Les maisons colorées de La Vila Joiosa (Villajoyosa) : un front de mer pensé comme une façade
Author: Douce Cahute — · Updated:
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- Quand vous arrivez à La Vila Joiosa par la mer ou par la route côtière, vous voyez d’abord un alignement dense de façades.
- Une bande compacte de maisons hautes, serrées les unes contre les autres, posées entre le sable et la ligne des anciens remparts.
- Jaune citron, vert menthe, bleu ciel, rouge brique : la palette change d’une travée à l’autre.
- Ce décor de carte postale n’est pas qu’une image.
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Quand vous arrivez à La Vila Joiosa par la mer ou par la route côtière, vous voyez d’abord un alignement dense de façades. Une bande compacte de maisons hautes, serrées les unes contre les autres, posées entre le sable et la ligne des anciens remparts. Jaune citron, vert menthe, bleu ciel, rouge brique : la palette change d’une travée à l’autre. Ce décor de carte postale n’est pas qu’une image. C’est un front bâti cohérent, issu d’une longue histoire entre pêche, commerce maritime et régulation urbaine.
Si vous travaillez dans l’architecture, ces façades intéressent pour autre chose que leur image. Elles montrent comment une petite ville portuaire a construit son identité avec des moyens modestes : parcelles étroites, structures en maçonnerie, enduits à la chaux et codes de couleur négociés rue par rue.
Un quartier classé entre mer, remparts et rivière
Un quartier classé entre mer, remparts et rivière
Le cœur ancien de La Vila Joiosa est installé sur un promontoire, encadré par la Méditerranée et la rivière Amadorio. Le tissu ancien suit la topographie : rues en pente, venelles qui descendent vers la plage, escaliers qui filent entre deux maisons. Les remparts de la Renaissance, bâtis au XVIᵉ siècle pour se défendre contre les corsaires, structurent encore le contour du centre ancien.
L’ensemble du quartier est aujourd’hui classé "Conjunto Histórico-Artístico" et "Bien de Interés Cultural" (BIC). Ce statut renforce la protection des façades et des volumes bâtis. Les textes officiels le présentent comme l’un des centres historiques les mieux conservés de la Communauté valencienne.
Pour un architecte, cela signifie que la célèbre bande de maisons colorées ne flotte pas seule devant la mer. Elle fait partie d’un dispositif urbain complet : remparts, rue Costera de la Mar en forte pente, et front bâti de la plage Centro qui dessinent ensemble une sorte de section urbaine très lisible.
Les "777 maisons de couleurs" : un paysage réglementé
Les "777 maisons de couleurs" : un paysage réglementé
Dans un document municipal dédié à l’intégration paysagère du front de mer, la commune parle de "777 casas de colores" (maisons colorées). Ce chiffre ne renvoie pas à un comptage statistique ultra précis, mais plutôt à un ensemble bien identifié le long de l’avenue maritime, entre l’embouchure de l’Amadorio et le port. C’est ce ruban de façades que les visiteurs reconnaissent immédiatement.
Ce front bâti a d’abord été un quartier de pêcheurs et de marins. Les maisons servaient à loger les familles, mais aussi à stocker filets et matériels au rez-de-chaussée, proche des barques tirées sur le sable. La bande de façades joue le rôle de "coulisse" urbaine derrière la plage : une sorte de mur habité, percé de portes, balcons, volets, et rythmé par les rez-de-chaussée commerciaux.
Aujourd’hui, une grande partie de ces immeubles est protégée par des catalogues municipaux. Changer la hauteur, percer un nouvel étage ou modifier la teinte d’une façade ne se fait pas au hasard ou à l'envie. Les propriétaires doivent composer avec des règles de couleur, de matériaux et de détails (balcons, menuiseries, garde-corps). L’enjeu est de maintenir une lecture continue du front de mer.
Légendes de marins et lecture depuis le large
Légendes de marins et lecture depuis le large
La raison la plus souvent donnée pour ces couleurs vient du monde de la pêche. De nombreux récits locaux racontent que les familles peignaient leurs façades dans des teintes très nettes pour que les marins reconnaissent leur maison en rentrant au port, parfois après une longue campagne. On évoque aussi des codes textiles : draps blancs pour annoncer une naissance, draps sombres pour signaler un deuil, accrochés aux fenêtres pour communiquer avec les bateaux encore au large.
Certaines versions ajoutent un détail plus ironique : les pulls tricotés par les femmes reprenaient la couleur de la maison, afin que les marins un peu éméchés sachent dans quelle porte entrer au retour. D’autres textes avancent une explication plus rationnelle : les teintes vives créeraient une impression de densité depuis le large, peu engageante pour les pirates qui cherchaient des cibles moins défendues.
Les historiens rappellent que ces récits relèvent surtout de la tradition orale. Ils n’empêchent pas une lecture plus pragmatique : dans un quartier formé de petites maisons mitoyennes, les couleurs fortes permettent de distinguer des unités qui, sans cela, se confondraient facilement. Pour un observateur venu par la mer, ce gradient devient une sorte de code visuel, presque un "plan de quartier".
Parcelles étroites, maisons hautes : une coupe typique
Parcelles étroites, maisons hautes : une coupe typique
Sur le plan, les maisons du front de mer reprennent une logique présente dans tout le centre ancien. Les parcelles sont étroites, souvent autour de 4 à 6 mètres en façade, et s’allongent vers l’arrière, avec des cours, des petits annexes ou des décrochements. Le gabarit courant oscille entre trois et cinq niveaux : rez-de-chaussée, deux ou trois étages, parfois un niveau de combles.
Cette verticalité tient autant au foncier limité qu’au besoin de multiplier les pièces. Au rez-de-chaussée, on trouve traditionnellement les usages liés à la pêche ou aux petits commerces. Les étages ont accueilli les pièces de vie, les chambres, puis, plus tard, des logements subdivisés. Aujourd’hui, la pression immobilière et touristique a poussé à la transformation d’une partie des étages supérieurs en hébergements saisonniers, sans effacer totalement les habitants à l’année.
Si vous observez le front de mer de profil, depuis le pont sur l’Amadorio ou depuis la plage, vous voyez bien cette coupe : base commerciale largement vitrée, puis superposition de niveaux avec balcons en encorbellement, volets à battants, parfois galeries fermées. L’alignement général des corniches donne une ligne continue au ciel, mais chaque maison affirme sa propre proportion de baies et de pleins.
Façades, enduits et palette : une architecture par la couleur
Façades, enduits et palette : une architecture par la couleur
Sur le plan constructif, les maisons de La Vila Joiosa prennent appui sur une maçonnerie traditionnelle : murs porteurs en pierre locale et briques, planchers bois ou mixtes, puis généralisation progressive du béton pour les planchers et les renforts. Les façades visibles aujourd’hui sont souvent le résultat d’enduits successifs à la chaux, parfois recouverts de peintures acryliques plus récentes.
Les teintes couvrent un large spectre, mais avec une logique. On trouve beaucoup de jaunes chauds, d’ocres, de bleus moyens, de verts légèrement grisés, de rouges tirant sur le brun. Ces couleurs dialoguent bien avec la lumière méditerranéenne : elles restent lisibles en plein soleil, accrochent la lumière rasante du matin et du soir, et ne saturent pas complètement la perception des volumes.
Les règles actuelles de protection encouragent la conservation de cette palette. Dans certains documents municipaux, on voit apparaître des nuanciers de référence pour les ravalements. L’idée n’est pas d’imposer un ton unique, mais d’éviter des teintes fluorescentes ou des enduits qui casseraient la continuité visuelle. On peut aussi lire une attention portée aux détails : menuiseries en bois ou en métal peint, volets battants conservés, garde-corps travaillés avec des motifs simples, souvent géométriques.
Si vous passez sur la promenade, prenez le temps de regarder les transitions entre deux maisons. Vous verrez des joints plus ou moins marqués, des corrections d’alignement, des différences de grain dans les enduits. Cette micro-topographie des façades montrent les campagnes de réhabilitation, les ajouts, les surélévations et les reprises de structure qui ont eu lieu sur la commune depuis des années.
Entre patrimoine, tourisme et habitants
Entre patrimoine, tourisme et habitants
Les maisons colorées sont devenues un motif touristique fort. De nombreux blogs de voyage, comptes Instagram et guides locaux utilisent ce front de mer comme image d’ouverture. La comparaison avec Burano en Italie revient souvent, même si le tissu urbain et l’histoire locale ne sont pas les mêmes.
Cette mise en avant a des effets concrets sur le quartier. Les rez-de-chaussée accueillent des cafés, des restaurants, des petites boutiques de souvenirs et des locations de courte durée. Certains habitants expliquent qu’ils voient défiler, chaque matin, des groupes organisés qui longent la promenade, s’arrêtent pour prendre quelques photographies puis repartent ensuite vers Benidorm ou Alicante.
Dans le même temps, la municipalité doit gérer la vie des résidents. Le statut de BIC entraîne des contraintes pour les travaux, mais aussi des discussions sur la fiscalité. Des associations de quartier se mobilisent pour limiter les hausses de taxe foncière liées aux plans de protection, et pour obtenir des aides à la rénovation. Des débats récents portent sur l’ajustement de l’IBI (impôt foncier) dans le périmètre du plan spécial de la ville historique. Chacun cherche un équilibre qui préserve le quartier.
Pour un urbaniste, La Vila Joiosa est un laboratoire de cohabitation entre patrimoine, tourisme côtier et résidentiel. La question n’est pas juste de conserver une image, mais de maintenir une économie locale, des commerces de proximité, des logements accessibles et des rues qui fonctionnent hors saison.
Comment regarder ces façades avec un œil d’architecte ?
Comment regarder ces façades avec un œil d’architecte ?
Si vous êtes architecte, étudiant ou curieux, vous pouvez utiliser La Vila Joiosa comme un carnet de croquis à ciel ouvert. Le front de mer se prête bien au dessin de façade : rapport plein/vide, trame des baies, symétries approximatives, petites dissymétries dues aux transformations successives.
Un exercice utile consiste à isoler trois ou quatre maisons colorées adjacentes dans un quartier du centre et à dessiner la façade sans couleur. Vous verrez que, une fois les teintes retirées, les volumes restent très proches : mêmes hauteurs de plancher, mêmes largeurs de travées, mêmes corniches. Ce sont les couleurs, les balcons, les stores et les enseignes qui fabriquent les différences visibles.
Une autre piste est de travailler en coupe. Depuis le pont sur l’Amadorio ou depuis le haut de la Costera de la Mar, imaginez une section qui traverse les remparts, les maisons et la plage. Vous obtenez un schéma où la ville médiévale, le front de mer du XIXᵉ siècle et les usages contemporains (promenade, terrasses, parkings) se superposent. Cette lecture aide à comprendre pourquoi les teintes des façades n’agissent pas seules, mais en relation avec le sol, les murs, les alignements et le ciel.
Enfin, si vous travaillez sur un projet de façade dans un contexte côtier, l’exemple de La Vila Joiosa rappelle une idée assez directe : la couleur n’est pas seulement un décor. C’est un outil pour structurer un paysage urbain, créer des repères, soutenir une mémoire commune et dialoguer avec une lumière très présente. À condition d’être pensée sur la durée et accompagnée par des règles lisibles pour les habitants, elle peut former un langage partagé plutôt qu’un simple motif de carte postale.
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