Clos-masure : une “ferme-écrin” qui façonne le paysage du Pays de Caux

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Clos-masure : une “ferme-écrin” qui façonne le paysage du Pays de Caux
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Le clos-masure (on entend aussi cour-masure) désigne une forme d’exploitation agricole typique du Pays de Caux : des bâtiments dispersés (habitation + dépendances) posés dans une prairie souvent complantée de fruitiers, le tout enfermé par un talus planté d’arbres de haut jet qui joue le rôle de brise-vent. L’idée clé est que dans un plateau ouvert et exposé, le clos-masure crée un microclimat protecteur. Ce n’est pas une “cour fermée” par des murs, c’est une cour abritée par du végétal.

L’armature : talus, fossés et rideau d’arbres

L’armature : talus, fossés et rideau d’arbres

L’élément identitaire, c’est le talus planté (fossé cauchois), accompagné de fossés/creux liés à la levée de terre, sur lequel on installe une haie arborée dense. Cette structure est comme une futaie de haut jet (hêtres très fréquents, mais aussi chênes, frênes ; jadis ormes), plantée serrée pour former un écran.

  • Effet recherché : casser le vent sans le bloquer brutalement (un brise-vent trop imperméable crée des turbulences). Les alignements cauchois sont pensés comme des rideaux plus ou moins perméables et durables. Cette perméabilité limite les tourbillons en atténuant le vent sur la durée.
  • Dimension paysagère : vu de loin, le Pays de Caux se lit comme un damier de champs ouverts ponctué de “taches” arborées : chaque clos-masure est une petite masse végétale.

La cour en herbe : prairie, verger… et parfois une mare

La cour en herbe : prairie, verger… et parfois une mare

À l’intérieur, le cœur du clos-masure est traditionnellement en herbe (comme une grande prairie), avec des pommiers (et autres fruitiers selon les secteurs et les époques). Historiquement, la place du verger est fortement liée à l’économie cidricole : planter des pommiers près de la ferme, abrité du vent, devient logique dans une Normandie où le cidre prend une importance rurale.

Autre composante présente : la mare, longtemps utile pour l’eau (animaux, usages domestiques, sécurité), même si son rôle a beaucoup reculé avec l’adduction d’eau potable au XXe siècle.

Les bâtiments : une ferme “à éléments dispersés”

Les bâtiments : une ferme “à éléments dispersés”

Le clos-masure se distingue par l’absence de cour bâtie fermée. Les constructions ne forment pas un bloc continu mais un ensemble de volumes séparés, disposés librement dans la prairie centrale. Cette organisation répond à une logique rurale ancienne : chaque bâtiment est implanté selon sa fonction, son orientation et les contraintes d’usage, plutôt que selon une symétrie ou un ordre monumental.

La maison d’habitation occupe généralement une position légèrement en retrait, protégée par la ceinture arborée et tournée vers l’intérieur du clos. Autour d’elle s’organisent les dépendances : granges, étables, écuries, charretteries, pressoirs ou fours, auxquels peuvent s’ajouter un colombier, un puits ou parfois une citerne. Leur implantation n’est pas fixe : les bâtiments apparaissent, disparaissent ou se transforment au fil des générations, en fonction des besoins agricoles et du statut de l’exploitation.

Cette dispersion présente des avantages très concrets. Elle facilite la circulation des hommes, des animaux et du matériel, limite les risques d’incendie, isole les fonctions bruyantes ou odorantes, et permet des extensions progressives sans bouleverser l’ensemble. Le clos-masure est donc un organisme évolutif, où l’architecture traduit une adaptation au climat, au sol et à l’économie rurale du Pays de Caux.

Matériaux et “signature” cauchoise

Matériaux et “signature” cauchoise

Dans le Pays de Caux et ses marges, les maçonneries traditionnelles mêlent souvent brique et silex, pierre et silex, ou alternances de matériaux selon les secteurs ; le pan de bois et torchis est aussi bien présent dans certaines zones (notamment vers la vallée de Seine / Caux méridional, selon les études).

À l’échelle du clos-masure, l’architecture ne se résume donc pas à une cour, elle s’exprime aussi par :

  • la manière dont les volumes se répondent dans la prairie,
  • les portails/entrées,
  • le rapport entre bâti et ceinture arborée,
  • les choix de couvertures et de détails constructifs (qui peuvent changer selon les périodes de remplacement, les techniques disponibles et les moyens économiques des exploitants).

Une invention lente, sans modèle prédéfini

Une invention lente, sans modèle prédéfini

Les sources et travaux de référence insistent sur un point : le clos-masure s’installe progressivement, avec des traces sur des documents anciens et une montée en puissance liée aux besoins locaux.

Un texte de littérature scientifique sur le sujet (Yolande Garofalo, années 1970) décrit le clos-masure comme une unité agricole reconnaissable, quadrangulaire, ceinte d’un talus planté d’arbres.

Ce qui “fabrique” vraiment le clos-masure, c’est la rencontre entre :

  • un plateau exposé aux vents,
  • une agriculture performante qui a besoin d’abri pour les bêtes et les vergers,
  • et une organisation foncière qui permet de créer une parcelle de cour assez vaste.

Un paysage culturel… dynamique et vulnérable

Un paysage culturel… dynamique et vulnérable

À partir des années 1960, les mutations agricoles et sociales accélèrent des transformations lourdes :

  • les talus plantés perdent leur fonction de ressource (bois) et sont moins entretenus, parfois abattus sans replantation, ce qui fragilise durablement la structure paysagère du clos-masure ;
  • les mares deviennent inutiles et disparaissent fréquemment (comblement, manque d’entretien) ;
  • les vergers reculent, le cidre n’étant plus la boisson quotidienne ;
  • les bâtiments anciens s’adaptent mal au machinisme, et des constructions modernes apparaissent dans ou hors du clos, modifiant l’équilibre spatial et la lecture historique de l’ensemble ;
  • près des bourgs, certaines cours se densifient, et la silhouette arborée se fragilise.

C’est là que le clos-masure est intéressant d’un point de vue patrimonial : il n’est pas un élément muséal, c’est un système (bâti + végétal + usages) qui ne tient que si les trois restent cohérents.

Reconnaissance patrimoniale et actions de sauvegarde

Reconnaissance patrimoniale et actions de sauvegarde

Des acteurs institutionnels (dont le CAUE de Seine-Maritime et le Parc naturel régional des Boucles de la Seine Normande) travaillent depuis plusieurs années sur la connaissance, la gestion et l’avenir des clos-masures, avec des démarches d’étude, de sensibilisation et d’accompagnement.

Le CAUE 76 rappelle aussi l’existence d’un engagement départemental autour d’une démarche de candidature UNESCO pour les clos-masures, et propose des repères sur l’entretien/réhabilitation des bâtiments et sur les critères qui définissent un clos-masure “lisible” (talus planté, ensemble de bâtiments agricoles traditionnels, etc.). L’objectif est de préserver ce qui permet encore de lire ce paysage.

Le clos-masure cauchois repose donc sur l'idée de protéger. Ici, la “façade” ne se limite pas à la maison, elle commence dès le rideau d’arbres sur le talus, celui qui coupe le vent, organise l’espace et marque le paysage. C’est cette relation entre des bâtiments épars et un environnement patiemment façonné qui fait toute sa valeur historique, et qui impose d’envisager sa préservation comme un ensemble cohérent.

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