Hanuabada : un village motu sur pilotis à Port Moresby, Papouasie
Author: Douce Cahute — · Updated:
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- Quand vous arrivez à Port Moresby par la mer, Hanuabada se repère rapidement.
- Une frange de maisons serrées, posées sur des longs pieux, avance sur l’eau depuis le rivage.
- Le nom dit déjà beaucoup à propos de ce lieu : Hanuabada signifie « grand village » en langue motu.
- Ce village est lié à l’histoire même de la capitale.
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Quand vous arrivez à Port Moresby par la mer, Hanuabada se repère rapidement. Une frange de maisons serrées, posées sur des longs pieux, avance sur l’eau depuis le rivage. Le nom dit déjà beaucoup à propos de ce lieu : Hanuabada signifie "grand village" en langue motu.
Ce village est lié à l’histoire même de la capitale. Les Motu (avec les Koitabu) sont les habitants autochtones de la zone où la ville s’est développée. Aujourd’hui, Hanuabada est décrit comme l’un des derniers grands villages sur pilotis de Port Moresby encore visibles, avec Koki à l’autre extrémité.
Hanuabada, c’est un morceau de ville, construit avec ses propres règles, sa densité, ses accès, ses contraintes. Et comme toute architecture, elle répond à un besoin concret : habiter un bord de mer, dans une capitale qui a grandi vite, sur un terrain disputé, rare, et chargé de mémoire.
Un village littoral pris entre port, collines et capitale
Un village littoral pris entre port, collines et capitale
Hanuabada se situe sur le littoral de Port Moresby, côté Fairfax Harbour. Le site a un avantage évident : l’eau devient un espace utilisable. Là où le sol manque, vous gagnez des mètres carrés en avançant sur la mer. Les maisons, leurs annexes et les passerelles forment une "rue" au ras des vagues, avec une logique d’alignement qui suit le rivage plutôt que le plan d’urbanisme moderne.
Cette implantation n’a rien d’anecdotique. Dans les sources sur les Motu, on retrouve l’idée d’un peuple côtier, marin, installé sur la côte sud, dont la capitale s’est ensuite superposée au territoire. Hanuabada n’est donc pas un quartier ajouté tardivement : c’est l’une des couches d’origine.
Pourquoi des maisons sur pilotis ?
Pourquoi des maisons sur pilotis ?
La maison sur pilotis est parfois expliquée comme un choix "traditionnel". C’est vrai, mais le point de départ est pratique. Sur une côte chaude, l’air circule mieux au-dessus de l’eau.
Le plancher décollé du sol limite certains problèmes d’humidité et éloigne une bonne partie des insectes et animaux nuisibles. Et quand le rivage se charge d’activités portuaires, de routes et d’emprises publiques, prolonger l’habitat vers la mer permet de conserver une place au cœur de la capitale.
Les écrits sur Hanuabada soulignent aussi un point plus rude : l’espace manque. Les habitants décrivent un habitat très contraint, où l’extension "vers l’avant" ou "vers l’arrière" devient difficile, car tout est déjà pris. Dans ce contexte, la mer est tentante… mais elle impose ses propres limites.
Comment tient une maison sur pilotis à Hanuabada ?
Comment tient une maison sur pilotis à Hanuabada ?
Si vous observez les maisons depuis la berge, vous voyez d’abord la forêt de poteaux. Le principe est celui d’un plancher porté : des pieux plantés dans le fond, des traverses, puis un plateau habité. C’est un système très logique, tant que les assemblages sont suivis et que le bois n’est pas laissé à l’abandon.
Là où l’architecture devient intéressante, c’est dans les détails. Une maison sur pilotis n’est pas juste "posée" : elle doit gérer le passage. On circule par des passerelles, on arrive sur une petite plate-forme, on entre. En dessous, l’espace sert de zone de travail, de rangement ou de passage d’air. Ce vide technique est aussi une zone exposée : à la corrosion, aux déchets, aux eaux usées, aux réparations.
Sur l’habitat motu de Port Moresby, des sources UNESCO mentionnent ce type de maisons sur pilotis dans les villages concernés, ce qui confirme que ce mode constructif fait partie des formes reconnues du bâti local. Cette reconnaissance n’en fait pas un modèle muséifié. Elle souligne une continuité d’usage, encore visible, dans un contexte urbain pourtant soumis à de fortes pressions foncières et techniques.
Des matériaux qui ont changé
Des matériaux qui ont changé
Autrefois, les maisons sur pilotis d'Hanuabada étaient en bois avec des toitures en végétaux. C’est cohérent avec les techniques côtières du Pacifique. Mais à Hanuabada, l’image actuelle est largement celle de matériaux industrialisés : tôles ondulées, panneaux, éléments plus "urbains".
Un journal papou indique même que, dans le "Big Village", les habitations sont aujourd’hui souvent construites en bois et matériaux composites, avec des couvertures en tôle, plutôt qu’en chaume.
Ce changement se voit dans la silhouette. Une toiture en chaume donne des pentes épaisses, un débord généreux, une ventilation diffuse. Une tôle, elle, fait une ligne plus dure, chauffe plus vite au soleil, et oblige à penser l’ombre autrement. Les habitants y gagnent parfois en rapidité de construction et en disponibilité des matériaux, mais l’ambiance thermique peut se compliquer.
Un récit de voyage évoque aussi la transformation du bâti dans le temps, en parlant d’une reconstruction après des destructions liées à la guerre et des incendies, et d’un aspect plus "préfabriqué" ensuite. C’est une source moins institutionnelle, mais elle recoupe l’idée d’une modernisation forcée des formes.
La “rue sur l’eau” : passerelles, seuils et densité
La “rue sur l’eau” : passerelles, seuils et densité
Hanuabada, c’est l’urbanisme à hauteur de marche. Vous ne traversez pas un quadrillage de rues : vous suivez des cheminements. La passerelle devient trottoir. Les seuils s’enchaînent. Les maisons se font face à courte distance. Cette densité produit une intimité contrainte : on entend, on voit, on partage l’espace.
Dans une étude universitaire consacrée à Hanuabada, on lit des témoignages directs sur le fait que les maisons sont collées et que les extensions sont difficiles. C’est un matériau précieux, car il parle d’architecture vécue : pas seulement de forme, mais de pression spatiale.
Cette densité a aussi une conséquence constructive : quand un pieu faiblit ou quand une passerelle se déforme, ce n’est pas une maison isolée qui est en jeu, mais un morceau de réseau.
La “family house” : architecture et organisation clanique
La “family house” : architecture et organisation clanique
Dans les discussions recueillies à Hanuabada, la notion de "family house" ("maison de famille") apparaît comme un point d’ancrage : un lieu commun pour la famille élargie et le clan, un espace de rassemblement et de reconnaissance sociale. Architecturalement, cela change la lecture des volumes. Dans ce village sur l'eau, vous n’êtes pas face à une logique de pavillons indépendants.
Les maisons doivent absorber des usages collectifs : recevoir, héberger, réunir. Quand la place manque, cette fonction collective ne disparaît pas, elle se compresse. Et cela explique aussi pourquoi la question du départ est si sensible : quitter la maison, c’est quitter un système de soutien.
Le Hiri : une culture maritime qui a façonné le bâti
Le Hiri : une culture maritime qui a façonné le bâti
Pour comprendre Hanuabada, il faut parler du Hiri. Les Motu ont longtemps mené des expéditions maritimes de troc, en partant des villages proches de Port Moresby vers le golfe de Papouasie, avec de grands canots à voile appelés lagatoi, pour échanger des poteries contre du sagou et d’autres biens.
Ce système ne dicte pas la forme d’une maison, mais il explique un rapport à la mer qui dépasse la pêche. Quand la mer est une route, la façade côté eau n’est pas un arrière. Le village est tourné vers le large. Les accès, les espaces de préparation, les plates-formes, les lieux de stockage prennent du sens.
Un article académique disponible via une archive universitaire décrit le Hiri comme une entreprise maritime de longue distance, avec une production annuelle de poteries et des échanges avec le golfe de Papouasie. Cela ancre le récit dans quelque chose de documenté, pas seulement dans le folklore.
Ce que vous voyez aujourd’hui à Hanuabada
Ce que vous voyez aujourd’hui à Hanuabada
Hanuabada est un village urbain. Il vit au contact direct de la capitale. Les maisons ont été réparées, reprises, remplacées. Les matériaux ont changé. Et la pression de la ville se lit dans chaque mètre carré.
En même temps, la mémoire du Hiri est encore mise en avant dans la vie publique de Port Moresby. Le Hiri Moale Festival, annoncé comme une célébration de ces voyages et de la culture motu, se tient à Port Moresby et met en scène l’arrivée d’un lagatoi, avec danses, chants, courses et concours culturels.
Si vous visitez Hanuabada, gardez une idée en tête : vous marchez dans un habitat qui se maintient par ajustements. Un pieu se remplace, une passerelle se renforce, une toiture se reprend. Ce n’est pas une architecture de “monument”, c’est une architecture d’usage. Elle s’explique mieux en regardant les circulations, les seuils, les ombres, et la façon dont une maison s’accroche au voisinage.
Hanuabada, un cas d’école pour lire la ville côtière
Hanuabada, un cas d’école pour lire la ville côtière
Hanuabada montre quelque chose que l’on retrouve dans d’autres villes littorales : quand le sol devient rare, l’habitat cherche des marges. Ici, la marge est la mer. L’ensemble sur pilotis devient un compromis : gagner de la place, garder un ancrage, accepter une maintenance lourde et des réseaux difficiles.
Et si vous aimez lire une ville par ses constructions, Hanuabada est instructif. Vous y voyez le passage d’un bâti végétal à un bâti de tôle. Vous y voyez un urbanisme de passerelles, qui fabrique des rues autrement. Vous y voyez aussi comment une histoire maritime (le Hiri) continue d’irriguer l’image publique de la capitale via un festival actuel. Ce village n’est pas “hors du temps”. Il est coincé dans le présent, avec ses contraintes et ses choix. C’est justement ce qui le rend intéressant à regarder, surtout si vous cherchez des architectures qui parlent vrai : celles qui tiennent parce que des gens y tiennent.
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