Vous avez négocié le prix, imaginé vos meubles dans le salon et repéré la boulangerie du quartier. Puis une ligne apparaît dans votre budget : les frais de notaire. Quelques milliers d’euros, parfois plusieurs dizaines de milliers, qui ne figuraient pas dans vos projets de décoration. En France, ces frais sont en principe payés par l’acheteur. Le vendeur peut toutefois accepter de les prendre en charge, à condition de formaliser cet accord. Je vous propose de regarder qui règle quoi, ce que recouvre cette facture et quand vous devez disposer des fonds. Car une signature se prépare mieux avec des chiffres qu’avec des suppositions.
L’essentiel
- L’acheteur paie habituellement les frais d’acquisition, en supplément du prix du logement.
- Le vendeur peut en supporter tout ou partie si les documents de vente le prévoient expressément.
- La somme versée comprend surtout des taxes, auxquelles s’ajoutent la rémunération du notaire et les frais de formalités.
- Le montant dépend notamment du bien, de son prix, de sa localisation et du régime fiscal applicable.
- Deux notaires intervenant sur la même vente se partagent les émoluments : leur présence ne double pas les frais d’acte.
- Les fonds nécessaires doivent parvenir à l’étude avant la signature définitive.
L’acheteur paie : la règle de départ
L’article 1593 du Code civil met les frais d’actes et les accessoires de la vente à la charge de l’acheteur. Pour votre acquisition, cela signifie que le prix accepté par le vendeur n’est généralement qu’une partie de la somme à financer.
Vous achetez une maison affichée à 250 000 euros ? Sauf disposition contraire, les frais d’acquisition s’ajoutent à ce montant. Je vous conseille donc de les chiffrer avant de formuler votre offre. Attendre le compromis pour découvrir cette dépense, c’est un peu commander le repas avant de regarder les prix : l’appétit risque de changer.
Cette répartition ne dépend pas de la personne qui a proposé le notaire. Même si le vendeur vous oriente vers son étude habituelle, vous assumez normalement les frais de l’acte d’achat. Et si vous achetez sans emprunter, vous les payez également : ils accompagnent le transfert de propriété, indépendamment du crédit.
Une facture qui porte assez mal son nom
L’expression « frais de notaire » donne l’impression que toute la somme rémunère le professionnel. Je comprends le malentendu : vous effectuez un virement à son étude. Pourtant, une grande partie de cet argent repart vers l’État et les collectivités territoriales.
Le terme frais d’acquisition décrit mieux ce que vous financez. Voici les principaux postes que vous pouvez retrouver dans le décompte :
| Poste | À quoi correspond-il ? | À qui va l’argent ? |
|---|---|---|
| Droits et taxes | Fiscalité liée à l’acquisition, notamment les droits de mutation | État et collectivités territoriales |
| Émoluments de l’acte | Rémunération réglementée du travail notarial | Office notarial |
| Émoluments de formalités et débours | Démarches, documents et sommes avancées pour le dossier | Office et intervenants concernés, selon le poste |
| Contribution de sécurité immobilière, lorsqu’elle s’applique | Formalités de publicité foncière | État |
Les émoluments de vente suivent un barème réglementé. Leur calcul ne dépend donc pas d’un tarif improvisé entre deux rendez-vous. Des remises sont possibles dans les conditions prévues par les textes, mais elles ne portent pas sur les taxes collectées pour les pouvoirs publics.
Si une somme vous semble obscure, demandez son détail. Un intitulé comptable n’a pas vocation à vous laisser perplexe. Un notaire peut vous aider dans votre transaction immobilière en expliquant les montants annoncés, les vérifications menées et les engagements inscrits dans votre acte. Je vous encourage à poser vos questions dès les premiers échanges, lorsque vous avez encore le temps de comparer les chiffres avec votre financement.
Quel montant prévoir pour votre achat ?
Dans l’ancien, prévoyez une marge
Pour un logement ancien, le repère souvent cité se situe autour de 7 à 8 % du prix. Il ne s’agit toutefois pas d’un plafond. La hausse récente de certains droits départementaux peut pousser le total au-delà de 8 %, tandis que les dépenses fixes pèsent davantage sur une acquisition de faible valeur.
Je vous recommande d’utiliser ces pourcentages pour une première estimation, puis de demander un calcul à l’étude. Le département du bien et la date prévue pour la vente doivent figurer dans cette demande.
Prenons une hypothèse de travail : pour un achat à 250 000 euros, une provision estimée à 8 % représente 20 000 euros. Votre budget atteint alors 270 000 euros, avant d’éventuels frais de crédit, travaux ou honoraires d’agence facturés séparément. Ce calcul illustre une méthode ; il ne donne pas le tarif de votre dossier.
Dans le neuf, le régime fiscal change la facture
Les frais d’acquisition d’un logement neuf bénéficiant du régime fiscal réduit représentent généralement autour de 2 à 3 % du prix. C’est notamment le cas de nombreuses ventes réalisées par un promoteur et soumises à la TVA sur le prix total.
Attention au vocabulaire des annonces : un appartement récent revendu par un particulier ne bénéficie pas automatiquement de ces frais réduits. Sa date de construction ne suffit pas à trancher. Le régime de la vente compte davantage que l’âge de la peinture.
La hausse départementale et les primo-accédants
Entre le 1er avril 2025 et le 31 mars 2028, les départements peuvent relever le taux départemental des droits de mutation au-delà de 4,50 %, dans la limite de 5 %. Cette hausse dépend d’une décision locale : elle ne s’applique pas uniformément à toutes les acquisitions françaises.
Les primo-accédants qui achètent leur résidence principale échappent à cette majoration lorsqu’ils remplissent les conditions prévues. La notion vise notamment les personnes qui n’ont pas été propriétaires de leur résidence principale au cours des deux années précédant l’achat.
Cela ne signifie pas que tous leurs frais sont supprimés. Les autres droits applicables, les émoluments et les formalités doivent toujours être financés. Signalez votre situation au notaire pour qu’il examine votre éligibilité : cocher mentalement la case « premier achat » ne suffit pas à établir le calcul.
Le vendeur peut accepter de payer
La règle habituelle peut être aménagée par un accord entre les parties. Vous pouvez ainsi négocier une prise en charge partielle ou totale des frais d’acquisition par le vendeur.
Lorsque le prix est convenu frais d’acquisition inclus, on parle couramment de vente « acte en main ». Le vendeur supporte alors les frais prévus par la clause. Cet accord doit être rédigé avec précision dans l’avant-contrat puis dans l’acte définitif : quels postes sont couverts, pour quel montant et avec quel mécanisme de règlement ?
Je vous invite à discuter de cette possibilité pendant la négociation. Une promesse lancée pendant la visite, entre la cuisine et le garage, mérite une traduction écrite avant toute signature.
Regardez aussi le coût total. Un vendeur peut accepter les frais tout en demandant un prix plus élevé. Vous devez comparer la somme globale à débourser, et le vendeur le montant net qu’il percevra. La présentation commerciale ne fabrique pas une économie par elle-même.
Enfin, cette clause n’oblige pas votre banque à financer l’opération. Si vous espérez emprunter davantage grâce à cette répartition, faites valider le montage avant de vous engager.
Deux notaires, une seule enveloppe pour l’acte
Vous pouvez choisir votre propre notaire, même si le vendeur souhaite conserver le sien. Je trouve rassurant que vous puissiez vous adresser à un interlocuteur avec lequel vous échangez facilement, surtout pour un premier achat.
Pour le même acte de vente, l’intervention de deux notaires n’entraîne pas un doublement des frais. Les émoluments sont répartis entre les études, et les taxes ne sont pas prélevées deux fois.
La charge habituelle de l’acquéreur ne change donc pas du seul fait de cette double intervention. Une prestation distincte, commandée en dehors du traitement normal de la vente, peut en revanche faire l’objet d’une facturation séparée. Demandez alors son prix et son périmètre avant de la confier.
Les dépenses qui incombent au vendeur
Dire que l’acheteur paie les frais d’acquisition ne signifie pas que le vendeur traverse l’opération sans dépenses. Certaines lui reviennent en raison de ses propres obligations ou de la situation du logement.
Il supporte généralement le coût des diagnostics nécessaires à la vente. En copropriété, l’état daté établi par le syndic lui est également facturé. Si une inscription hypothécaire doit être levée pour vendre le bien, les frais de cette mainlevée sont normalement à sa charge. Une éventuelle imposition sur la plus-value concerne aussi le vendeur, sous réserve des exonérations applicables.
Les honoraires d’agence suivent, quant à eux, la répartition prévue au mandat et dans les documents de vente. Ils ne se confondent pas avec les frais d’acquisition.
Si vous vendez pour acheter ensuite, demandez deux décomptes : l’un pour connaître le produit net de votre vente, l’autre pour mesurer le coût de votre acquisition. Le prix affiché de votre ancien logement ne correspond pas forcément à la somme disponible pour le suivant.
À quel moment faut-il verser l’argent ?
Les frais d’acquisition doivent être provisionnés pour la signature de l’acte authentique. En pratique, l’étude vous adresse un appel de fonds et vous indique quand effectuer le virement afin que les sommes soient créditées avant le rendez-vous.
Ce document peut rassembler le solde du prix, la provision pour frais et certains ajustements entre vendeur et acheteur. Je vous conseille de le lire ligne par ligne : tout ce qui transite par le compte du notaire n’est pas une rémunération notariale.
Le dépôt de garantie versé au compromis correspond habituellement à une avance sur le prix. Il ne remplace pas les frais d’acquisition. Une provision pour la préparation du dossier peut d’ailleurs être demandée séparément.
Après la vente et l’accomplissement des formalités, l’étude arrête le compte définitif. Si vous avez versé davantage que les dépenses réellement dues, le trop-perçu vous est remboursé. Un complément peut aussi être demandé si la provision était insuffisante. Conservez le décompte final avec vos documents d’achat : il explique l’utilisation des fonds et vous évite de chercher, plusieurs mois plus tard, où chaque somme est partie.
Questions fréquentes
Peut-on partager les frais entre acheteur et vendeur ?
Oui. Les parties peuvent convenir d’une répartition différente de la règle habituelle. Je vous recommande de faire préciser par le notaire les dépenses concernées et le montant supporté par chacun. Un accord clair dans les documents contractuels vaut mieux qu’une formule générale du type « nous partagerons les frais ».
Peut-on inclure les frais de notaire dans le prêt immobilier ?
Certaines banques acceptent de financer le prix du bien et les frais annexes, selon votre dossier. Ce financement n’est pas un droit. Vous devez obtenir leur accord et intégrer son coût au calcul de votre emprunt. Si la banque exige que vous payiez les frais avec votre apport, prévoyez cette somme avant la signature.
Faut-il payer des frais pour un achat entre particuliers ?
Oui. L’absence d’agence immobilière ne supprime ni les taxes d’acquisition ni les frais de l’acte notarié. Vous évitez une éventuelle commission d’intermédiaire, mais vous devez toujours budgéter les frais liés au transfert de propriété.
Une offre « frais de notaire offerts » couvre-t-elle tout ?
Pas nécessairement. Dans un programme neuf, cette formule correspond à un avantage commercial dont vous devez lire les conditions. Vérifiez les frais pris en charge, les éventuels plafonds et les dépenses exclues, notamment celles liées à votre crédit. Comparez ensuite le prix global avec celui des autres logements envisagés.
Que demander au notaire avant de signer le compromis ?
Demandez une estimation des frais adaptée au bien, la répartition prévue entre les parties et la liste des dépenses annexes à anticiper. Précisez votre financement et votre éventuelle situation de primo-accédant. Je vous conseille aussi de demander à quelle date le calcul devra être actualisé : votre budget mérite autant d’attention que le nombre de placards.