Derbent : la plus ancienne ville de Russie et son paysage bâti unique
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Key points
- Derbent ne se comprend pas en lisant une date sur un panneau touristique.
- La ville se lit dans sa géographie, puis dans la façon dont la pierre a été posée pour tenir un passage.
- Ici, la mer Caspienne est d’un côté, les contreforts du Caucase de l’autre.
- Entre les deux, un couloir étroit où l’on a construit une ville, puis des murs, puis une citadelle, et tout un tissu d’habitations pris entre ces lignes.
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Derbent ne se comprend pas en lisant une date sur un panneau touristique. La ville se lit dans sa géographie, puis dans la façon dont la pierre a été posée pour tenir un passage. Ici, la mer Caspienne est d’un côté, les contreforts du Caucase de l’autre. Entre les deux, un couloir étroit où l’on a construit une ville, puis des murs, puis une citadelle, et tout un tissu d’habitations pris entre ces lignes. C’est ce montage qui donne à Derbent son caractère : une ville pensée comme un verrou, mais habitée.
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Une ville posée dans un goulet, pas sur une plaine
Une ville posée dans un goulet, pas sur une plaine
Derbent est située sur la rive ouest de la Caspienne, là où l’espace se resserre entre la mer et les pentes des montagnes de Tabasaran (Grand Caucase). Cette configuration crée un passage naturel souvent nommé « Caspian Gates » dans la littérature patrimoniale : un point de contrôle entre Europe et Proche-Orient, à l’échelle des routes, des armées, des caravanes, puis des administrations.
Ce qui frappe, d’un point de vue architectural, c’est la logique spatiale. La ville ne s’étale pas : elle se glisse. Elle s’est développée entre deux lignes défensives parallèles, avec la citadelle en hauteur, et la mer comme bord net. C’est un urbanisme guidé par la contrainte topographique, et il explique l’impression de « ville-couloir » que ressentent beaucoup de visiteurs quand ils marchent dans la vieille ville.
Défense : deux murs parallèles qui encadrent la ville
Défense : deux murs parallèles qui encadrent la ville
Le cœur de Derbent est un système de fortification en pierre qui associe une citadelle, deux murs urbains parallèles (nord et sud), et une extension vers l’ouest en direction des reliefs. L’ensemble a gardé une valeur stratégique jusqu’au XIXᵉ siècle, ce qui explique les réparations et adaptations sur une très longue durée. Cela a conduit à son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2003.
Les chiffres donnent une idée du projet : les deux murs descendent de la Caspienne vers la citadelle, sur une longueur totale d’environ 3,6 km. Ils sont espacés d’environ 300 à 400 mètres, et la ville historique s’est logée entre eux. Le dispositif se prolonge aussi vers l’ouest : une "mountain wall" court sur environ 40 km, et une portion des murs avance dans la mer sur environ 500 mètres, pour protéger le port.
Tours et portes : une architecture de contrôle
Tours et portes : une architecture de contrôle
Le système comprend 73 tours, réparties à intervalles réguliers. Le mur nord, qui est celui qui a le mieux traversé le temps, en compte 46, séparées d’environ 70 mètres. Cette répétition crée un rythme, presque une mesure, qui accompagne la marche quand vous suivez les lignes défensives.
Les portes sont aussi décrites comme des éléments d’intérêt architectural, avec des phases de reconstruction et des datations variées (certaines reconstructions au XVIIᵉ siècle, d’autres portes associées aux Xᵉ–XIIᵉ siècles). Ce qui compte pour le lecteur curieux d’architecture, ce n’est pas la liste exhaustive : c’est l’idée qu’une porte est à la fois un franchissement, un point de taxation, un poste de garde, et souvent un endroit où l’ornement ou l’inscription prennent sens parce qu’il y a du passage.
Naryn-Kala : la citadelle comme poste haut
Naryn-Kala : la citadelle comme poste haut
Dans la description patrimoniale, la citadelle (Naryn-Kala) est présentée comme un ensemble organisé, avec des bains et plusieurs citernes souterraines. Cette présence de l’eau stockée, protégée, dit beaucoup sur la façon de tenir un site en période d’alerte : une forteresse n’existe pas sans logistique.
Autour et dans l’enceinte, on trouve aussi des bâtiments religieux et d’enseignement mentionnés dans l’évaluation (mosquée et madrasa, avec une cour fermée), avec des datations qui renvoient à des phases médiévales et postérieures. Ce mélange d’usages (militaire, administratif, religieux, hydraulique) est typique des ensembles fortifiés sur plusieurs siècles, adaptés au fil des pouvoirs et des besoins.
Matière des murs : pierre de taille et mortier de chaux
Matière des murs : pierre de taille et mortier de chaux
Les textes patrimoniaux décrivent la structure des murs : une construction majeure datée du VIᵉ siècle de notre ère, en pierre de taille (blocs d’environ 100 × 65 × 25 cm en moyenne), assemblés au mortier de chaux, avec un noyau de blocage interne. Des phases plus tardives utilisent des pierres plus petites (autour de 30 × 40 cm). Les assises alternent les faces et les bouts pour renforcer l’assemblage.
Côté gabarit, on est sur des épaisseurs qui varient grosso modo de 2,30 m à 3,80 m, pour une hauteur autour de 12 m. Sur place, cela se ressent dans les ombres, la largeur des passages, la puissance visuelle des courtines. La muraille n’est pas un décor, c’est un élément qui structure l’espace et la circulation.
La vieille ville entre les murs
La vieille ville entre les murs
Entre les deux murailles de Derbent s’est organisé un noyau urbain dense, longtemps structuré en quartiers appelés magals. Cette organisation ne relève pas d’un plan théorique mais d’un usage progressif de l’espace, ajusté aux pentes, aux murs et aux besoins quotidiens. Les habitations se serrent, les parcelles sont modestes, et l’ensemble donne une ville compacte, pensée pour être parcourue à pied.
Les ruelles sont étroites, avec peu de perspectives longues. Cette forme n’est pas décorative. Elle protège du vent venu de la Caspienne, crée de l’ombre en été et limite les vues directes vers l’intérieur des maisons. Les murs hauts, les passages coudés et les seuils marqués rappellent que l’espace public et l’espace domestique sont clairement séparés, même quand ils se touchent presque.
Malgré les transformations du XIXᵉ et du XXᵉ siècle, une partie de ce tissu ancien reste lisible. On reconnaît encore les tracés d’origine, les alignements irréguliers, et la façon dont la ville s’est glissée entre les fortifications sans chercher à les effacer. En marchant ici, vous ne voyez pas une reconstitution, mais une structure urbaine ancienne qui a continué à être habitée, ajustée, parfois fragilisée.
La mosquée Juma : un jalon du VIIIᵉ siècle
La mosquée Juma : un jalon du VIIIᵉ siècle
Dans le centre de la vieille ville se trouve la mosquée Juma, associée à une datation du VIIIᵉ siècle (733–734) et régulièrement présentée comme la plus ancienne mosquée de Russie. Elle est aussi incluse dans le bien UNESCO « Citadel, Ancient City and Fortress Buildings of Derbent ».
Ce qui intéresse l’amateur d’architecture, c’est sa place urbaine : une mosquée du vendredi, avec une cour, un ensemble qui fonctionne comme repère dans le lacis des ruelles. Dans les villes anciennes, ces pôles religieux ne sont pas posés au hasard : ils structurent des itinéraires, des voisinages, des micro-places. Même quand vous ne venez pas pour la religion, vous sentez que c’est un nœud de la ville.
Patrimoine habité : conservation et pressions urbaines
Patrimoine habité : conservation et pressions urbaines
Les documents ICOMOS rappellent que l’on est face à "une partie d’une ville historique habitée". Cela change tout : l’entretien, les réseaux, la circulation, les attentes des habitants, les arbitrages entre confort et conservation. Les observations sont très concrètes : instabilités liées aux fondations et fissures sur les murs, croissance organique, dégâts liés à la pluie et aux variations thermiques.
Dans la zone résidentielle, des murs internes qui découpaient autrefois la ville en sections ont totalement disparu, et certains revêtements modernes (ciment) masquent des éléments anciens. La circulation et le stationnement dans les ruelles ont également causé des dommages aux bâtiments. On est loin d’un récit idéalisé : c’est la réalité quotidienne d’un patrimoine en usage.
Le même texte note aussi la tension économique autour des constructions, surtout dans les zones autour du cœur ancien, et mentionne le "civic pride" des habitants et leur souhait de préserver la ville. C’est un point intéressant : quand une ville ancienne tient encore, ce n’est pas uniquement grâce à un classement, mais parce qu’il y a une volonté locale, même imparfaite, même contredite par d’autres besoins.
Comment regarder Derbent si vous aimez l’architecture ?
Comment regarder Derbent si vous aimez l’architecture ?
Si vous arrivez à Derbent avec un œil d’architecte, vous pouvez vous donner trois axes de lecture.
D’abord, suivez la logique du site : regardez comment la ville se cale entre mer et montagne, puis comment les murs cadrent l’espace. Les 300 à 400 mètres entre les deux murs ne sont pas une donnée technique : c’est l’épaisseur de la ville historique, son gabarit.
Ensuite, observez la construction des murailles : blocs, mortier, alternance des pierres, variations d’épaisseur. Même sans être spécialiste, vous pouvez repérer des reprises, des zones plus régulières, d’autres plus composites. Les fortifications ont été réparées et modifiées jusqu’au XIXᵉ siècle.
Enfin, marchez dans le centre sans chercher à tout "cocher". Une ville comme Derbent se comprend dans les seuils : l’ombre d’une ruelle, un changement de pente, la bascule vers un espace plus ouvert. Et si vous montez à la citadelle, regardez la ville en plan : vous verrez que ce paysage bâti n’est pas un patchwork. C’est un dispositif, pensé pour tenir un passage, puis ajusté par des siècles de vie urbaine.
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