Casablanca n’est pas uniquement la plus grande ville du Maroc. C’est aussi l’une des capitales mondiales de l’Art déco, avec un héritage bâti que peu de métropoles peuvent égaler. Entre les années 1910 et 1956, la ville a vu surgir des immeubles, des cinémas et des places publiques d’une élégance saisissante, fruit d’une rencontre unique entre le modernisme européen et les traditions architecturales marocaines. Ce guide vous emmène à la découverte des plus beaux bâtiments et quartiers Art déco de la ville blanche.
L’essentiel :
- Casablanca abrite l’un des plus grands ensembles Art déco du monde, construit principalement entre 1912 et 1956.
- L’association Casamémoire a fait inscrire plus d’une centaine de bâtiments au Patrimoine national marocain.
- Les architectes français comme Pierre Jabin, Marius Boyer ou Edmond Brion ont façonné l’identité visuelle du centre-ville.
- La Place Mohammed V est le point de départ idéal pour explorer le quartier Art déco à pied.
- Des visites guidées par des architectes permettent de découvrir ces bâtiments avec un regard expert.
Casablanca, capitale mondiale de l’Art déco : pourquoi cette ville ?
Rares sont les villes qui ont concentré autant de constructions Art déco sur une période aussi courte. Casablanca est l’une d’elles, et son histoire explique ce phénomène.
L’histoire de l’Art déco marocain au début du XXe siècle
L’Art déco est un mouvement né progressivement dans les années 1910 et qui a pris son plein épanouissement au cours des années 1920. À Casablanca, il arrive dans les bagages du protectorat français, qui transforme une ville portuaire modeste en métropole moderne à vitesse accélérée. Le chantier est colossal : entre 1912 et 1956, des quartiers entiers sortent de terre selon des plans d’urbanisme ambitieux. Les architectes français débarquent avec leurs carnets de croquis et leurs idées neuves, et la ville devient un vaste laboratoire architectural.
Ce contexte explique pourquoi Casablanca possède aujourd’hui un tissu bâti Art déco d’une densité exceptionnelle. L’association Casamémoire a depuis fait inscrire plus d’une centaine de ces bâtiments au Patrimoine national, reconnaissant officiellement la valeur de cet héritage.
Les caractéristiques architecturales de l’Art déco casablancais
À Casablanca, l’Art déco prend des formes spécifiques qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les façades jouent sur la géométrie pure : lignes verticales marquées, balcons en fer forgé, ornements sculptés sobres. Les rez-de-chaussée accueillent parfois des arcades couvertes qui protègent les passants du soleil. Les immeubles d’angle sont travaillés, avec des rotondes vitrées ou des traitements verticaux sur plusieurs travées.
Trois styles architecturaux coexistent dans le centre-ville : l’Art déco, l’Art nouveau et le Bauhaus. Cette diversité donne à chaque rue une richesse visuelle rare.
L’influence française et les touches locales
L’empreinte française est évidente dans la structure des façades et le vocabulaire ornemental. Mais les architectes qui travaillent à Casablanca intègrent aussi des éléments locaux : moucharabiehs en ciment, références aux motifs géométriques de l’artisanat marocain, toits-terrasses adaptés au climat. Cette hybridation donne naissance à ce qu’on appelle parfois le style mauresque-Art déco, une synthèse que la ville est seule à posséder à cette échelle.
Autour des immeubles Art déco, plusieurs édifices publics adoptent un style néo-marocain, qui associe des volumes modernes à une riche ornementation inspirée de l’architecture traditionnelle marocaine. C’est notamment le cas du siège de Bank Al-Maghrib, sur la place Mohammed V.
Les monuments Art déco incontournables de Casablanca
Parmi les centaines de bâtiments remarquables que compte la ville, quatre se distinguent par leur histoire, leur qualité architecturale et leur état de conservation.
Le Cinéma Rialto : joyau du divertissement des années 1930
Construit en 1929 par l’architecte Pierre Jabin, le Cinéma Rialto est l’un des témoins les plus éloquents de la Casablanca de l’entre-deux-guerres. Sa façade sobrement géométrique, ses lignes verticales marquées et ses balcons conservés en font un exemple parfait de l’Art déco appliqué aux salles de spectacle. Avec ses 1 300 places dont 400 en mezzanine, il était l’une des plus grandes salles du Maroc à son inauguration. Aujourd’hui encore, il accueille projections et événements culturels en plein centre-ville.
L’Immeuble El Glaoui : splendeur et raffinement urbain
Construit entre 1922 et 1927 par les architectes Marius Boyer et Jean Balois, l’Immeuble El Glaoui est l’une des pièces maîtresses du boulevard Mohammed V. Commandé par le Pacha de Marrakech, il affiche une façade monumentale avec une colonnade en marbre reliant les deuxième et troisième étages, une galerie protégée par des moucharabiehs en ciment et un passage commerçant à rotondes vitrées. Antoine de Saint-Exupéry y séjourna avec son épouse, ce qui en fait aussi un lieu chargé d’histoire littéraire.
Le Grand Bon Marché : commerce et modernité
Œuvre des architectes Edmond Brion, Auguste Cadet et Marcel Desmet, l’Immeuble du Grand Bon Marché témoigne du soin apporté même aux bâtiments à vocation commerciale. La composition architecturale de sa façade, son traitement des ouvertures et ses détails ornementaux en font l’un des exemples les plus aboutis de l’Art déco commercial casablancais. Un bâtiment qu’on remarque d’abord pour son élégance, avant de réaliser qu’il abritait à l’origine un grand magasin.
L’Immeuble La Princière : élégance résidentielle
Situé au 55 rue Driss Lahrizi (anciennement rue Gallieni), cet immeuble des années 1920 signé par l’architecte français Alexandre Cormier illustre la transition vers des formes épurées et fonctionnelles. Façades symétriques, balcons en fer forgé, ornements sculptés : tout y est mesuré, élégant, sans excès. Classé au patrimoine architectural de la ville, il recèle aussi quelques surprises intérieures, dont un escalier tapissé de miroirs et un café discret à l’étage fréquenté par les habitués du quartier.
Les quartiers Art déco à explorer à Casablanca
L’Art déco casablancais ne se résume pas à quelques bâtiments isolés. Ce sont des quartiers entiers qui ont été pensés et construits dans cet esprit.
Le centre-ville : cœur battant de l’architecture Art déco
Le centre-ville de Casablanca est le terrain de jeu idéal pour qui veut s’immerger dans l’Art déco. La Place Mohammed V constitue le point de départ naturel de toute balade architecturale. Le Palais de Justice et la Banque du Maroc qui l’encadrent donnent d’emblée le ton : volumes imposants, géométrie affirmée, détails soignés. Le Marché Central, conçu par Pierre Bousquet entre 1918 et 1919, complète ce tableau avec ses arcades et ses passages couverts encadrés par le boulevard Mohamed V.
Le quartier de Habous : entre tradition et modernité
Le quartier Habous occupe une place à part dans l’histoire architecturale de Casablanca. Conçu dans les années 1930, il propose une synthèse entre l’urbanisme européen et l’architecture néo-mauresque, avec ses ruelles piétonnes, ses arcades et ses façades ornementées. Ce n’est pas de l’Art déco pur, mais la juxtaposition des deux styles illustre parfaitement la tension créatrice qui animait les architectes de l’époque. Une promenade dans Habous permet de comprendre comment la ville cherchait à réconcilier modernité et traditions locales.
La Liberté : promenade architecturale incontournable
Le quartier de la Liberté offre une autre facette du patrimoine bâti casablancais. Ses rues résidentielles alignent des immeubles et des villas Art déco dans un état de conservation variable, mais souvent remarquable. C’est ici qu’on trouve des exemples de l’Art déco appliqué à l’habitat privé : façades plus intimes, jardins, détails sculptés sur les encadrements de fenêtres. Moins spectaculaire que le centre-ville, ce quartier est pourtant indispensable pour comprendre comment l’Art déco a structuré la vie quotidienne des Casablancais d’alors.
Où dormir, manger et se balader dans l’Art déco casablancais ?
Visiter l’Art déco de Casablanca, c’est aussi choisir où séjourner et où manger pour prolonger l’expérience.
Les hôtels Art déco pour une immersion authentique
Le Royal Mansour Casablanca, situé au 27 avenue des Forces Armées Royales, vient de rouvrir après huit ans de travaux. L’hôtel, dont l’histoire remonte aux années 1950, a été rénové dans le respect de son architecture d’origine : mobilier épuré, volumes grandioses, codes des années 1950 revisités avec sobriété. Son spa de 2 500 m², ses trois restaurants gastronomiques et son rooftop avec vue sur la ville en font une adresse de référence. Même sans y séjourner, y prendre un verre au rooftop vaut le détour.
Les restaurants et cafés historiques à ne pas manquer
Le restaurant Jasmine, situé au 9 rue Dr Veyre dans une villa Art déco rehaussée de vitraux colorés, figure parmi les meilleures tables de Casablanca. La cuisine marocaine traditionnelle y est orchestrée par une tabakha, une cuisinière traditionnelle, avec des produits locaux de qualité et une touche contemporaine. L’adresse est affiliée Relais & Châteaux, ce qui dit tout de son niveau d’exigence.
Le Café La Sqala, installé dans les canons d’un ancien poste de défense, mérite aussi une halte. Son jardin andalou intérieur avec plantes exotiques et parterres de fleurs crée une atmosphère hors du temps.
Les itinéraires de balade pour admirer l’architecture
L’association Casamémoire organise des visites guidées à travers les quartiers Art déco. Ces parcours, animés par des architectes, permettent d’aller au-delà de la simple observation et de comprendre les logiques de composition, les références stylistiques et l’histoire des bâtiments. Des circuits thématiques couvrent différentes zones : du centre-ville à Habous, de la Liberté à l’Ancienne Médina. Pour une première visite, le circuit « centre-ville et Ancienne Médina » offre la densité architecturale la plus forte sur une durée de quatre heures.
L’Art déco casablancais face à l’architecture contemporaine
Casablanca ne vit pas uniquement dans le passé. La ville se transforme, et cette transformation pose des questions concrètes sur la place du patrimoine Art déco dans la métropole du XXIe siècle.
La transformation urbaine de Casablanca au XXIe siècle
La gare de Casa-Port, inaugurée en 2015 et conçue par AREP et Groupe3 Architectes, symbolise cette évolution. Positionnée au cœur de la ville, à proximité du port, de la marina et de la mosquée Hassan II, elle assure la liaison ferroviaire à grande vitesse Tanger-Casablanca. Ce projet illustre comment Casablanca articule son héritage architectural avec des infrastructures modernes, sans nier l’un au profit de l’autre.
La mosquée Hassan II, inaugurée en 1993 par l’architecte Michel Pinseau, reste le monument le plus spectaculaire de la ville contemporaine. Avec son minaret de 210 mètres et ses matériaux issus de tout le pays (marbre d’Agadir, cèdre du Moyen Atlas, granit de Tafraoute), elle dialogue avec l’héritage historique tout en affirmant une ambition architecturale propre.
Préservation et restauration du patrimoine Art déco
La question de la préservation est centrale. Certains bâtiments Art déco sont en excellent état, d’autres souffrent de décennies de sous-entretien. L’action de Casamémoire a permis de sauver des édifices menacés de démolition et de sensibiliser les autorités locales à la valeur de ce patrimoine. Plus d’une centaine de bâtiments inscrits au Patrimoine national, c’est une victoire. Mais la pression immobilière dans le centre-ville reste forte, et chaque immeuble non protégé est potentiellement vulnérable.
La Villa des Arts, construite dans les années 1930 au 30 boulevard Brahim Roudani, illustre une autre approche : transformer un bâtiment Art déco en espace culturel vivant, dédié aux expositions d’artistes locaux et internationaux. Ses détails architecturaux d’époque coexistent avec des installations contemporaines, ses jardins luxuriants accueillent des visiteurs qui viennent autant pour l’architecture que pour les œuvres exposées.
FAQ
Quel est le plus beau quartier Art déco de Casablanca ?
Le centre-ville, autour de la Place Mohammed V et du boulevard Mohammed V, concentre la plus grande densité de bâtiments Art déco remarquables. C’est là que se trouvent le Cinéma Rialto, l’Immeuble Glaoui et le Marché Central. Pour une balade plus résidentielle et moins touristique, le quartier de la Liberté offre une atmosphère différente avec ses immeubles et villas à taille humaine.
Quelle est l’histoire de l’Art déco au Maroc ?
L’Art déco arrive au Maroc dans le contexte du protectorat français, à partir des années 1910. Les architectes français qui travaillent à Casablanca adaptent ce style aux conditions climatiques et aux influences locales, créant un Art déco hybride qui mêle géométrie européenne et éléments mauresques. La période de construction la plus intense se situe entre 1912 et 1956.
Casablanca est-elle vraiment la capitale de l’Art déco ?
Casablanca est reconnue comme l’une des villes possédant le plus grand ensemble Art déco au monde. L’association Casamémoire a fait inscrire plus d’une centaine de bâtiments au Patrimoine national marocain, ce qui témoigne de la richesse et de la cohérence de cet héritage. La spécificité casablancaise tient à la fusion entre le style Art déco européen et les traditions architecturales marocaines, une synthèse qu’on ne retrouve nulle part ailleurs à cette échelle.
Quels sont les meilleurs bâtiments Art déco à visiter ?
Le Cinéma Rialto (1929, architecte Pierre Jabin), l’Immeuble Glaoui sur le boulevard Mohammed V (1922-1927, Marius Boyer et Jean Balois), l’Immeuble La Princière rue Driss Lahrizi (années 1920, Alexandre Cormier) et l’Immeuble du Grand Bon Marché (Edmond Brion, Auguste Cadet, Marcel Desmet) sont les quatre bâtiments les plus emblématiques. Le Marché Central et le Palais de Justice complètent utilement ce parcours.