, avec les mêmes quotités et la même durée restante. Vous pouvez souscrire directement en ligne ou demander l’aide de conseillers dédiés, ce qui rassure beaucoup d’emprunteurs qui hésitent à changer seuls.
Une fois les offres sous les yeux, prenez le temps de regarder les exclusions, les délais d’attente et les conditions d’indemnisation. Deux contrats qui semblent proches peuvent cacher des limites très différentes, et c’est souvent à cet endroit que se joue l’intérêt réel de votre changement.
Résilier : ce que les lois vous permettent désormais
Depuis plus de dix ans, plusieurs textes ont ouvert la porte au changement d’assurance. La loi Lagarde a permis de choisir une assurance externe dès la souscription du prêt. La loi Hamon a ajouté la possibilité de changer dans la première année. Puis l’amendement Bourquin a instauré une résiliation annuelle. Beaucoup d’emprunteurs se souviennent de cette période où il fallait surveiller la date anniversaire du contrat pour ne pas rater le créneau. Cette contrainte décourageait beaucoup de ménages.
La loi Lemoine a simplifié tout cela. Depuis 2022, vous pouvez résilier votre assurance emprunteur à tout moment, sans frais ni pénalité. C’est valable pour tous les prêts immobiliers déjà en cours. Plus besoin d’attendre une date précise, ni de fournir un motif spécial. La banque doit répondre sous dix jours ouvrés et justifier tout refus. Cette règle a changé le rapport de force : les emprunteurs n’ont plus à « demander la permission », mais simplement à présenter un nouveau contrat équivalent.
Ce mot (équivalent) est au cœur du processus. La banque ne peut pas refuser votre nouveau contrat si les garanties correspondent à celles qu’elle demande. La grille de référence du CCSF sert de base à cette comparaison. La plupart des assureurs alternatifs fournissent d’ailleurs un document déjà rempli, ce qui accélère l’accord. Si un refus vous semble injustifié, vous pouvez demander une réponse écrite, puis saisir le service réclamations ou le médiateur. Dans la pratique, un dossier clair et bien préparé suffit presque toujours à faire accepter le changement. C’est là que certains bloquent au début.
Basculer vers une nouvelle assurance : la méthode
Changer d’assurance demande un peu d’organisation, mais ce n’est pas compliqué si vous suivez un ordre clair. L’idée est de comprendre votre contrat actuel, comparer sur une base solide, sécuriser l’accord de l’assureur choisi, puis transmettre le dossier complet à la banque. Cela évite les retards, les refus et les périodes sans couverture. Voici les différentes étapes, de façon concise :
- Relire votre contrat actuel : garanties, quotité, mode de calcul des cotisations, durée restante.
- Demander plusieurs devis comparables : même montant restant dû, durée, quotités.
- Vérifier l’équivalence des garanties : s’appuyer sur la fiche standardisée et la grille CCSF.
- Obtenir la proposition du nouvel assureur : elle servira de base à la demande de substitution.
- Envoyer le dossier à la banque : demande de changement, nouveau contrat, fiche d’équivalence.
- Attendre la réponse écrite : ne résiliez jamais l’ancien contrat avant la confirmation finale.
Comment négocier avec sa banque ?
Quand vous arrivez avec un nouveau contrat d’assurance de prêt, la banque peut se montrer réticente et prudente. L’assurance emprunteur représente une source de revenus stable pour elle, et perdre ce contrat n’est jamais une bonne nouvelle de son point de vue. Cela explique certaines réactions un peu froides, surtout si vous annoncez vouloir résilier votre assurance emprunteur sans explication. Mieux vaut donc rester calme et clair sur vos attentes, sans entrer dans un rapport de force.
La discussion se passe mieux quand vous présentez les choses comme une mise à jour normale de votre dossier. Vous pouvez montrer la proposition concurrente, rappeler que la loi Lemoine autorise le changement à tout moment et demander si la banque peut s’en approcher. Parfois, elle propose une formule plus abordable. Parfois non. Mais poser la question vous donne un point de comparaison.
Et si la banque est toujours hésitante, un dossier propre suffit à avancer : documents complets, équivalence de garanties déjà vérifiée, certificat du nouvel assureur prêt à l’emploi. Plus votre demande est structurée, moins la banque a de raisons de traîner. L’idée n’est pas de « gagner » contre elle, mais d’obtenir un accord. Dans la majorité des cas, la conversation se termine simplement par un feu vert.