Dhajji-Diwari : technique ancienne du Cachemire “contre” les séismes

Author: Douce Cahute — · Updated:

Quick overview

Site
Douce Cahute
Canonical URL
https://maison-monde.com/dhajji-diwari/
LLM HTML version
https://maison-monde.com/dhajji-diwari/llm
LLM JSON version
https://maison-monde.com/dhajji-diwari/llm.json
Manifest
https://maison-monde.com/llm-endpoints-manifest.json
Estimated reading time
7 minutes (413 seconds)
Word count
1376

Key points

Primary visual

Dhajji-Diwari : technique ancienne du Cachemire “contre” les séismes
Main illustration associated with the content.

Structured content

Dans les montagnes du Cachemire et des régions voisines, une maison peut parler d'une autre idée de la solidité. Pas celle du mur épais, lourd, monolithique. Plutôt celle d’une paroi découpée en petites unités, comme un textile assemblé pièce par pièce. C’est l’image que suggère le terme dhajji-diwari (dhajji dewari / dhajji deewari) : un système vernaculaire où une ossature en bois, subdivisée et contreventée, enferme des remplissages en briques ou en pierre. Ce mariage s’est montré très résistant lors de séismes majeurs, notamment après celui d’octobre 2005 au Cachemire, qui a servi de révélateur à grande échelle.

Une technique née d’un contexte

Une technique née d’un contexte

Le Cachemire se situe dans une zone de contact tectonique active. Dans ce cadre, les traditions bâties ont cherché des réponses pratiques, compatibles avec des ressources accessibles : bois disponible selon les vallées, pierre et brique, liants à base de terre, savoir-faire d’assemblage. Les chercheurs et organismes qui documentent ces habitations décrivent le dhajji-diwari comme un bâti en bois avec remplissage maçonné, présent au Pakistan et en Inde, et associé à des territoires de montagne.

La performance sismique attribuée à ces maisons n’est pas un slogan. Elle a été observée à plusieurs reprises, puis étudiée et formalisée, dans des publications d’ingénierie et de conservation du bâti.

Ce que l’on voit : une façade “en cases”

Ce que l’on voit : une façade “en cases”

À première vue, une paroi dhajji-diwari peut évoquer une architecture à colombage : des pièces de bois dessinent une trame, avec un remplissage de maçonnerie. La parenté est réelle sur le principe, même si les contextes diffèrent. Des textes de référence emploient d’ailleurs des termes comme “brick-nogged timber frame” pour le rapprocher de familles constructives plus larges. La spécificité du dhajji tient à la densité de subdivision : la paroi n’est pas divisée en quelques grands panneaux, elle est morcelée en une multitude de petites “cases”. Cette géométrie a des conséquences directes :

  • les fissures, si elles apparaissent, ont tendance à rester localisées
  • l’ossature sert de cage qui empêche la maçonnerie de partir en plaques
  • la lecture en façade correspond à une logique mécanique, pas à un motif gratuit

Sur des photographies, ce rythme de petits panneaux est frappant : une habitation “quadrillée”, presque textile, où l’on devine que le bois est l’armature principale de la bâtisse.

Ossature bois contreventée + remplissage confiné

Ossature bois contreventée + remplissage confiné

Sur le plan structural, le dhajji-diwari repose sur deux registres qui se complètent :

  1. Le bois assure la continuité, la tenue globale, et accepte des déformations sans rupture brutale.
  2. La maçonnerie de remplissage (brique ou pierre, dans un mortier de terre ou un liant comparable) occupe l’espace, ferme la paroi, apporte de la masse, et travaille sous confinement.

La littérature technique insiste sur le rôle du confinement : entouré par des pièces de bois, chaque petit panneau peut se fissurer sans que tout le mur perde sa cohésion. Cette logique est au cœur de l’intérêt architectural du système : l’architecture ne se contente pas d’abriter, elle “organise” la fragilité de la maçonnerie pour qu’elle ne devienne pas une cause d’effondrement.

Pourquoi ça tient quand ça secoue ?

Pourquoi ça tient quand ça secoue ?

Lors d’un séisme, un mur plein et rigide a tendance à se comporter comme une plaque : si la sollicitation dépasse un seuil, la rupture peut être nette, avec perte de capacité portante. Le dhajji-diwari prend une autre voie. Les études d’analyse sismique décrivent un mécanisme où la paroi dissipe l’énergie via :

  • fissuration distribuée dans les remplissages (fissures fines, multiples)
  • frottements et écrasements localisés dans les joints et interfaces
  • maintien de la stabilité grâce au cadre en bois et à ses liaisons

L’intérêt, ici, est la combinaison : le “dommage” n’est pas forcément absent, il est réparti et contenu. C’est l’idée d’une habitation qui accepte de se marquer sans s’effondrer.

2005 : un séisme comme test grandeur nature

2005 : un séisme comme test grandeur nature

Le tremblement de terre d’octobre 2005 au Cachemire (zone Pakistan–Inde) a joué un rôle décisif dans la reconnaissance de la construction de bâtiment de type dhajji-diwari. Des rapports et publications notent que la performance des constructions traditionnelles à base de bois et maçonnerie a été observée sur le terrain, et que la méthode a ensuite été reprise dans des programmes de reconstruction.

Un point revient dans la littérature : un très grand nombre de maisons ont été reconstruites avec ce principe après 2005, et des guides pratiques ont accompagné les chantiers, avec l’appui de formateurs.

Pour une approche “patrimoine + technique”, c’est un angle solide : le dhajji n’est pas une curiosité ancienne dans un musée, il a servi de base à un habitat reconstruit, adapté, transmis.

Soubassement, liaisons, ouvertures, planchers

Soubassement, liaisons, ouvertures, planchers

La bonne tenue ne vient pas d’un schéma abstrait, elle dépend d’une série de détails.

Le soubassement et la plinthe

Le soubassement et la plinthe

Des descriptions de terrain mentionnent des maisons élevées sur une plinthe en maçonnerie de pierre, parfois renforcée par des pièces de bois intégrées, avant de passer à l’élévation en dhajji.

Cette transition base lourde / élévation plus “souple” mérite d’être regardée comme un seuil technique : gestion de l’humidité, protection de l’ossature, stabilité globale.

Les liaisons bois-bois et bois-plancher

Les liaisons bois-bois et bois-plancher

Le comportement sismique est lié à la capacité des liaisons à travailler sans rupture fragile. Les analyses publiées cherchent justement à comprendre l’influence des assemblages et de la configuration de la trame sur la réponse globale. Les liaisons absorbent les mouvements sans rompre brutalement.

Les ouvertures

Les ouvertures

Une façade “en cases” peut donner envie de grandes baies. Or, dans ce système, chaque ouverture retire des panneaux et coupe des continuités. Le sujet n’est pas d’interdire la fenêtre, mais de comprendre que la géométrie des montants, des traverses et du contreventement doit rester cohérente.

Les rapports de type World Housing Encyclopedia décrivent le système comme une ossature avec remplissage ; cela signifie que l’ossature doit rester lisible et continue, même quand vous modifiez.

Planchers et toiture : masse, inertie, transferts d’efforts

Planchers et toiture : masse, inertie, transferts d’efforts

Différents textes de conservation sur ce type d'habitat évoquent des évolutions de couverture (terre, puis matériaux plus légers dans certains contextes). Modifier la toiture modifie aussi la dynamique : masse en tête, répartition des efforts, comportement des planchers comme “diaphragmes”.

Dhajji-diwari et Taq : deux réponses locales

Dhajji-diwari et Taq : deux réponses locales

Dans la tradition bâtie du Cachemire, les publications distinguent deux systèmes majeurs :

  • Taq : maçonnerie porteuse organisée avec des “runners” en bois à chaque niveau, qui lient murs et planchers. Ces éléments horizontaux limitent les déplacements relatifs entre les niveaux.
  • Dhajji-diwari : ossature bois contreventée + remplissage maçonné.

Cette comparaison aide à comprendre le rôle du bois dans ces constructions. Dans le système taq, il agit comme un lien horizontal qui solidarise les murs à chaque étage. Dans le dhajji-diwari, il forme une ossature serrée qui maintient la maçonnerie en place. Dans les deux cas, l’objectif est le même : empêcher l’effondrement soudain du bâtiment. Le chemin emprunté pour y parvenir diffère simplement.

Ce que le dhajji-diwari enseigne à l’architecture

Ce que le dhajji-diwari enseigne à l’architecture

Le dhajji-diwari n’est pas qu’un objet de curiosité régionale. Il propose une leçon très actuelle : la résistance peut venir d’une organisation du détail, pas d’une surenchère de matière.

Les études d’ingénierie qui modélisent des maisons dhajji montrent qu’il existe une cohérence structurelle qui mérite d’être comprise et transmise, y compris via des guides de construction.

Les publications de conservation rappellent aussi un point précieux pour tout projet en zone sismique : un système traditionnel n’est pas “folklorique” par nature, il peut être une réponse rationnelle à un aléa.

Topics and keywords

Themes: Inde

Keywords: Typique

License & attribution

License: CC BY-ND 4.0.

Attribution required: yes.

Manifest: https://maison-monde.com/llm-endpoints-manifest.json

LLM Endpoints plugin version 1.1.2.